Carrefour se donne 5 ans pour se transformer en profondeur, l'action monte

Carrefour se donne 5 ans pour se transformer en profondeur, l'action monte©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 23 janvier 2018 à 09h12

Alexandre Bompard et l'équipe de direction remaniée de Carrefour passent aujourd'hui leur premier grand oral face aux investisseurs. Ils ont la lourde charge de faire en sorte que le plan stratégique dévoilé ce matin soit perçu par le marché comme les fondations du Carrefour du futur, à défaut d'être spectaculaire. Car la transformation sera longue et douloureuse, personne n'est dupe. Pas de baguette magique donc, mais un projet initial comprenant plusieurs axes. La direction du distributeur détaille ses projets en conférence à partir de 9h00 depuis Paris, mais un communiqué diffusé ce matin à 8h30 fournit la plupart des grandes lignes du plan baptisé sobrement "Carrefour 2022". Un second communiqué concernant la Chine complète le premier.

Quatre piliers

"Carrefour 2022" est décliné sur quatre thématiques. La première repose sur une organisation simplifiée et ouverte, qui passe notamment par la rationalisation des sièges du groupe en Île-de-France et un plan de départs volontaires qui portera sur 2400 personnes dans l'hexagone. Le partenariat signé en Chine avec Tencent, que nous détaillerons plus bas, entre dans cette catégorie également. La seconde thématique passe par des gains de productivité et de compétitivité, qui se matérialiseront par une enveloppe globale d'investissement de 2 milliards d'euros par an, notamment dans la compétitivité commerciale et le développement de la marque propre, ainsi qu'un programme de réduction des coûts dont l'ampleur atteindra 2 MdsE en année pleine à partir de 2020. Comme cela avait été évoqué précédemment, le parc ex-DIA sera amputé de 273 magasins. Le troisième axe a été baptisé "créer un univers omnicanal de référence" et consiste à investir dans les formats qui ont le vent en poupe et dans le commerce en ligne, notamment en ouvrant 2000 magasins de proximité dans les grandes métropoles en 5 ans, en accélérant le format "cash & carry" au Brésil, en Argentine et France (Promocash) et en investissant "massivement" dans le digital, soit 2,8 MdsE prévus d'ici 2022. L'objectif est de générer 5 MdsE de ventes alimentaires en ligne en 2022. Pour appuyer ces initiatives, Carrefour.fr deviendra la plateforme marchande unique du groupe en France dès cette année. Enfin, la quatrième thématique est la "refonte de l'offre au service de la qualité alimentaire", avec un accent mis sur les produits frais, un objectif de 5 MdsE de revenus générés par le bio en 2022 et la généralisation de la marque Carrefour, qui doit réaliser le tiers du chiffre d'affaires du groupe d'ici 2022.

Tencent en renfort en Chine

En Chine, où le groupe peine à trouver la bonne formule, Carrefour va accueillir Tencent et Yonghui au capital de sa filiale locale. Le projet en est au stade du protocole d'accord. "Cette opération permettra de combiner le savoir-faire de Carrefour dans le domaine de la distribution avec l'excellence technologique de Tencent et l'expertise opérationnelle de Yonghui, en particulier sa maîtrise des produits frais", indique le distributeur dans le communiqué diffusé ce matin. Les conditions précises n'ont pas été détaillées, mais Carrefour "demeurera le premier actionnaire de Carrefour Chine" (mais pas forcément l'actionnaire majoritaire ?). Ce potentiel accord capitalistique se doublera d'une coopération stratégique en Chine avec Tencent, pour améliorer la visibilité de Carrefour sur internet et développer des offres de "smart retail" en magasin. Le périmètre de la coopération envisagée inclut plusieurs zones de partenariat, en particulier sur le partage des données, le " smart retail ", les solutions de paiement mobile, l'amélioration de l'expérience magasin et l'exploitation de données afin de dynamiser le trafic en magasin de Carrefour Chine.

Le titre en hausse

L'accueil initial est bon en bourse : le titre a démarré en hausse de plus de 4%, en signant un pic à 19,36 euros, contre une clôture à 18,465 euros la veille. Compte tenu de la diffusion assez tardive de la teneur du plan, les analystes n'ont pas encore pu publier de commentaires. Mais en première lecture, le plan cherche à répondre aux principales critiques qui ont pesé sur le distributeur récemment : organisation trop complexe en France, isolement en Chine, retard accumulé dans le commerce en ligne ou échecs sur certains segments (magasins ex-DIA, hypers mal calibrés).

Le management n'a pas annoncé, dans le communiqué initial, le coût global de cette politique, mais a assuré que le distributeur conservera une structure financière solide et une politique de distribution du dividende attractive, avec un taux de versement compris entre 45 et 50% du résultat net ajusté part du groupe.

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