Devises : la Chine cédera-t-elle à la tentation de dévaluer le yuan ?

Devises : la Chine cédera-t-elle à la tentation de dévaluer le yuan ?
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Boursier.com, publié le samedi 25 mai 2019 à 00h06

La querelle commerciale entre les Etats-Unis et la Chine s'est étendue ces dernières semaines au marché des devises, où le yuan chinois (ou renminbi) s'est nettement déprécié à mesure que les tensions montaient.

La devise chinoise a ainsi atteint en début de semaine 6,9187 Yuan/$, approchant du seuil de 7 yuans pour un dollar, considéré comme sensible pour les analystes financiers. Le yuan aussi perdu terrain par rapport à l'euro, une mauvaise nouvelle pour les entreprises exportatrices européennes.

Tempérer les effets négatifs des droits de douane

Le yuan s'est déprécié de 3% depuis la mi-avril, dont 2,5% s'est produit depuis le 5 mai, date à laquelle Donald Trump a annoncé la hausse de 10% à 25% des droits de douanes sur 200 milliards de dollars de marchandises chinoises importées aux Etats-Unis.

La devise chinoise a désormais abandonné 8,5% face au dollar depuis juin 2018, lorsque les Etats-Unis ont débuté l'escalade des droits de douanes avec la Chine. Cette dépréciation monétaire permet aux entreprises exportatrices chinoises de demeurer compétitives et de tempérer les effets négatifs des droits de douanes imposés par Washington.

Risque de correction boursière en cas de guerre des devises

Le prochain sommet du G20, les 28 et 29 juin au Japon, pourrait être décisif, une rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping étant prévue à cette occasion. Cependant, si aucun accord commercial n'est conclu, le marché commencera à spéculer sur une dévaluation du yuan et sur l'instauration de nouvelles barrières douanières par Washington, ce qui pourrait entraîner un choc sur les marchés d'actions.

La dernière fois que Pékin a utilisé l'arme des changes, en août 2015, en dévaluant de facto le yuan d'environ 5% en quelques jours, cela avait entraîné une correction boursière de l'ordre de 10% des marchés mondiaux (-8% pour l'indice Dow Jones et -13% pour le CAC 40 en un mois). La Banque populaire de Chine (PboC) avait alors agi pour enrayer le ralentissement de l'activité économique de la Chine en relançant son commerce extérieur en difficulté.

Rencontre cruciale, fin juin, entre Donald Trump et Xi Jinping

Cette fois, selon trois sources proches de la PboC citées par 'Reuters', la banque centrale chinoise devrait s'assurer que la devise chinoise ne passe pas dans l'immédiat sous le niveau clé de 7 pour un dollar. "Passer sous 7 est bénéfique pour la Chine car cela peut atténuer certains effets des augmentations de droits de douanes, en rendant ses produits plus compétitifs, mais l'impact sur la confiance dans notre renminbi est négatif et il y aura des sorties de fonds", a affirmé une de ces sources.

En attendant la rencontre Trump/Xi au G20, le renminbi devrait rester cantonné sous les 7 yuans/$. Mais en cas d'échec de ce rendez-vous, la tentation sera grande pour Pékin de porter le conflit sur le plan des devises, en laissant filer le yuan pour compenser au moins partiellement les hausses de taxes.

Le risque de fuite des capitaux de Chine

En cas de désaccord persistant, Washington a d'ores et déjà prévu de taxer la totalité des marchandises chinoises importées (soit environ 325 Mds$ supplémentaires). Les exportations américaines en Chine (120,3 Mds$ en 2018) sont quatre fois moins importantes que les exportations chinoises aux Etats-Unis (539,5 Mds$), ce qui donne peu de moyens à Pékin de lutter en termes de taxes et droits de douanes...

Selon les analystes, la marge de manoeuvre de la PboC en matière de dévaluation devrait cependant assez étroite, car une dévaluation forte et durable entraînerait une perte de confiance des investisseurs dans la monnaie chinoise et une fuite des capitaux de Chine, menaçant la stabilité économique du pays...

Malgré des réformes en 2005 puis en 2015, qui soumettent davantage le marché des changes chinois à la loi de l'offre et demande, le taux de change du yuan reste largement déterminé par les autorités monétaires chinoises. Le cours de référence (ou "midpoint") du yuan est ainsi fixé chaque jour par la PboC, la devise étant autorisée à fluctuer dans une limite de 2% au-dessus ou en dessous de ce seuil.

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