BCE : Christine Lagarde appelle l'Europe à "innover et investir"

BCE : Christine Lagarde appelle l'Europe à "innover et investir"
procès CJR décembre 2016

Boursier.com, publié le vendredi 22 novembre 2019 à 19h15

Christine Lagarde souhaite que la zone euro dépende davantage de sa demande intérieure, en innovant et en investissant afin de relever les défis auxquels elle fait face. Dans son premier discours en tant que présidente de la BCE, prononcé vendredi lors du Congrès bancaire européen à Francfort, Mme Lagarde a expliqué que "les tensions commerciales et les incertitudes géopolitiques actuelles contribuent au ralentissement de la croissance du commerce mondial, qui a diminué de plus de moitié depuis l'année dernière".

"Cela a à son tour fait baisser la croissance mondiale à son plus bas niveau depuis la grande crise financière. Ces incertitudes se sont révélées plus persistantes que prévu, ce qui a clairement un impact sur la zone euro. La croissance devrait être de 1,1% cette année, soit 0,7 point de pourcentage de moins que ce que nous avions prévu il y a un an", a-t-elle ajouté.

Ce ralentissement s'accompagne de "changements de nature plus structurelle. Nous commençons à assister à un changement global - induit principalement par les marchés émergents - de la demande extérieure à la demande intérieure, de l'investissement à la consommation et de l'industrie manufacturière aux services. Parallèlement, le commerce mondial est réorganisé à mesure que les nouvelles technologies perturbent les chaînes d'approvisionnement conventionnelles et l'organisation du lieu de travail, et que de nouveaux risques potentiels émergent du changement climatique".

Dans ces conditions, la dirigeante affirme que "l'Europe doit innover et investir pour relever ces défis et préserver sa compétitivité à long terme. Mais cela suggère aussi que les taux élevés de croissance des échanges commerciaux que nous avons l'habitude de voir ne sont plus une certitude absolue".

"La réponse consiste à convertir la deuxième économie du monde afin qu'elle soit ouverte au monde mais confiante en elle-même, une économie qui fasse pleinement usage du potentiel de l'Europe pour favoriser une hausse du niveau de la demande intérieure et de la croissance à long terme".

Quant à la politique monétaire, Christine Lagarde souligne que "l'orientation accommodante de la politique de la BCE a été l'un des principaux moteurs de la demande intérieure durant la reprise, et cette position reste en place. Comme le prévoient les orientations futures de la BCE, la politique monétaire continuera de soutenir l'économie et de répondre aux risques futurs conformément à notre mandat de stabilité des prix. Et nous surveillerons en permanence les effets secondaires de nos politiques. Mais il est clair que la politique monétaire pourrait atteindre son objectif plus rapidement et avec moins d'effets secondaires si d'autres politiques soutenaient la croissance parallèlement..."

Transformer les incertitudes en opportunité

Objet de nombreux débats, "la politique budgétaire de la zone euro, qui ne concerne pas seulement l'orientation globale des dépenses publiques, mais aussi leur composition, est un élément clé à cet égard. L'investissement est un élément particulièrement important de la réponse aux défis d'aujourd'hui, car il représente à la fois la demande d'aujourd'hui et l'offre de demain. Bien que les besoins d'investissement soient bien entendu propres à chaque pays, il existe aujourd'hui des arguments transversaux en faveur d'un investissement dans un avenir commun plus productif, plus numérique et plus vert".

En conclusion, l'ancienne directrice du FMI estime que cet environnement mondial marqué par l'incertitude peut être aussi un moment d'opportunité. "Nous avons une possibilité unique de réagir à un monde changeant et stimulant en investissant dans notre avenir, en renforçant nos institutions communes et en habilitant la deuxième plus grande économie du monde. Tout cela changerait la donne, non seulement pour notre propre stabilité et notre prospérité, mais aussi pour celle de l'économie mondiale. Cela nous oblige à penser différemment l'Europe. Ce ne sera certainement pas facile. Mais comme disait saint François d'Assise : "Commencez par faire ce qui est nécessaire, puis faites ce qui est possible, et soudain vous faites l'impossible".

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