Coronavirus : les banques centrales bientôt à la rescousse ?

Coronavirus : les banques centrales bientôt à la rescousse ?
Contrôle de température en Chine, à Pékin, dans la station de métro de Xizhimen, face à l'épidémie de coronavirus.

Boursier.com, publié le mardi 25 février 2020 à 18h50

Les Bourses mondiales ont décroché d'environ 5% depuis lundi face à la crainte que le coronavirus chinois ne se transforme en pandémie, c'est-à-dire une épidémie globale avec plusieurs foyers distincts. Toutefois, les marchés tablent sur le soutien des banques centrales pour amortir le choc, et les dirigeants financiers des pays du G20, réunis le week-end dernier à Riyad, ont promis d'agir en cas de besoin.

En Chine, la Banque Populaire de Chine (BPC) a d'ores et déjà déployé une batterie de mesures de soutien à l'économie chinoise, où l'épidémie de Covid-19 semble désormais avoir atteint un pic, selon le experts de l'OMS qui se sont rendus sur place. Sur les marchés financiers, l'évolution des contrats à terme sur les taux très courts (Eonia en zone euro et "fed funds" aux Etats-Unis) montrent une hausse de la probabilité d'une baisse de taux de la part de la Banque centrale européenne (BCE) comme de la Réserve fédérale américaine.

Les paris sont ouverts sur de nouvelles baisses de taux

Les marchés monétaires de la zone euro évaluent ainsi désormais à environ 50% la probabilité que la BCE baisse ses taux de 10 points de base en juillet, contre 35% la semaine dernière. Aux Etats-Unis, les investisseurs évaluaient mardi à 23,2% la probabilité que la Fed baisse ses taux d'un quart de point lors de sa réunion de mars, contre 11,1% il y a une semaine et 3,8% il y a un mois, indique le baromètre FedWatch de CME Group.Et pour la réunion d'avril, les marchés tablent à 59% sur une baisse de taux d'un quart (47,5%) voire d'un demi-point (11,5%).

Le week-end dernier, les ministres des Finances et les banquiers centraux des pays du G20 étaient réunis à Riyad en Arabie saoudite, et le Covid-19 a largement éclipsé les autres sujets à l'ordre du jour. Les grands argentiers se sont engagés dimanche à surveiller l'impact du coronavirus sur la croissance économique mondiale et à agir si nécessaire, estimant qu'un assouplissement monétaire et une baisse des tensions commerciales devraient entraîner un rebond en 2020 et 2021.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a déclaré que les banquiers centraux étudiaient toutes les options nécessaires pour répondre à la propagation du coronavirus. Devant la presse, il a estimé qu'il était trop tôt pour spéculer sur l'impact à long terme du coronavirus et que plus de choses seront connues dans les trois à quatre semaines qui viennent.

Le FMI revoit en légère baisse ses prévisions de croissance pour 2020

A l'occasion de ce G20 Finances, le FMI a averti que l'épidémie de coronavirus mettait "en péril" la reprise de l'économie mondiale. "J'ai informé le G20 que, même en cas d'endiguement rapide du virus, la croissance en Chine et dans le reste du monde serait touchée", a déclaré la directrice du Fonds monétaire international Kristalina Georgieva, devant les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales des vingt premières économies mondiales.

Pour l'instant, le FMI estime assez prudemment que le Covid-19 devrait amputer la croissance mondiale de 0,1 point de pourcentage cette année. Pour la Chine, le FMI prévoit désormais une croissance de 5,6% en 2020, contre 6% précédemment.

Le nombre de cas en forte hausse en Italie, en Corée du Sud et en Iran

Sur le plan sanitaire, l'épidémie menace désormais de se transformer en pandémie, avec une multiplication des foyers hors de Chine, notamment en Corée du Sud, en Italie et en Iran, qui font désormais craindre des effets négatifs durables sur la croissance économique mondiale.

Lundi, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé pour la première fois le monde à se préparer à une "éventuelle pandémie" : "nous devons nous concentrer sur l'endiguement (de l'épidémie de nouveau coronavirus, ndlr), tout en faisant tout notre possible pour nous préparer à une éventuelle pandémie", a-t-il déclaré à la presse. Le patron de l'OMS a aussi jugé "très préoccupante (...) l'augmentation soudaine" de nouveaux cas en Italie, en Corée du Sud et en Iran.

Ainsi, la Corée du Sud a fait état mardi de 144 nouveaux cas pour un total de près de 1.000 (977) malades, dont 10 sont décédés. En Europe, l'Italie a fait état lundi soir d'un septième décès, alors que le pays comptait mardi 283 cas de la maladie. En Iran, le bilan officiel est monté mardi à 95 personnes contaminées et le nombre de décès est passé mardi de 12 à 15, ce qui place le pays au premier rang des pays mortellement touchés par le virus en dehors de la Chine. Quatre pays du Moyen-Orient ont eux aussi annoncé lundi les premiers cas de personnes infectées sur leur territoire ce lundi : le Koweït, Bahreïn, l'Irak et Oman.

Les autorités chinoises optimistes sur un rebond de l'économie

L'épidémie a en revanche marqué le pas en Chine, d'où le nouveau coronavirus a surgi fin décembre, et où 77.000 personnes ont été contaminées depuis et plus de 2592 sont mortes. Ainsi, les experts de la mission conjointe de l'OMS qui se sont rendus en Chine, notamment à Wuhan, épicentre de l'épidémie, ont constaté que l'épidémie du Covid-19 a atteint "un pic, suivi d'un plateau, entre le 23 janvier et le 2 février, et qu'elle n'a cessé de décliner depuis lors", a annoncé M. Ghebreyesus lors de son point presse de lundi.

En Chine, vice-gouverneur de la Banque populaire de Chine (BPC), Chen Yulu, a estimé dimanche que "l'impact de l'épidémie sur l'économie chinoise sera principalement à court terme". Dans une tribune publiée sur le site Internet de la banque centrale, il a ajouté que la banque centrale s'attend à un rebond de la croissance économique grâce aux mesures fortes et efficaces prises par le gouvernement.

"Alors que les activités de consommation et d'investissement reprennent, l'économie devrait connaître une reprise compensatoire", poursuit le texte sur un ton optimiste.

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