BCE : une réunion pour rien ?

BCE : une réunion pour rien ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 21 avril 2021 à 15h41

Le grand rendez-vous économique de la semaine est prévu demain avec la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne. Cette fois, aucune annonce importante n'est attendue, ce qui n'empêchera pas les investisseurs de suivre attentivement les déclarations de Christine Lagarde à l'issue de cette réunion.

Le grand rendez-vous économique de la semaine est prévu demain avec la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne. Cette fois, aucune annonce importante n'est attendue, ce qui n'empêchera pas les investisseurs de suivre attentivement les déclarations de Christine Lagarde à l'issue de cette réunion.

François Rimeu, stratégiste senior à 'La Française AM' s'attend "à ce que la BCE confirme sa politique monétaire en vigueur. La BCE confirmera probablement les mesures prises en mars pour accélérer le rythme des achats dans le cadre du programme d'achat d'urgence en cas de pandémie (PEPP), sachant que ce rythme sera revu en juin avec les nouvelles prévisions économiques. Les conditions financières ne se sont pas resserrées depuis la réunion précédente, mais le conseil général suivra de près l'enquête sur les prêts bancaires qui sera publiée le 20 avril. Christine Lagarde gardera un ton très accommodant en raison de la faiblesse des perspectives d'inflation à moyen terme, et ce malgré la hausse des pressions à court terme. Afin de maintenir un large consensus au sein du conseil, elle devrait communiquer fortement sur la flexibilité du PEPP si les conditions financières devaient changer significativement dans un futur proche".

Hervé Goulletquer, stratégiste chez LBPAM, explique aussi qu'"aucune décision 'engageante' n'est attendue. On sera attentif aux éléments d'ambiance, qui pourraient refléter l'évolution des compromis passés. On pense d'abord au PEPP. Le plus probable est cependant que le sentiment d'une logique d'entre-deux, imposée par les visions différentes qui prévalent au sein du Conseil, continue de s'imposer".

William De Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas, note que "Christine Lagarde pourrait être interrogée sur la revue de la stratégie de la Banque centrale européenne et en particulier sur le rôle du changement climatique, jeudi 22 avril étant le Jour de la Terre. Ce sera l'occasion pour la présidente de la BCE de souligner l'importance de la lutte menée par les États contre le réchauffement climatique en tant que facteur influençant l'efficacité de la politique monétaire. La réunion du 10 juin risque d'être plus animée avec de nouvelles projections et une décision sur le rythme d'achats dans le cadre du PEPP dans un contexte de probable augmentation des rendements américains tout au long de l'année".

Anna Stupnytska, Global Economist chez Fidelity International, s'attend aussi "à ce que le Conseil des gouverneurs maintienne sa position dovish, mais aussi qu'il adopte un ton d'optimisme prudent. Tout d'abord, les données récentes dans la zone euro ont été légèrement meilleures que prévu et la campagne de vaccination, qui avait été lente à démarrer, s'est considérablement accélérée au cours des dernières semaines. Cela laisse présager des risques à la hausse pour les perspectives plus tard dans l'année. Deuxièmement, les conditions de financement sont restées favorables, aidées par la stabilisation des marchés obligataires mondiaux au cours du mois dernier, malgré la persistance de données solides et de mesures de relance budgétaire positives en provenance des États-Unis. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'augmentation des achats de PEPP depuis la dernière réunion a été inférieure aux attentes - la BCE n'a pas eu à intervenir de manière agressive pour limiter les rendements.

Sur le plan négatif, toutefois, deux préoccupations majeures devraient dominer l'esprit des décideurs de la BCE. Tout d'abord, la course entre le virus et le vaccin se poursuit et certains signes inquiétants indiquent la montée d'une troisième vague en Europe (et dans le monde). Deuxièmement, les deux contestations juridiques qui ont été soumises à la Cour constitutionnelle allemande - l'une sur le PEPP et l'autre sur le Fonds de rétablissement et de résilience - ont le potentiel d'être perturbatrices. Le retard dans le calendrier du FRR en particulier, qui repousse le versement de la première tranche à plus tard dans l'année, voire en 2022, ferait peser des risques importants sur la croissance et l'inflation dans la zone, en raison de l'absence de mesures de relance budgétaire synchronisées pour soutenir la reprise.

Les marchés devraient continuer à tester la détermination des banques centrales à maintenir une politique souple, en particulier dans le contexte d'une croissance plus forte induite par la réouverture plus tard dans l'année. À cet égard, nous pensons que les risques liés à l'action de la BCE lors des prochaines réunions sont orientés vers un assouplissement supplémentaire visant à maintenir les taux réels en territoire négatif. Si, selon nous, les inquiétudes du marché quant à un tapering précoce de la BCE ne sont pas justifiées à ce stade, le risque d'une erreur de politique hawkish dans un environnement aussi inédit est particulièrement élevé".

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