Devises : l'euro résiste aux craintes venant d'Italie

Devises : l'euro résiste aux craintes venant d'Italie©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 21 mai 2018 à 21h26

L'euro a vécu une séance en dents de scie lundi, alors que les deux partis italiens populistes M5S et La Ligue ont proposé lundi au président italien leur candidat pour être chef du gouvernement. Dans un marché calme, compte tenu de la fermeture de plusieurs marchés européens, dont Francfort, l'euro a chuté de 0,5% en séance, avant de se ressaisir pour finir la journée proche de l'équilibre par rapport à vendredi soir, à 1,1778$ (+0,06%).

En Italie, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S) a indiqué lundi soir sur son blog avoir proposé le nom de Giuseppe Conte, un juriste de 54 ans inconnu du grand public, pour diriger le gouvernement d'alliance entre les deux mouvements antisystème. Le président italien Sergio Mattarella doit maintenant se prononcer sur ce choix, la constitution italienne lui conférant le pouvoir de nommer le chef du gouvernement.

Un programme économique anti-austérité, basé sur une relance des dépenses publiques

Selon la presse italienne, le leader de La Ligue, Matteo Salvini, devrait prendre le ministère de l'Intérieur (avec un programme anti-immigration et anti-corruption), tandis que Luigi Di Maio, chef de file de M5S, devrait chapeauter un grand ministère du Développement économique, incluant le Travail.

M5S et La Ligue ont établi un programme commun qui tourne résolument le dos à l'austérité et aux "diktats" de Bruxelles. Dans la version finale de ce programme, validée par 90% des militant des deux partis, ils ont cependant abandonné l'idée d'une sortie de l'Italie de la zone euro, et d'effacer une partie de la dette italienne, ce qui a quelque peu rassuré les marchés financiers.

Il reste que le "contrat de gouvernement" envisage de mettre fin aux mesures de rigueur, de baisser les impôts, d'abaisser l'âge de la retraite et de mener une politique de croissance via la dépense publique. Ces mesures, si elles étaient mise en oeuvre, entraîneraient un dérapage important du déficit budgétaire et de la dette publique transalpine, selon les économistes.

La dette publique frôle déjà 132% du PIB italien

Rome, qui avait fait des efforts de gestion ces dernières années, avait réussi à ramener son déficit budgétaire à seulement 2,3% en 2017, une performance meilleure que la France (2,7%). En revanche, la dette publique italienne atteignait fin 2017 le niveau alarmant de 131,8% de son PIB, le pire de la zone euro derrière la Grèce (178,6% du PIB)...

L'Union européenne demande à ses membres de respecter le seuil des 60% de dette publique, même si actuellement, peu de pays y parviennent, y compris l'Allemagne, qui s'en approche tout de même de près (64,1%). En 2017, la dette publique de l'ensemble de la zone euro s'est établie à 86,7% du PIB.

Les taux de la dette italienne se tendent dans la crainte d'un dérapage

Si l'euro a résisté lundi, il a tout de même reculé de 5% depuis la mi-avril, en partie en raison des incertitudes liées à l'Italie. Les investisseurs ont aussi sanctionné les actions italiennes (-1,5% lundi et -6% depuis le 7 mai) et les marchés obligataires italiens, où les taux d'intérêts se sont nettement tendus.

Le rendement de l'emprunt d'Etat italien à 10 ans a bondi de 1,78% début mai à 2,39% lundi soir. Malgré cela, il reste pour l'instant loin du pic atteint lors de la crise de l'euro, en 2011, où il avait dépassé brièvement les 7%, un niveau insoutenable pour l'économie italienne.

Il reste que l'écart de taux ("spread") entre l'Italie et l'Allemagne s'est fortement élargi ces dernières semaines, atteignant 189 points de base lundi soir sur l'emprunt à 10 ans (+55 pts en une semaine), ce qui traduit la défiance des investisseurs vis-à-vis de la dette italienne. En 2011, ce "spread" avait atteint 500 pdb.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU