Devises : l'euro flambe avant le rendez-vous de jeudi avec la BCE !

Devises : l'euro flambe avant le rendez-vous de jeudi avec la BCE !©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 09 mars 2020 à 23h13

L'euro s'est nettement apprécié lundi face au dollar, bondissant de 1,55% à 1,1455$ dans les échanges interbancaires à New York ! Alors que les marchés d'actions ont plongé partout dans le monde face au risque de récession lié au coronavirus, les investisseurs attendent de nouveaux gestes forts de la parts des banques centrales, et notamment de la BCE, qui se réunira jeudi.

L'indice du dollar, qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises de référence (euro, livre sterling, yen, dollar canadien, franc suisse et couronne suédoise) a de son côté reculé lundi de 0,90% à 95,09 points. L'indice du dollar avait déjà abandonné 2% la semaine dernière, après l'annonce, le 3 mars, d'une baisse surprise d'un demi-point du principal taux directeur de la Fed, désormais ramené entre 1% et 1,25%. Face aux dégâts causés par la propagation du coronavirus à l'économie, les marchés tablent d'ores et déjà sur d'autres baisses de taux de la Fed, qui se réunira les 17 et 18 mars prochains. Le taux des "fed funds" pourrait même tomber à zéro, voire en terrain négatif, selon certains scénarios élaborés par les économistes.

La BCE devrait amplifier son recours à ses outils non conventionnels

Quoi qu'il en soit, la Réserve fédérale américaine dispose d'une marge de manoeuvre plus importante que la BCE pour baisser ses taux d'intérêts directeurs. Quant à la Banque centrale européenne, elle se réunira jeudi pour décider des mesures de soutien à apporter à l'économie de la zone euro, alors que l'épidémie de Covid-19 prend chaque jour plus d'ampleur dans la région. L'économie d'un des principaux membres de la zone euro, l'Italie, est désormais quasi-paralysée par la propagation du coronavirus, tandis que les cas de la maladie continuent d'augmenter en France et en Allemagne, faisant craindre là aussi des graves perturbations de l'activité des entreprises.

Si son principal taux directeur, le taux "refi", est déjà au plancher, et son taux de dépôt négatif, la BCE dispose encore d'outils non conventionnels pour agir sur la liquidité et le crédit... Selon un consensus de marché établi par 'Reuters', la BCE devrait annoncer jeudi une nouvelle baisse de 10 points de base de son taux de dépôt, qui passerait ainsi de -0,5% à -0,6%. Ce taux négatif, appliqué aux réserves excédentaires que les banques placent auprès de la BCE, correspond donc à une pénalité pour les banques, ce qui devrait les encourager à prêter aux acteurs économiques plutôt qu'à confier leurs liquidités à la BCE.

En outre, selon le consensus, la banque centrale européenne devrait augmenter ses rachats d'obligations d'entreprises, dans le cadre de son programme de rachat d'actifs ("QE"). La BCE a repris ce programme d'achats depuis novembre 2019 au rythme de 20 milliards d'euros par mois.

Vers une aide accrue aux entreprises à travers des prêts bancaires ciblés ?

Jeudi, la banque centrale pourrait donc augmenter la part des obligations d'entreprises qu'elle achète, ce qui fournirait de la liquidité et stabiliserait ce marché de la dette "corporate". Certains pensent qu'elle pourrait aussi accroître le montant total des achats au-delà de 20 MdsE par mois.

Une autre piste probable attendue dès la réunion de jeudi par certains investisseurs est celle d'un assouplissement des conditions des prêts ciblés de la BCE aux banques de la zone euro (programme dit "TLTRO"). Les prêts pourraient ainsi être orientés vers les banques s'engageant à prêter aux PME des secteurs les plus affectés par la crise du coronavirus.

Le 3 mars, la présidente de la BCE Christine Lagarde, a réuni le directoire de l'institution à Francfort, qui avait ensuite publié un communiqué assurant être "prête à prendre les mesures appropriées" face à l'impact économique de l'épidémie.

Les gouvernements appelés à la rescousse, l'Italie débloque 7,5 MdsE

De son côté, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a lui aussi affirmé la semaine dernière que la BCE était "prête à prendre les mesures appropriées" , mais il faut aussi que les gouvernements qui disposent de marges budgétaires agissent, a-t-il souligné. Un message à peine voilé au gouvernement allemand qui dispose de la plus grande marge de manoeuvre du vieux continent, alors que la France et l'Italie se trouvent dans des situations budgétaires nettement moins confortables...

L'Italie a cependant d'ores et déjà annoncé un plan d'aide extraordinaire de 7,5 milliards d'euros pour contrer la propagation de coronavirus et atténuer ses répercussions économiques. Une mesure qui fera monter son déficit budgétaire de 2,2% à 2,5% de son PIB en 2020. La Commission européenne a toutefois indiqué à l'Italie que ses "aides ponctuelles" liées à la lutte contre le Covid-19 seraient exclues de l'évaluation du déficit du pays, ce qui pourrait ouvrir la voie à des plans de relance dans d'autres pays de la zone euro.

Les taux souverains témoignent de la crainte d'une récession

Signe des craintes de récession comme des attentes fortes des marchés vis-à-vis des gouvernements et des banques centrales, les taux longs des dettes souveraines ont testé de nouveaux plus bas lundi. Le rendement du T-Bond américain à 10 ans a dégringolé à 0,54% contre 0,78% vendredi soir, et celui du Bon du Trésor a 30 ans est tombé à 1,03% (-18 points de base), des planchers historiques.

En Europe, le taux du Bund allemand à 10 ans est lui aussi tombé lundi à son plus bas niveau, à -0,86% (-15 points de base) et celui de l'OAT française est tombé à -0,39% (-4 points de base).

En revanche, le taux de la dette italienne à 10 ans a bondi lundi de 35 points de base à 1,42%, reflétant la montée du niveau de risque dans la péninsule, dont la dette dépasse déjà les 130% du PIB...

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