Devises : l'euro, principale victime de la tourmente boursière

Devises : l'euro, principale victime de la tourmente boursière
2 euros, commemoration 10 ans existence commission européenne

Boursier.com, publié le vendredi 09 février 2018 à 20h08

Les marchés boursiers mondiaux ont dévissé cette semaine en moyenne de 5,5% (indice MSCI World) face aux tensions sur les taux d'intérêts provoquées par des signes d'accélération de l'inflation aux Etats-Unis. Ce coup de tabac a logiquement eu des répercussions importantes sur le marché des changes, où le dollar et le yen ont été recherchés comme valeurs refuge.

A l'inverse, le devise perdante cette semaine a été l'euro, qui a fini vendredi soir autour de 1,2212$. La monnaie unique européenne a ainsi perdu du terrain face au dollar (-2% en 5 séances), mais aussi face au yen (-3,5%) et au franc suisse (-1,2%). Dans le même temps, l'indice boursier de la zone euro EuroStoxx 50 a chuté de 5,6% en 5 séances. Le rendement de l'emprunt d'Etat de référence, le Bund allemand à 10 ans, est remonté à 0,74% vendredi, et a plus que doublé en quelques semaines (0,30% à la mi-décembre).

Une correction logique après le récent "rally" de l'euro ?

Cette correction sur l'euro intervient alors que la devise unique européenne avait atteint en janvier son plus haut niveau depuis plus de 3 ans, en novembre 2014, à plus de 1,25$, un niveau qui reflétait un certain emballement, selon de nombreux analystes.

"L'euro était trop fort ces derniers temps en raison d'attentes trop élevées concernant une normalisation anticipée de la politique monétaire de la BCE. Les investisseurs dénouent aujourd'hui ces positions acheteuses", a ainsi estimé Masafumi Yamamoto, responsable de la stratégie des changes chez le courtier japonais Mizuho Securities, cité par l'agence 'Reuters'.

Alors que les investisseurs évitaient l'euro, ils se sont en revanche repliés en masse vers le yen, qui a bondi cette semaine de plus de 3% face à l'euro, mais aussi de près de 2% face au dollar.

Le billet vert ressort tout de même comme le gagnant de la semaine (+1,4% pour l'indice du dollar), profitant de la chute des indices boursiers américains (-6,4% pour le S&P 500 en 5 séances) et de spéculations sur une accélération du cycle de resserrement monétaire de la Réserve fédérale américaine, après des signes d'inflation observés en janvier via les salaires (+2,9% en glissement annuel). Le taux des emprunts d'Etat américains (T-Bonds) à 10 ans est remonté ces jours-ci au plus haut depuis 4 ans, autour de 2,84% (avec un pic à 2,88% lundi), ce qui rend les placements en dollars plus rémunérateurs que précédemment (2,4% fin décembre).

Quatre hausses des taux de la Fed désormais attendues en 2018

Dans ce contexte, le billet vert, qui connait une période baissière depuis plus d'un an, s'est réveillé pour inscrire sa meilleure semaine depuis plus d'un an, en décembre 2016. Face à un panier de 6 devises (euro, yen, franc suisse, livre sterling, dollar canadien et couronne suédoise), le cours du dollar a bondi de 1,4% cette semaine. Cet indice du dollar avait reculé de 10,4% en 2017 sur fond de faible inflation et de hausses de taux plus modérées que prévu aux Etats-Unis.

Les déclarations contradictoires de la nouvelle administration Trump ont aussi contribué à limiter le dollar : les dirigeants américains, à commencer par Donald Trump lui-même, se sont prononcés plusieurs fois contre un dollar "trop fort" sur le court terme, tout en réaffirmant la politique américaine d'un dollar fort sur le long terme...

Face à la vigueur de la croissance économique, encore stimulée par la réforme fiscale de Donald Trump, de nombreux investisseurs s'inquiètent désormais de voir la Fed relever ses taux plus vite que prévu. Jusqu'ici, trois coups de pouce d'un quart de point étaient attendus, mais les experts n'excluent plus 4 hausses, voire davantage, en cas de confirmation de l'accélération des salaires et des prix outre-Atlantique.

Dans ce contexte, l'indice des prix à la consommation pour janvier aux Etats-Unis, qui sera publié mardi prochain, est attendu avec un grande impatience par les marchés financiers.

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