BCE : les annonces de Christine Lagarde globalement saluées par les spécialistes

BCE : les annonces de Christine Lagarde globalement saluées par les spécialistes
procès CJR décembre 2016

Boursier.com, publié le jeudi 04 juin 2020 à 16h47

Les professionnels sont déjà nombreux à avoir réagi aux dernières annonces de la BCE et notamment à l'augmentation de la taille du "programme d'achats d'urgence pandémique" (PEPP), un plan d'achats de dettes sur les marchés visant à faire baisser les coûts de financement des Etats, des entreprises et des ménages.

Esty Dwek, responsable des stratégies de marché chez Natixis Investment Managers Solutions, affirme que "la BCE a agi encore plus que prévu, tant par l'ampleur de l'ajout au PEPP que par la prolongation du programme jusqu'en juin 2021. Une majoration de 500 milliards d'euros était attendue et 600 milliards d'euros ont été annoncés. Et la prolongation était elle aussi attendue, mais pas nécessairement lors de la réunion d'aujourd'hui. Mme Lagarde a repris une astuce de la Fed : "agir plus et plus tôt" pour montrer aux marchés qu'il ne faut pas lutter contre le pouvoir de la banque centrale. Elle permet également à la Banque centrale d'agir comme un soutien pour les spreads périphériques et pour le crédit". La décision du jour devrait également "être bénéfique pour les actifs à risque et soutenir le récent rallye des actifs européens qui rattrapent les États-Unis".

Pour Wolfgang Bauer, gérant Fixed income chez M&G Investments, "du point de vue de la BCE, mettre l'accent sur les achats dans le cadre du PEPP est bien sûr logique. Étant donné le degré élevé d'incertitude entourant les perspectives économiques et inflationnistes à ce stade, la flexibilité est cruciale. Et c'est ce qui distingue le PEPP des autres programmes d'achat. Si la pression se fait sentir, la BCE pourrait s'écarter de la clé de répartition du capital et, par exemple, faire basculer les achats d'obligations d'État dans le cadre du PEPP vers la périphérie européenne. Par conséquent, les marchés obligataires ont considéré la montée en puissance du PEPP comme un signe positif pour les BTP italiens, dont l'écart par rapport aux Bunds a chuté d'environ 20 points de base après l'annonce d'aujourd'hui".

Nicolas Forest, Directeur de la Gestion Obligataire chez Candriam, explique de son côté qu'"alors que la BCE a révisé à la baisse ses prévisions de croissance (avec une contraction de -8,7% en 2020 et un rebond de 5,2% en 2021), Christine Lagarde a marqué aujourd'hui une nouvelle étape dans le programme d'aide à l'économie avec les diverses annonces du jour. Pour le spécialiste, la dirigeante a "délivré plus que prévu et a ainsi démontré un fort engagement monétaire pour soutenir la liquidité des émetteurs... Bien sûr la BCE ne règle pas tous les problèmes liés à cette récession exceptionnelle, mais elle donne ici du temps et un soutien significatif aux Etats et aux entreprises. L'investisseur n'a qu'à bien se tenir s'il veut jouer contre la banque centrale dans les prochains mois !"

Jon Day, gérant obligataire chez Newton (BNY Mellon IM), souligne que "compte tenu du volume d'émissions souveraines et corporate, la BCE n'avait pas d'autre choix que d'augmenter et d'étendre son programme. De nombreuses incertitudes subsistent quant à la rapidité de la reprise économique et le besoin de liquidités pour consolider les bilans reste aigu. Cependant, les dépenses budgétaires énormes sont au premier plan du soutien des économies, la BCE donne le coup de pouce nécessaire et réduit la pression sur le marché pour absorber les émissions d'obligations afin de les financer. L'augmentation du programme devrait absorber la majeure partie de l'augmentation des émissions. C'est important car les rendements souverains, en particulier sur les marchés 'core', sont très bas et, sur une base de couverture de change, ne sont pas attractifs pour les investisseurs étrangers, ce qui signifie que la BCE, insensible aux rendements, reste unique acheteur".

Enfin, Patrice Gautry, chef économiste à l'Union Bancaire Privée, estime que "la BCE arrive encore a surprendre les marchés financiers. En augmentant de 600 milliards son PEPP et portant la date de fin à 2022, la BCE reprend l'initiative sur des attentes de marchés qui étaient déjà très ambitieuses. Ses vues sur l'économie ne sont pas très optimistes, beaucoup plus pessimistes que celles du consensus et peut être craint-elle aussi une approbation un peu difficile du Recovery Fund sur les prochains mois et une résistance forte de la part des pays frugaux. En somme, la BCE n'a rien de généreux mais elle se prépare a un très 'gros temps' économique et politique".

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