Devises: l'euro plombé par l'activité en berne en Allemagne

Devises: l'euro plombé par l'activité en berne en Allemagne©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 22 mars 2019 à 20h18

L'euro a subi de vifs dégagements vendredi, après une dégradation plus forte que prévue de l'activité manufacturière dans la zone euro, à commencer par l'Allemagne, au mois de mars. Le rendement du Bund allemand à 10 ans est même tombé en terrain négatif après ces annonces, pour la première fois depuis 2016, dans la crainte d'un passage à vide plus profond et plus prolongé que prévu pour la première économie de la zone euro.

Dans les échanges interbancaires à New York, la monnaie unique européenne trébuchait vendredi soir de 0,7% pour revenir à 1,1293$. L'indice du dollar, qui mesure son évolution face à un panier de devises de référence, dont l'euro, gagnait de son côté 0,2% à 96,67 points.

La livre sterling reculait de 0,73% à 1,3203$ alors que le Conseil européen a donné un sursis à Londres pour le Brexit. La sortie du Royaume-Uni de l'UE pourrait être reportée au 22 mai, à condition que le parlement britannique accepte enfin l'accord de divorce proposé. En cas de 3ème rejet de cet accord, Londres devra proposer un autre plan avant le 12 avril. Autant dire que le risque de "hard Brexit" reste élevé, et continue de hanter les esprits des investisseurs.

L'activité manufacturière au plus bas depuis 2012 en Allemagne

Vendredi, les marché ont surtout reçu un choc à la lecture des indicateurs d'activité PMI "flash" dans la zone euro pour le mois de mars, publiés en matinée. Les chiffres ont montré une aggravation de la contraction de l'activité dans le secteur manufacturier, notamment en Allemagne, alors que les services ont un peu mieux résisté.

Dans la zone euro, l'activité manufacturière s'est enfoncée plus loin en zone de contraction, l'indice "flash" PMI manufacturier ressortant à 47,6 en mars contre 49,3 en février, au plus bas depuis avril 2013 (une lecture inférieure à 50 signifie une contraction de l'activité). L'institut IHS Markit, qui calcule les indices, relève une accélération de la baisse de la production et des nouvelles commandes dans la zone euro en mars.

Le plongeon est encore plus marqué en Allemagne, où l'indice manufacturier a chuté de 47,6 en février à seulement 44,7 en mars, un point bas inédit depuis l'été 2012.

L'activité se contracte aussi en France

Les services ont mieux résisté dans la zone euro, se maintenant en terrain expansionniste, à 52,7 contre 52,8 en février. Ce taux d'expansion demeure toutefois bien inférieur à celui du printemps dernier et à la moyenne de 2018. En Allemagne, le "flash" PMI des services est ressorti à 54,9 en mars après 55,3 en février, supérieur au consensus de 54,8, mais en baisse par rapport à février (55,3).

En France, deuxième économie de la zone euro, l'activité dans le privé est tombée sous la barre des 50 en mars, avec un indice "flash" PMI composite (incluant manufacturier et services) tombant à 48,7 contre 50,4 en février. L'activité manufacturière a reculé de 51,5 à 49,8, un plancher de 3 mois, tandis que les services se sont repliés de 50,2 à 48,7, au plus bas de 2 mois. IHS Markit fait état d'un affaiblissement général de la demande, à la fois dans les services et dans l'industrie, notamment dans les nouvelles affaires en provenance de l'étranger.

Les Bourses en berne, les taux allemands à 10 ans en terrain négatif

La publication de ces statistiques a entraîné une chute des marchés boursiers européens (-1,8% pour l'indice Euro Stoxx 50, -2% pour le CAC 40) et américains (-1,2% pour l'indice S&P 500 en séance), ainsi qu'une ruée des investisseurs vers les valeurs refuge, à savoir les obligations, le dollar et l'or.

Sur les marchés obligataires, la hausse des cours a entraîné une baisse des taux d'intérêts, qui évoluent mécaniquement en sens inverse. Le rendement del'emprunt d'Etat allemand (Bund) à 10 ans est ainsi tombé en terrain négatif pour la première fois depuis 2016, à -0,02% (-6 points de base) vendredi soir. Aux Etats-Unis, le taux du '10 ans' (bon du Trésor) américain est revenu à 2,45% (-9 points de base), au plus bas depuis un an. Ce taux avait dépassé les 3% à l'automne 2018 lorsque la Fed envisageait encore de remonter ses taux par trois fois en 2019.

Les cours du pétrole, qui avaient retrouvé ces derniers jours leurs plus hauts niveaux depuis 4 mois, ont corrigé vendredi sur fond de craintes sur la croissance mondiale. Le contrat à terme de mai sur le brut léger américain WTI cédait en soirée 1,65% à 58,99$ le baril sur le Nymex, tandis que le Brent lâchait 1,36% à 66,94$.

L'or gagnait 0,37% à 1.318,50$ l'once pour le contrat à terme de juin sur le Comex, portant sa progression à 1,2% sur la semaine.

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