Devises : la Fed assouplit un peu le ton, le dollar baisse

Devises : la Fed assouplit un peu le ton, le dollar baisse©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 16 novembre 2018 à 19h51

Les signes de ralentissement de la conjoncture mondiale, notamment en Chine et en Allemagne, ont pesé sur les cours de Bourse cette semaine, mais aussi sur le dollar, qui a cédé du terrain, tandis que les taux d'intérêts américains se sont détendus sur les marchés obligataires, face à des spéculations sur des hausses de taux moins nombreuses que prévu aux Etats-Unis en 2019.

Vendredi soir, l'indice du dollar (qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises, dont l'euro et la livre) reculait 0,50% à 96,44 points. De son côté, l'euro regagnait 0,8% à 1,1418$ après des propos plutôt optimistes de Mario Draghi sur le caractère passager du ralentissement de la croissance dans la zone euro.

La livre sterling, qui a vécu une semaine agitée par le dossier du Brexit a progressé vendredi de 0,5% à 1,2836$, mais affiche tout de même un recul de 1% sur la semaine. La Première ministre britannique Theresa May et son projet d'accord sur le Brexit semblent en danger face à un Parlement britannique hostile.

Moins de hausses de taux que prévu en 2019 ?

Aux Etats-Unis, deux responsables de la Fed ont montré vendredi que la banque centrale américaine se soucie des signes de ralentissement de la croissance en Chine, au Japon et en Europe (PIB en baisse de 0,2% en Allemagne au 3ème trimestre). Les marchés en ont déduit que la Fed pourrait procéder à moins de hausses de taux que prévu l'an prochain, afin de ne pas pénaliser la croissance américaine. Ce sentiment a été entretenu par la publication, vendredi, d'une production industrielle un peu inférieure aux attentes en octobre aux Etats-Unis, à +0.1% sur un mois, contre +0,2% attendu par le consensus.

Le vice-président de la Fed, Richard Clarida, a indiqué sur la chaîne 'CNBC' que les taux américains se rapprochaient du taux neutre (sans effet ni positif ni négatif sur la croissance), ajoutant qu'il était trop tôt pour établir si l'institution devait ou non porter les taux jusqu'à un niveau freinant la croissance. De son côté, Robert Kaplan, président de l'antenne de Dallas, a déclaré que la Fed observait des signes de ralentissement de la croissance en Europe et en Chine susceptibles d'affecter l'économie américaine.

La Fed tiendra compte de l'évolution de la conjoncture

Jeudi, le président de la Fed Jerome Powell s'était lui aussi montré un peu plus "colombe" que d'habitude : tout en soulignant que l'économie américaine continuait de bien se porter, il a reconnu observer "des signes croissants d'une sorte de ralentissement".

Les experts continuent de tabler sur une nouvelle hausse des taux de la Fed d'un quart de point le 19 décembre prochain (probabilité de 72,3% selon FedWatch - CME Group). Il s'agirait de la quatrième et dernière hausse des taux de l'année 2018, qui porterait le taux des fonds fédéraux dans la fourchette de 2,25%-2,50%. En revanche, les prévisions pour 2019 (encore 3 tours de vis selon les dernières projections de la Fed) devraient être soumises aux aléas de la conjoncture, que la Fed surveille visiblement de très près.

Sur les marchés obligataires américains, les taux d'intérêts se sont détendus cette semaine : le rendement de l'emprunt d'Etat américain à 10 ans (T-Bond) a reculé de 4 points de base vendredi à 3,07%, en nette baisse par rapport à la semaine dernière. Le 5 novembre, le T-Bond a 10 ans rapportait ainsi 3,24%, au plus haut niveau depuis depuis plus de 8 ans, en mai 2010.

Mario Draghi confiant dans le caractère passager du ralentissement en Europe

Parallèlement, l'euro a été rasséréné vendredi par une intervention du président de la BCE Mario Draghi, qui s'est montré rassurant malgré le coup de mou actuel de l'économie européenne. "Il n'y a certainement aucune raison pour que l'expansion de la zone euro cesse brusquement", a ainsi déclaré le banquier central lors d'un congrès bancaire à Francfort.

Le patron de la BCE a estimé que le cycle de croissance était solide malgré le creux temporaire qu'il subit, et a confirmé que la BCE prévoit d'arrêter en décembre son programme de rachat d'actifs ("QE"). M. Draghi a tout de même admis que la BCE envisageait que la reprise de l'inflation pourrait être plus lente que prévu.

Les taux directeurs de la BCE, actuellement à leur plus bas historique, resteront à ces niveaux "au moins" jusqu'à l'été 2019, a répété M. Draghi précisant qu'en cas de détérioration des perspectives, la BCE ajusterait sa trajectoire, en d'autres termes, reporterait le début du resserrement monétaire à une date ultérieure. Si les conditions financières ou de liquidité se resserrent indûment ou si les perspectives d'inflation se détériorent en zone euro, "cela devrait à son tour se traduire par un ajustement de la trajectoire prévue des futurs taux d'intérêt", a-t-il ainsi prévenu.

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