Devises : l'euro grimpe, insensible aux annonces de la BCE

Devises : l'euro grimpe, insensible aux annonces de la BCE©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 10 décembre 2020 à 21h55

L'euro a poursuivi sa progression jeudi, malgré les nouvelles mesures de soutien monétaire annoncées par la BCE et les propos de la présidente Christine Lagarde, qui s'est montrée préoccupée par le niveau élevé de la devise européenne, qui pourrait être un obstacle à la reprise économique.

L'euro a poursuivi sa progression jeudi, malgré les nouvelles mesures de soutien monétaire annoncées par la BCE et les propos de la présidente Christine Lagarde, qui s'est montrée préoccupée par le niveau élevé de la devise européenne, qui pourrait être un obstacle à la reprise économique.

Jeudi soir, l'euro gagnait ainsi 0,5% à 1,2142$, au plus haut depuis avril 2018. La devise unique européenne avait franchi le 1er décembre dernier le seuil psychologiques de 1,20$ pour la première fois depuis plus de deux ans et demi. Depuis le début de l'année, l'euro s'est apprécié de 8,2% face au billet vert, ce dernier ayant accéléré sa chute depuis début novembre (-3%) dans l'anticipation d'une reprise économique en 2021.

L'indice du dollar, qui mesure l'évolution du billet vert face à un panier de 6 devises de référence (euro, yen, livre sterling, franc suisse, dollar canadien, couronne suédoise) reculait jeudi soir de 0,36% à 90,76 points.

Le programme d'urgence pandémique augmenté de 500 MdsE

Malgré leur grande envergure, les mesures annoncées jeudi par la BCE n'ont pas surpris les marchés, qui avaient largement anticipé ces annonces. La banque centrale européenne a ainsi annoncé la hausse de 500 milliards d'euros de son programme d'achat d'urgence face à la pandémie (PEPP) qui est porté de 1.350 à 1.850 milliards d'euros.

La durée de ce programme a en outre été allongée de 9 mois, jusqu'à la fin 2021. La BCE poursuivra aussi ses programmes de TLTRO (prêts aux banques à taux négatifs) jusqu'à fin 2021 également.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a en outre appelé les Etats européens à davantage de soutien budgétaire, au moment où s'ouvre un sommet européen de deux jours consacré notamment au futur plan de soutien européen de 750 MdsE contre le Covid-19.

Le taux de change sera surveillé "très attentivement"

Concernant le niveau élevé de l'euro, la présidente de la BCE a averti que l'institution continuerait de surveiller le taux de change. "Nous suivons les développements du taux de change très attentivement", a-t-elle expliqué à l'issue d'une réunion du conseil des gouverneurs. "Nous continuerons également à surveiller les évolutions du taux de change sous l'angle des ses implications possibles sur les prévisions d'inflation à moyen terme."

Ces propos n'ont donc pas suffi à calmer la hausse de l'euro entamée depuis plusieurs semaines, alors que le dollar s'est à l'inverse nettement déprécié à mesure que les investisseurs anticipent un reprise économique aux Etats-Unis en 2021, grâce à la future campagne de vaccination contre le Covid-19. L'élection de Joe Biden, le 3 novembre, mais sans "vague bleue" démocrate au Congrès, est jugée favorablement par les marchés financiers.

Outre ses effets négatifs sur la compétitivité des entreprises exportatrices de la zone euro, un euro fort contribue à la faiblesse de l'inflation, qui devrait globalement rester "probablement négative jusqu'au début de 2021" dans la zone euro, selon la patronne de la BCE. "Les pressions sous-jacentes sur les prix devraient demeurer contenues en raison de la faiblesse de la demande, notamment dans le tourisme et les secteurs liés au voyage, ainsi que de la pression sur les salaires et de l'appréciation du taux de change de l'euro", a-t-elle souligné.

L'inflation est désormais estimée par la BCE à 0,2% en 2020 contre +0,3% précédemment. Elle devrait ensuite accélérer à 1% l'an prochain et 1,1% en 2022. Mais à 1,4% anticipé pour 2023, la hausse des prix resterait très éloignée de l'objectif de 2%.

La croissance 2021 revue en baisse en raison de la 2e vague de Covid-19

Concernant les perspectives économiques de la zone euro, la BCE a revu en baisse ses prévisions pour 2021, avant une accélération en 2022. Christine Lagarde a estimé que "les risques entourant la perspective de croissance dans la zone euro restent orientés à la baisse, mais ils sont devenus moins prononcés", grâce aux espoirs nés des vaccins contre le coronavirus.

Elle a estimé que l'économie de la zone euro allait sans doute se contracter à nouveau 4e trimestre, après son rebond du 3e trimestre, en raison de la 2e vague de coronavirus qui continuera d'affecter l'économie début 2021. Pour l'ensemble de 2020, la BCE table sur une chute de 7,3% du PIB (contre -8% précédemment), suivie d'un rebond revu en baisse à +3,9% en 2021 (contre +5% précédemment), puis d'une hausse de 4,2% en 2022 (contre +3,2% précédemment).

"Nous avions tous prévu qu'il y aurait une deuxième vague mais sa profondeur et sa durée ainsi que les mesures de confinement associées n'ont pas été anticipées au niveau constaté", a commenté la présidente de la BCE.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.