Brusque remontée des taux en Europe après les "Minutes" de la BCE

Brusque remontée des taux en Europe après les "Minutes" de la BCE©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 10 octobre 2019 à 23h27

La publication jeudi du compte-rendu de la dernière réunion de la BCE, le 12 septembre, a déclenché une flambée des taux d'intérêts souverains dans la zone euro. Ce rapport a en effet confirmé l'existence de profondes divisions au sein du conseil de la banque centrale européenne sur la politique monétaire à suivre.

Ces "Minutes" ont semé le doute dans l'esprit des investisseurs sur la poursuite d'une politique monétaire ultra-accommodante, après les récentes annonces en ce sens de Mario Draghi, le patron de la BCE sur le départ.

Les rendements des emprunt d'Etat à 10 ans ont bondi jeudi de 8 à 9 points de base (centièmes de points) dans la zone euro. Le taux du Bund allemand est ainsi remonté à -0,47% (+8 points de base), celui de l'OAT française a fini à -0,15% (+8 pdb), celui de l'Italie à atteint 0,95% (+9 pdb) et celui de l'Espagne a fini à 0,22% (+8 pdb). Même si ces taux restent proches de leurs plus bas niveaux historiques, ces décalages sont importants pour une seule séance.

Alors que Mario Draghi cédera son poste à Christine Lagarde le 1er novembre prochain, les Minutes montrent que les gouverneurs de la Banque centrale européenne se sont accrochés sur plusieurs points du paquet de mesures de soutien à l'économie annoncé le 12 septembre.

Un argumentaire pas "suffisamment solide" en faveur du "QE"

Ainsi, des "réserves ont été exprimées concernant certains éléments du paquet de mesures proposé", en particulier la reprise du programme de rachat d'actifs ("QE"), qui avait été interrompu en décembre 2018. L'argumentaire en faveur d'une reprise de ce programme n'est pas apparu "suffisamment solide" aux yeux de plusieurs participants, souligne le rapport.

Il a été souligné l'absence d'horizon de temps pour ce "QE" ("Quantitative easing" ou assouplissement quantitatif), ce qui "pourrait donner lieu à des demandes d'achat plus élevées" sur le marché et "remettre en cause (ses) limites", jugées importantes "pour garantir que la frontière entre politique monétaire et financement d'Etat ne soit pas floue", ajoute le compte-rendu.

Le 12 septembre, face aux signes de ralentissement accéléré de la croissance dans la zone euro, en particulier en Allemagne, la BCE a annoncé une série de mesures-choc, combinant une reprise des rachats d'actifs (20 milliards d'euros par mois), une nouvelle baisse du taux de dépôt (-0,5% au lieu de -0,4%), associé à un système de paliers pour en atténuer les effets pour les banques. Enfin, la BCE avait annoncé de nouvelles modalités pour ses prêts ciblés (T-LTRO) accordés aux banques.

Des critiques en rafale au sein du conseil des gouverneurs

Dès le lendemain de cette réunion houleuse, les voix dissonantes s'étaient élevées dans le monde habituellement très feutré des banquiers centraux. Le gouverneur de la banque centrale néerlandaise, Klaas Knot, avait jugé "disproportionné" le dispositif adopté. Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, avait jugé que la BE avait "dépassé les bornes" en relançant le "QE", tandis que le journal allemand 'Bild' avait caricaturé Mario Draghi en "Comte Draghila".

Le 24 septembre, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, également membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a lui aussi fait savoir qu'il n'était "pas en faveur d'une reprise des rachats nets d'actifs cette fois-ci, parce que je pensais que des rachats supplémentaires ne sont pas nécessaires à l'heure actuelle - et j'insiste sur le 'à l'heure actuelle'", a-t-il déclaré dans un discours en anglais à la Paris School of Economics.

Enfin, le jeudi 26 septembre, l'Allemande Sabine Lautenschläger, membre du directoire de la BCE, a annoncé sa démission fin octobre, plus de deux ans avant l'expiration de son mandat, en janvier 2022... Elle n'a donné aucune raison officielle à ce départ, mais elle n'avait pas caché son opposition à la reprise du programme de rachats d'obligations.

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