BCE : démission, dissensions... Christine Lagarde a du pain sur la planche!

BCE : démission, dissensions... Christine Lagarde a du pain sur la planche!
procès CJR décembre 2016

Boursier.com, publié le vendredi 27 septembre 2019 à 22h10

En prenant ses fonctions de présidente de la BCE, le 1er novembre prochain, Christine Lagarde aura du pain sur la planche. Cette semaine, l'institution européenne a été secouée par une démission fracassante, qui a mis à jour de profondes divisions au sein du comité de politique monétaire de la banque centrale européenne.

Ainsi, le jeudi 26 septembre, Sabine Lautenschläger, membre du directoire de la BCE, a annoncé qu'elle démissionnerait de ses fonctions fin octobre, plus de deux ans avant l'expiration de son mandat, en janvier 2022... Elle n'a donné aucune raison officielle à ce départ, ce qui n'a fait que renforcer les spéculations sur les désaccords à la BCE concernant la décision de son président, Mario Draghi, de relancer un assouplissement quantitatif lors de la dernière réunion du 23 septembre.

Or, l'on sait que Mme Lautenschläger était opposée au nouveau programme de relance monétaire de la BCE, composé d'une nouvelle réduction de taux et de la reprise du programme de rachat d'obligations ("QE").

Trop tôt pour sortir le bazooka monétaire ?

Plusieurs autres membres de la BCE (autrichiens, néerlandais, mais aussi français) estiment en effet que malgré le net ralentissement de la croissance de la zone euro, il est encore trop tôt pour lancer un plan de relance monétaire de grande ampleur. En effet, de quels outils supplémentaires disposera la BCE en cas de concrétisation de nouveaux risques, tels qu'un hard Brexit ou une guerre commerciale de grande envergure entre les Etats-Unis et la Chine ?

Le Français François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a ainsi jugé mardi que cette décision n'était pas justifiée dans les conditions actuelles. Le gouverneur de la Banque de France, qui n'est généralement pas considéré comme faisant partie des "faucons", a ajouté ses critiques à celles de tenants d'une politique monétaire plus restrictive, comme ses homologues allemand, autrichien et néerlandais.

"Je n'étais pas en faveur d'une reprise des rachats nets d'actifs cette fois-ci parce que je pensais que des rachats supplémentaires ne sont pas nécessaires à l'heure actuelle - et j'insiste sur le 'à l'heure actuelle'", a déclaré François Villeroy de Galhau, dans un discours en anglais à la Paris School of Economics, en évoquant notamment le niveau très bas des taux d'intérêt à long terme.

Christine Lagarde attendue dans la continuité de Mario Draghi

Selon John Plassard, spécialiste en investissement de Mirabaud Securities, la démission de Sabine Lautenschläger est "beaucoup plus importante que la presse économique voudrait nous le faire penser. En effet, elle laisse plusieurs questions en suspens et notamment de savoir comment les prochaines décisions seront prises (en force ou de manière consensuelle)", s'interroge-t-il, dans une note publiée vendredi.

La démission de Sabine Lautenschläger pourrait en outre être liée directement à la nomination de Christine Lagarde, qui a laissé entendre qu'elle poursuivrait dans la lignée de la politique monétaire de Mario Draghi.

L'ex-présidente du FMI critique depuis de nombreuses années le "manque d'investissement" des "pays riches", à commencer par l'Allemagne. Début septembre, la responsable française a répété que des pays tels que l'Allemagne ou les Pays-Bas "qui ont la capacité d'utiliser l'espace fiscal dont ils disposent" devraient réaliser des dépenses d'investissement dans leur infrastructure, rappelle M. Plassard.

Faire tourner la planche à billets

Enfin, cette démission pourrait aussi traduire les dissensions des membres de la BCE face à la théorie monétaire moderne (Modern Monetary Theory ou MMT), qui consiste à dire qu'un Etat peut dépenser sans limite puisqu'il pourra toujours financer sa dette par de la création monétaire.

Or, souligne le responsable de Mirabaud Securities, Mario Draghi a déclaré le 23 septembre que le Conseil des gouverneurs devrait être ouvert à des idées telles que la MMT, tout en réaffirmant que c'était les gouvernements qui en priorité devaient faire "des efforts".

Pour les partisans de la MMT, l'inflation n'est actuellement plus un problème, et l'Etat peut, sans risque inflationniste, financer ses dépenses par la création monétaire. Une théorie que réfutent les économistes classiques et les pays tels que l'Allemagne, pour qui faire fonctionner ainsi la "planche à billets" risque de déboucher sur une hyper-inflation.

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