Carrefour retombe, l'Etat semble s'opposer à un rachat et le marché reste sceptique

Carrefour retombe, l'Etat semble s'opposer à un rachat et le marché reste sceptique©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 14 janvier 2021 à 09h29

Carrefour recule de 7% à 16,3 euros en ce début de séance, bien en deçà des 20 euros offerts par Alimentation Couche-Tard. Porté hier par l'annonce d'une approche amicale du Canadien, le titre du distributeur rechute alors que le marché semble avoir du mal à croire à un rachat pur et simple du géant français par la firme québécoise spécialisée dans les magasins de proximité et les stations d'essence. "L'essentiel de l'activité de Carrefour est l'épicerie et les hypermarchés", affirme par exemple Jennifer Bartashus, analyste chez Bloomberg Intelligence. "Comment cela s'inscrit-il dans le modèle de fonctionnement de Couche-Tard d'une manière qui ait du sens ?".

"Couche-Tard pourrait-il prendre cette mesure parce que les occasions d'acquérir des c-stores à des prix raisonnables se font de plus en plus rares ou est-ce pour diversifier l'entreprise en la détournant du carburant ?" s'interroge de son côté Michael Van Aelst, analyste chez TD Securities. "Un saut dans les supermarchés n'est pas un mouvement que nous avions prévu".

D'autant qu'en plus du scepticisme des analystes, l'Etat français s'est montré réticent à une telle opération. Bien qu'il ne détienne pas de participation au capital de Carrefour, Bercy peut invoquer la loi Pacte pour faire prévaloir l'argument de la souveraineté alimentaire.

Le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a ainsi exprimé mercredi soir ses réserves sur l'offre de rachat de 20 milliards d'euros "A priori, je ne suis pas favorable à cette opération", a ainsi déclaré le ministre dans l'émission télévisée "C à Vous". Le ministre a qualifié Carrefour de "chaînon essentiel dans la sécurité alimentaire des Français, dans la souveraineté alimentaire" et a estimé que le distributeur français disposait des atouts nécessaires pour faire évoluer son modèle. Bruno Le Maire a souligné que Bercy est prêt à accompagner le groupe dans cette transformation.

La ministre du Travail s'est également dite opposée à une telle transaction, évoquant l'importance du groupe de distribution dans la sécurité des chaînes d'approvisionnement alimentaires en France. "Je suis favorable à ce qu'il n'y ait pas de remise en cause de l'actionnariat actuel de Carrefour pour qu'il puisse poursuivre sa stratégie, donc opposée à un rachat", a affirmé Elisabeth Borne sur 'Europe 1'.

Bryan Garnier sort un peu du lot ce matin et affiche un certain optimisme sur la réussite de l'opération. Couche-Tard a confirmé qu'il a déjà soumis une offre non contraignante à hauteur de 20 euros par action Carrefour. "Cela signifie que les discussions ont commencé en 2020 contrairement à ce que Carrefour avait suggéré par sa formulation 'discussions très préliminaires'. Nous comprenons que Couche-Tard a rencontré plusieurs détaillants alimentaires français en octobre 2020 avant d'entamer des discussions avec Carrefour". Le broker estime ainsi la probabilité de parvenir à un compromis supérieure à 50%.

Il évoque donc la première offre déjà soumise, considère que M.Bompard est disposé à conclure un accord car il est un 'deal maker' et une vente impliquerait une sortie positive pour lui, et ne voit aucune réticence de la part des organismes antitrust ou du gouvernement français étant donné l'absence de chevauchement et de risque de licenciement à court terme (l'annonce faite par le ministre français des finances était plutôt d'être invité à la table des négociations, selon l'analyste). Enfin, il pense que tous les actionnaires principaux (c'est-à-dire les familles Moulin, Arnault et Diniz) seraient favorables à un tel accord tant que le prix reste supérieur à 20 euros par titre et est principalement en espèces, même si la plupart perdrait de l'argent étant donné leurs points d'entrée très élevés... Ainsi, si toutes les parties sont prêtes à aller de l'avant dans les discussions, les deux directions pourraient même déjà discuter d'un prix plus élevé qui pourrait atteindre 25 euros, conclut BG.

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