Devises : le dollar chute, anticipant un geste fort de la Fed

Devises : le dollar chute, anticipant un geste fort de la Fed©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 02 mars 2020 à 20h43

Le dollar a perdu lundi près de 1%, tandis que l'euro bondissait de plus de 1%... Les marchés anticipent une rapide baisse des taux de la Réserve fédérale américaine pour amortir le choc du coronavirus sur l'économie américaine et mondiale. Tout en s'affirmant vigilante face aux risques posés par l'épidémie, la BCE ne semble pas aussi pressée d'agir que sa consoeur américaine.

Sur le marché des changes, l'indice du dollar (qui mesure l'évolution du billet vert face à un panier de 6 grandes devises) perdait lundi soir 0,74% à 97,41 points dans l'anticipation d'une baisse des taux de la Fed lors de sa prochaine réunion des 17 et 18 mars. L'indice du billet vert est tombé en séance jusqu'à 97,18$ (-0,96%). L'euro, de son côté, bondissait lundi soir de 1,2% à 1,1160$.

Le président de la Fed, Jerome Powell, a indiqué vendredi soir que l'institution était prête à agir, tout en soulignant que les fondamentaux de l'économie américaine sont bons. La banque centrale américaine "surveille de près" l'épidémie de coronavirus, et "nous utiliserons tous nos outils et agiront de façon appropriée pour soutenir l'économie", a ainsi assuré le patron de la Fed.

Une baisse d'un demi-point des taux de la Fed désormais attendue

Selon l'outil FedWatch du CME Group, la probabilité d'une baisse des taux d'un demi-point aux Etats-Unis le 18 mars, à l'issue de la prochaine réunion monétaire, est désormais... de 100% ! Cette probabilité était quasi nulle il y a un mois, avant que le coronavirus ne se propage hors de Chine. Le taux des fonds fédéraux serait alors ramené entre 1% et 1,25%, contre 1,50% à 1,75% à l'heure actuelle.

Dans une note publiée dimanche, les économistes de Goldman Sachs estiment que la Fed pourrait baisser ses taux directeurs d'un demi-point le 18 mars, voire avant cette date si nécessaire. Une seconde baisse d'un demi-point interviendrait ensuite au deuxième trimestre, selon GS.

Les économistes de la banque d'affaires américaine s'attendent également à des baisses de taux de la part de nombreuses banques centrales, dont la BCE, la Banque d'Angleterre, et les banques centrales du Canada, d'Australie, de la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l'Inde, la Cotée du Sud et la Suisse.

Ces interventions devraient se dérouler "de façon coordonnée" et peut-être dès cette semaine, estime Goldman Sachs. "Nous pensons qu'elles (les banques centrales) jugent que l'impact d'un geste coordonné sera plus élevé sur la confiance des marchés que l'impact de la somme de chaque geste individuel".

François Villeroy de Galhau (BCE) appelle à "garder la tête froide"

En Europe, le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, a assuré lundi que la Banque centrale européenne se tenait prête à "ajuster tous ses instruments" si nécessaire pour faire face à cette crise. La prochaine réunion de la BCE se tiendra le 12 mars.

De son côté, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, s'est montré plus prudent, jugeant sur 'BFM Business' que "nous sommes mobilisés mais nous devons, en même temps, garder la tête froide". La BCE se tient cependant prête à agir, a-t-il ajouté. "S'il fallait faire d'avantage et que nous avions la conviction que c'est efficace, nous pourrions le faire mais nous n'en sommes pas encore là", a estimé le patron de la BdF.

Dans une note publié lundi, les économistes d'UBS estiment que la BCE ne devrait pas modifier ses taux directeurs dès le 12 mars, mais qu'elle devrait attendre sa prochaine réunion du 30 avril. La BCE devrait en revanche revoir en baisse ses prévisions de croissance économique pour la zone euro en 2020 pour tenir compte de l'impact du Covid-19, tout en maintenant celles pour 2021 et 2022. UBS s'attend à ce que la BCE répète son engagement à "ajuster tous ses instruments si elle le juge approprié", mais qu'elle devrait conserver une attitude "wait and see" en l'absence d'événements spectaculaires d'ici à sa réunion.

Lundi, la Banque du Japon (BoJ) a injecté des liquidités via des opérations de prises en pension (repo) et en achetant des fonds cotés en Bourse (ETF).

La livre sterling sous pression, négociations tendues sur le Brexit

Pour sa part, la Banque d'Angleterre (BoE) a déclaré lundi travailler "étroitement avec le Trésor et la FCA (le régulateur financier, ndlr) ainsi que nos partenaires internationaux pour s'assurer que tout est mis en oeuvre pour protéger la stabilité financière et monétaire".

La livre sterling a reculé de 0,3% face au dollar lundi, mais elle a plongé de 1,5% face à l'euro, à 87,33 pence pour un euro, affectée par la perspective de baisses de taux, mais surtout par les inquiétudes concernant le Brexit, alors que les négociations ont débuté ce lundi entre Londres et Bruxelles.

Ces discussions qui doivent définir la future relation post-Brexit s'annoncent tendues, sous la pression du calendrier, qui impose la conclusion d'un accord avant la fin 2020. Le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, et son homologue britannique, David Frost, se sont rencontrés pendant une heure, donnant officiellement le coup d'envoi de ces discussions.

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