Brexit : et maintenant ?

Brexit : et maintenant ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 13 décembre 2019 à 10h25

La victoire, sans appel, de Boris Johnson aux élections législatives britanniques fait couler beaucoup d'encre ce matin. Quelles conséquences aura ce résultat sur l'économie locale et les marchés? Les réactions des spécialistes sont nombreuses et plus ou moins contrastées. Petit tour d'horizon.

"Le Brexit ne fait que commencer"

Gilles Prince, CIO Chez 'Edmond de Rothschild' (Suisse), affirme que "plus qu'un vote en faveur du parti conservateur, le résultat des élections confirme la volonté britannique de sortir de l'Union Européenne. Lassé d'un feuilleton à rebondissements qui n'en finissait pas, le peuple britannique n'a pas voulu replonger vers une nouvelle remise en cause du Brexit. La victoire sans appel des Conservateurs permet donc d'envisager sur la sortie de l'Union Européenne avec la date officielle du 31 janvier 2020 comme première étape. A plus long terme, on peut raisonnablement penser qu'une moindre incertitude autour du Brexit rendra le marché britannique plus attractif. Mais l'embellie de ces prochains jours ne doit toutefois pas faire oublier que le Brexit ne fait que commencer, et que négocier un accord commercial prend du temps et sera un exercice difficile. La prime de risque des actifs britanniques ne disparaîtra donc pas complètement".

"Le pire résultat depuis 1935 pour les travaillistes"

Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez 'Pictet AM', note pour sa part que "Corbyn n'a pas réussi à reproduire l'exploit de 2017. Bien au contraire. Il s'agit du pire résultat depuis 1935 pour les travaillistes... Le discours de la Reine et l'ouverture officielle du Parlement auront lieu le jeudi 19 décembre. En janvier, le projet de loi sur l'accord de retrait deviendra loi au Royaume-Uni, et le Parlement européen devrait ratifier l'accord par le biais d'une motion d'approbation permettant à Brexit d'être livré dans ces conditions à la fin janvier. Le Royaume-Uni entrera alors dans la période de transition jusqu'à la fin de 2020, mais avec la possibilité pour le Royaume-Uni de demander une prolongation de deux ans au plus le 1er juillet. Compte tenu de l'ampleur des négociations à venir, des prolongations sont probables. En termes d'investissement, le résultat est positif pour le sterling, les actions anglaises, l'euro et les actions européennes. Les banques européennes devraient en bénéficier plus particulièrement".

"Une voie plus claire vers le Brexit"

Shamik Dhar, 'Chef Economist' chez 'BNY Mellon Investment Management', explique que "les résultats de ce matin montrent une voie plus claire vers le Brexit et propose la visibilité dont les entreprises et les marchés ont besoin depuis 3 ans. Il est désormais davantage probable que le Royaume-Uni quitte l'UE à la fin du mois de janvier 2020 et que l'accord qui sera conclu sera probablement une forme du Brexit relativement dure, par exemple un accord de libre-échange. Conjuguée à une reprise plus générale de l'économie mondiale, nous pourrions voir un net rebond de l'économie britannique et de l'indice FTSE 100. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'écueils à éviter à l'avenir... À court terme, le Brexit fera des dégâts sur le plan économique, mais il reste à voir si ces dommages s'inscriront dans la durée. L'investissement a sans aucun doute connu une certaine faiblesse en 2019 en raison de l'incertitude et des craintes sur l'issue du Brexit, donc un gouvernement majoritaire et stable qui ferait avancer la cause du Brexit débloquera une partie de la demande des investisseurs. Quoi qu'il en soit, je reste sceptique quant à l'impact négatif à long terme du Brexit et je crois qu'un grand nombre des prévisions les plus négatives se basent sur le constat que le Brexit constitue un frein important à la croissance de la productivité, ce qui est déterminée par toute une série de facteurs. Tant que la certitude et un accord "propre" sont au rendez-vous, les entreprises britanniques pourront se concentrer à nouveau sur la génération de productivité à long terme. L'évolution de la technologie montre que nous pourrions être à l'aune d'une reprise de la productivité, indépendamment de l'issue du Brexit".

"Plus de certitude quant aux perspectives du Royaume-Uni"

Emma Mogford, Gérant actions britanniques chez 'Newton Investment Management', souligne enfin qu'"une majorité conservatrice apporte plus de certitude quant aux perspectives du Royaume-Uni. Cela pourrait être positif à court terme pour les entreprises domestiques et pour les secteurs économiquement sensibles du marché, tels que les banques et le BTP. Si les valorisations des sociétés britanniques et la livre sterling ont augmenté depuis le mois d'août, le point de départ reste une valorisation faible du marché britannique : certaines sociétés britanniques se négocient avec une décote. Toutefois, à plus long terme, le Royaume-Uni devra encore négocier un accord commercial avec l'UE, ce qui signifie que l'incertitude continuera de régner et impactera à son tour les entreprises britanniques à court terme. Après la fin du mois de janvier, alors que les négociations reprendront avec l'UE, la livre sterling connaîtra probablement de la volatilité jusqu'à ce que l'on sache à quoi ressemble l'Acte II du Brexit. Une majorité conservatrice élimine également une partie de l'incertitude autour des secteurs qui risquaient d'être nationalisés sous un gouvernement travailliste, comme les compagnies d'eau et les fournisseurs d'Internet à haut débit, et une partie de cette décote disparaîtra probablement sur les marchés".

"Comment aller aussi vite?"

"L'ambition de Boris Johnson est que tout soit réglé à la fin de 2020, c'est-à-dire au terme de la période de transition telle que définie aujourd'hui. Mais comment aller aussi vite, si la volonté de Londres est de s'éloigner des règles de l'UE ? Et quid du " chiffon rouge " de la fin de la libre circulation des citoyens de l'Union au RU?", s'interroge Hervé Goulletquer, stratégiste à La Banque Postale.

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