Devises : l'euro toujours à la peine avec l'Italie et la croissance

Devises : l'euro toujours à la peine avec l'Italie et la croissance©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 12 novembre 2018 à 19h55

L'euro a reculé nettement lundi face au dollar, qui profitait toujours d'un différentiel de taux d'intérêts et de croissance économique favorable aux Etats-Unis. La devise unique européenne reculait en soirée de 0,84% à 1,1241$, en baisse de 2,47% sur un mois et de 6,4% depuis le 1er janvier.

L'indice du dollar, qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises de référence (euro, livre sterling, franc suisse, yen, dollar canadien et couronne suédoise) progressait de son côté de 0,6% à 97,51$. La livre sterling reculait fortement de 0,9%, retombant 1,2854$, dans la crainte d'un Brexit sans accord. La Première ministre britannique Theresa May a de plus en plus en difficulté à faire adopter un accord sur le Brexit par son gouvernement. Vendredi, Jo Johnson, le ministre des Transports et frère de l'ex-chef de la diplomatie Boris Johnson, a démissionné pour montrer son opposition au projet de Mme May.

L'Italie doit présenter mardi ses nouvelles propositions de budget

Par ailleurs, le bras de fer entre la Commission européenne et l'Italie inquiète encore les marchés, à la veille de la date limite, fixée à mardi par Bruxelles, pour que Rome modifie son projet de budget. Ce dernier a été rejeté par Bruxelles, et jugé inacceptable en l'état compte-tenu du risque de dérapage de la dette de la péninsule italienne, qui atteignait déjà 130% de son PIB en 2017.

Vendredi, le ministre des Finances italien, Giovanni Tria, a réaffirmé qu'il maintiendrait inchangés "les piliers" du projet de budget, à savoir un déficit de 2,4% du PIB (contre 0,8% visé par le précédent gouvernement). M. Tria a estimé que le ralentissement de l'activité en Italie (une stagnation du PIB au 3ème trimestre) n'avait fait que renforcer les raisons pour lesquelles ce budget de relance a été adopté par le gouvernement populiste.

Pour ne rien arranger, l'organisme italien indépendant chargé d'évaluer le budget, a estimé lundi que le déficit atteindrait en fait 2,6% et non 2,4% en 2019, en raison d'hypothèses macroéconomiques moins optimistes que celles du gouvernement (qui table sur 1,5% en 2019) et de l'impact de la hausse des coûts d'emprunt sur les comptes publics. Lundi, le taux de l'emprunt italien à 10 ans cotait ainsi 3,43%, alors qu'il était à peine supérieur à 2% en début d'année...

L'économie européenne montre des signes de faiblesse

L'euro a en outre continué de souffrir du différentiel dans les anticipations de croissance et de taux d'intérêts aux Etats-Unis et en Europe, où un ralentissement s'est manifesté au 3ème trimestre. Le PIB de la zone euro a en effet augmenté de seulement 0,2%, contre +0,4% attendu, après avoir progressé de 0,4% au 2ème trimestre. Ce taux de 0,2% est le plus faible depuis plus de quatre ans... Selon l'estimation rapide préliminaire publiée par Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne, la croissance en glissement annuel s'est également essoufflée, à +1,7% (contre +1,8% attendu), après +2,2% au 2ème trimestre.

En outre, le sentiment économique dans la zone euro s'est dégradé en octobre pour le 10ème mois consécutif, à 109,8 points contre 110,9 en septembre. Il s'agit de la plus forte baisse de cet indicateur depuis le mois de mars.

La BCE va-t-elle encore reporter la hausse des taux ?

Cette situation pourrait décourager la BCE de relever ses taux directeurs à partir de 2019, comme s'y attendaient jusqu'ici les investisseurs. Les marchés semblent penser que la BCE continuera à écraser les taux pour éviter une nouvelle crise de la zone euro.

La banque néerlandaise ABN-Amro a ainsi indiqué lundi qu'elle avait reporté le calendrier présumé du début de resserrement monétaire en Europe. Les analystes d'ABN-Amro tablent désormais sur un premier relèvement en mars 2020, et non en décembre 2019, en raison de la "détérioration des perspectives économiques " de la zone euro.

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