Asie : les marchés limitent la casse après la rechute de Wall Street

Asie : les marchés limitent la casse après la rechute de Wall Street
Après une période d'hésitation, les bourses asiatiques repartent à la hausse, à l'exception de l'indice Nikkei.

Boursier.com, publié le vendredi 12 juin 2020 à 07h36

La baisse l'emporte, mais sans excès, ce vendredi matin sur les places boursières de la zone Asie-Pacifique, alors que la Bourse de New York a plongé hier soir, après la mise en garde de la Fed sur un risque de reprise économique lente, et au moment où les cas de coronavirus viennent de franchir les 2 millions aux Etats-Unis, laissant craindre une accélération de la pandémie dans certains états américains.
Ce matin, la bourse de Tokyo reperd 1%, Shanghai recule de 0,2%, tandis que Hong Kong cède 1,1%. Le bilan le plus négatif est à chercher du côté de Seoul, en repli de 2,2%, alors que les relations avec la Corée du Nord se tendent de nouveau depuis quelques jours... Bombay glisse de 1,8% avec Sydney (-1,9%).

Après avoir regagné l'essentiel de leurs pertes du mois de mars, les marchés américains ont donc replongé en prenant conscience du risque d'une deuxième vague épidémique, qui retarderait la reprise économique. Le pétrole a aussi consolidé après son récent rallye. A la clôture, le Dow Jones a chuté de 6,9% à 25.128 points, tandis que l'indice large S&P 500 a lâché 5,8% à 3.002 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a corrigé de 5,27% à 9.492 pts, après avoir inscrit deux séances de record consécutives, terminant mercredi soir au-dessus de 10.000 pts pour la 1e fois.

L'or recherché

Les cours du pétrole ont donc aussi corrigé, cédant à la crainte d'une reprise économique plus heurtée qu'anticipé... Le baril de brut léger américain WTI pour livraison juillet est revenu à 36,35$ sur le Nymex, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord d'échéance août est repassé sous les 40$. L'or en revanche a rebondi, profitant du retour de l'aversion au risque. L'once a gagné 1% à 1.725$ et progresse d'environ 14% depuis le début de l'année...
Sur le marché des changes, le dollar en a profité pour se reprendre, rebondissant après une série de 10 séances de recul consécutives. L'indice du dollar, qui mesure l'évolution du billet vert face à un panier de 6 devises de référence, a repris 0,88% à 96,80 points. L'euro a cédé 0,8% à 1,1295$, après avoir retrouvé ces derniers jours son plus haut niveau depuis trois mois, après un passage sous 1,07$ fin mars.
Sur les marchés obligataires, le rendement du T-Bond à 10 ans a encore chuté de 6 points de base à 0,66% après une baisse de 9 pdb mercredi soir, suite aux annonces de la Fed.

La prise de conscience d'une dégradation de la situation sanitaire aux Etats-Unis, couplée à la grande prudence de la Fed sur le rythme de la reprise, a donné le signal de la correction sur des marchés US qui ont rebondi de plus de 40% depuis leurs plus bas du 23 mars dernier, dans l'espoir d'un déconfinement sanitaire réussi et d'une reprise économique rapide. Lundi soir, le S&P 500 avait même effacé ses pertes depuis le début de l'année, et le Nasdaq a aligné deux séances de records historiques mardi et mercredi, soutenu par des titres de "Gafa", eux aussi au sommet comme Apple (-4,8%), Amazon (-3,3%), Facebook (-5,2%) ou encore Microsoft (-5,31%).

La Fed prévoit une reprise économique lente

Ce rallye a porté les valorisations des marchés d'actions au plus haut depuis près de 20 ans. Le PER du S&P 500 s'est hissé à 22,1 fois les bénéfices attendus sur les 12 prochains mois, contre 16,8 pour la moyenne à 5 ans et 15,1 sur 10 ans, selon le consensus du cabinet FactSet. Près de 300 des 500 composants de l'indice s'échangent à des prix supérieurs au consensus des analystes en termes d'objectifs de cours à horizon de 12 mois, selon l'agence 'Bloomberg'...
Dans ce contexte, les propos tenus mercredi soir par la Fed ont eu un effet certain sur Wall Street. Même si le pire semble passé, la Réserve fédérale s'est placée dans l'optique d'une reprise économique lente, qui exigera de maintenir les taux directeurs proches de zéro jusqu'à la fin 2022. La banque centrale s'est engagée à poursuivre ses achats d'actifs aussi longtemps que nécessaire. Elle prévoit ainsi que le PIB des Etats-Unis chutera de 6,5% cette année, avant un rebond partiel de 5% en 2021, mais il ne devrait retrouver son niveau d'avant la crise que courant 2022, selon les nouvelles projections de la Fed, les premières depuis décembre 2019. Quant au taux de chômage, il devrait s'établir à 9,3% fin 2020 (contre 13,3% en mai), mais sa décrue sera ensuite lente.

Le président de la Fed Jerome Powell a indiqué que "nous ne pensons même pas à penser à relever les taux"... Lors de sa conférence de presse, il a ajouté que les "mois qui viennent seront cruciaux pour comprendre ce qui se passe vraiment dans l'économie", insistant sur les "grandes incertitudes" qui entourent la reprise.

Vers les 200.000 morts du Covid-19 aux Etats-Unis

La Fed a constaté que les conditions de financement se sont améliorées ces dernières semaines, en partie grâce à ses actions massives de soutien de l'économie. Toutefois, la pandémie va "peser lourdement" sur l'activité économique, l'emploi et l'inflation à court terme, et elle représente "un risque considérable pour les perspectives économiques sur le moyen terme" aux Etats-Unis, estime la banque centrale.
Sur le plan de la crise sanitaire, les chiffres de la pandémie de Covid-19 sont venus rappeler que la maladie était loin d'avoir disparu, et qu'elle est même en nette progression dans de nombreux Etats américains. Le nombre de cas a dépassé depuis mercredi les 2 millions aux Etats-Unis, et le nombre de morts est désormais de plus de 113.000.
Le nombre de nouveaux cas de Covid-19 continue d'augmenter dans 21 des 50 Etats américains, dont la Californie, le Texas et la Floride...

Les professionnels de la santé ont tiré la sonnette d'alarme, notamment le Dr Ashish Jha, dirigeant de l'institut de santé mondiale de Harvard, qui a estimé que le nombre de morts attendra les 200.000 aux Etats-Unis en septembre. Sur la chaîne 'CNN', le spécialiste a estimé que "même si nous stabilisons les choses", il est "raisonnable de s'attendre à atteindre les 200.000 décès à un moment donné en septembre" aux USA. "Et cela est seulement pour courant septembre. La pandémie ne s'arrêtera pas en septembre", a précisé l'expert.

De son côté, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a affirmé sur la chaîne 'CNBC' que les Etats-Unis ne fermeront pas de nouveau leur économie en cas de deuxième vague de coronavirus. "Nous ne pouvons pas fermer l'économie de nouveau. Je pense que nous avons appris que si vous arrêtez l'économie, vous créez plus de dégâts", a-t-il déclaré.
Il a toutefois défendu a posteriori les mesures de confinement prises lors de la première vague : "je pense que c'était très prudent ce que le président a fait, mais je pense que nous avons beaucoup appris".

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