Asie : un peu plus de prudence...

Asie : un peu plus de prudence...
Après une période d'hésitation, les bourses asiatiques repartent à la hausse, à l'exception de l'indice Nikkei.

Boursier.com, publié le jeudi 04 juin 2020 à 07h32

Malgré l'euphorie qui s'est poursuivie hier soir à Wall Street, dans le sillage des marchés européens, les places de la zone Asie-Pacifiques lèvent un peu le pied ce jeudi matin. La Bourse de Shanghai cède 0,1%, Bombay est stable, Hong Kong monte de 0,1%. Tokyo s'adjuge 0,4% avec Seoul. Sydney gagne 1%, alors que les investisseurs continuent de parier sur une reprise économique rapide au rythme des déconfinements qui se poursuivent dans le monde... Aux Etats-Unis, les dernières statistiques de l'emploi et de l'activité dans les services pointent vers une amélioration en mai, après un mois d'avril catastrophique pour l'économie. Les marchés boursiers restent donc sourds aux troubles sociaux qui agitent les Etats-Unis, aux tensions commerciales sino-américaines, ainsi qu'au risque d'une reprise lente, voire d'une rechute en cas de seconde vague de coronavirus... A la clôture hier soir, le Dow Jones a encore grimpé de 2,05% à 26.269 points, tandis que l'indice large S&P 500 a gagné 1,36% à 3.122 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a pris 0,78% à 9.682 pts.

Après un spectaculaire rebond de plus de 35% depuis le 23 mars, les analystes s'interrogent sur la capacité de la Bourse américaine à poursuivre sur cette lancée. Les marchés d'actions ont en effet atteint une valorisation élevée au regard des anticipations de bénéfices des entreprises.
Ainsi, le multiple de capitalisation (PER ou rapport cours sur bénéfice par action) du S&P 500 s'est hissé à 21,5 fois les bénéfices attendus dans les 12 prochains mois, comparé à une moyenne à 5 ans de 16,8 fois et une moyenne à 10 ans de 15,1 fois. Le PER du S&P 500 est ainsi logé à son plus haut niveau depuis janvier 2002, il y a plus de 18 ans, selon le consensus établi par le cabinet FactSet.

Polémiques sur la gestion des troubles sociaux par Donald Trump

Comme les jours précédents, la Bourse américaine est restée imperméable aux troubles sociaux qui secouent depuis plus d'une semaine de nombreuses villes du pays, en réaction à la mort à Minneapolis de George Floyd, un afro-Américain tué par un policier le 25 mai. La gestion de cette crise par Donald Trump est sujette à de nombreuses critiques, le président américain ayant menacé de recourir à l'armée si les gouverneurs ne parvenaient pas à rétablir l'ordre.

Mercredi, le ministre américain de la Défense Mark Esper s'est publiquement désolidarisé du président Trump en s'opposant au déploiement de l'armée. "Je ne suis pas favorable à décréter l'état d'insurrection", a déclaré M. Esper en référence au seul décret qui permettrait légalement au président de déployer des soldats d'active face à des citoyens américains, et non plus des réservistes de la Garde nationale.

L'activité rebondit

Sur le plan macro-économique, les derniers indicateurs ont été jugés encourageants aux Etats-Unis, mais aussi en Chine et en Europe... L'indice PMI chinois Caixin/Markit a montré un rebond de l'activité du secteur des services en mai, à 55 contre 44,4 en avril, au plus haut depuis la fin 2010 ! En Europe, les indices PMI définitifs pour le mois de mai ressortent majoritairement meilleurs que prévu (30,5 pour l'indice européen global contre 28,7 de consensus). L'indicateur britannique est lui aussi supérieur aux attentes de marché.

Aux Etats-Unis, l'économie a détruit moins d'emplois que prévu en mai dans le secteur privé, selon le dernier rapport du cabinet ADP. 2,76 millions ont été perdus le mois dernier, alors que le consensus redoutait 8,66 millions de destructions. Avril avait été catastrophique, avec 19,56 millions d'emplois perdus. Le marché de l'emploi semble donc sur la voie de la convalescence, même si le chemin reste long jusqu'à un retour à la normale...
Le rapport complet et officiel sur l'emploi en mai aux Etats-Unis est attendu vendredi. Le consensus Refinitiv table sur la destruction de 8 millions d'emplois et sur un taux de chômage frôlant les 20%.

Les cours du pétrole consolident leur récente avancée avec un baril WTI qui revient à 36,60$ sur le Nymex, tandis que le Brent de la mer du Nord redonne 0,8% à 39,30$.
Selon des sources citées par 'Reuters', la Russie et l'Arabie saoudite auraient conclu un accord préliminaire en vue de prolonger l'accord de l'Opep+ de maîtrise de la production pour un mois supplémentaire, jusqu'à la fin juillet... Moscou et Riyad font pression sur certains pays pour qu'ils se plient plus efficacement à cet accord. Le suspense se poursuit cependant sur la tenue de la réunion de l'Opep+ prévue les 9 et 10 juin prochains. Certaines sources évoquent une date plus proche, peut-être dès le 4 juin par visioconférence, tandis que d'autres voient à l'inverse un report de cette réunion...
De son côté, l'or revient aussi à 1.701$ l'once. Le métal jaune progresse encore d'environ 10% depuis le début de l'année, faisant office de valeur-refuge face à la multiplication des risques.

La BCE attendue de pied ferme

Sur le marché des changes, l'euro a poursuivi sa remontée, au plus haut depuis près de trois mois, en attendant la réunion de la BCE qui pourrait renforcer ses mesures de soutien à l'économie européenne.
La monnaie unique européenne s'inscrit à 1,1225$, ce qui porte son rebond à plus de 5% depuis son plus bas annuel du 20 mars à 1,0676$, en pleine crise du coronavirus. Sur les devises, l'euro monte sur les 1,12/$. La BCE qui avait annoncé le 19 mars un arsenal comprenant un nouveau programme d'achat d'obligations de 750 milliards d'euros dans le but de protéger le système financier et de relancer la machine économique, pourrait aller plus loin selon certains analystes qui anticipent l'augmentation (jusqu'à 500 MdsE ?) de son programme d'achats d'urgence pandémique (Pandemic Emergency Purchase Programme, PEPP), voire à une prolongation de sa maturité, alors que le PEPP actuel sera épuisé en octobre...
Christine Lagarde est aussi très attendue ce jeudi après-midi à l'occasion de sa conférence de presse, dans la mesure où elle devra réaffirmer de nouveau haut et fort son indépendance après la décision de la Cour de Karlsruhe jugeant partiellement inconstitutionnels certains rachats d'actifs de la BCE qui pourrait à l'occasion aussi élargir la gamme des actifs qu'elle rachète "pour y inclure des créances d'entreprises à très court terme et des obligations d'entreprises tombées en catégorie spéculative ('fallen angels'), à l'image de ce que fait déjà la Réserve fédérale américaine", estiment ainsi les analystes de chez Barclays.

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