Devises : le dollar dérape, d'autres gestes de la Fed attendus

Devises : le dollar dérape, d'autres gestes de la Fed attendus©Boursier.com

Boursier.com, publié le samedi 07 mars 2020 à 16h55

L'euro a bondi de 1,5% cette semaine face au dollar, ce dernier étant nettement affaibli par le geste fort de la Fed, qui a procédé mardi à une baisse surprise de ses taux directeurs en réponse à la crise du coronavirus.

Sur le marché des changes, l'euro a grimpé vendredi au-dessus de 1,13$ en séance avant de finir en progression de 0,42% à 1,1284$ dans les échanges interbancaires à New York. La devise européenne est désormais remontée au plus haut depuis juillet 2019, et a rebondi de 4,6% depuis le 20 février dernier.

Le billet vert a perdu du terrain cette semaine face à la plupart des devises, après la baisse mardi d'un demi-point des taux de la Fed, qui a entraîné un effondrement des taux d'intérêts souverains des Etats-Unis, rendant les placements en dollars moins rémunérateurs.

L'indice du dollar (qui mesure l'évolution du billet vert face à un panier de 6 grandes devises) a ainsi cédé vendredi 0,75% à 96,09 points, et a plongé de 2% sur la semaine.

Un autre geste de la Fed attendu dès le 18 mars

Dans le même temps, sur les marchés obligataires, les taux longs de la dette souveraine américaine ont testé de nouveaux plus bas historiques. Le rendement du T-Bond à 10 ans a dégringolé vendredi soir à 0,78%, tandis que le taux du T-Bond à 30 ans a fini la semaine à 1,31%. En Europe, le taux du Bund allemand à 10 ans est lui aussi tombé très près de ses plus bas, à -0,71%. Début janvier, ce rendement à 10 ans était encore de l'ordre de 1,90% et celui du T-Bond à 30 ans était à 2,3% et celui du Bund à -0,19%.

Alors que les effets économiques du coronavirus s'annoncent bien plus graves et durables que prévu, les investisseurs anticipent de nouvelles baisses de taux de la Fed, à commencer par une nouvelle baisse d'un quart, voire d'un demi-point à l'issue de la réunion de la Fed du des 17 et 18 mars...

Le plongeon des taux souverains US (qui contraste avec des tensions sur le marché du crédit aux entreprises...) montre que certains envisagent déjà des taux directeurs nuls voire négatifs aux Etats-Unis si l'impact de l'épidémie s'aggrave.

Donald Trump encourage la Fed à aller plus loin

Aux Etats-Unis, Donald Trump, qui réclame de longue date des baisses de taux, a lancé vendredi un nouvel appel en ce sens. Devant des journalistes à la Maison Blanche, le président américain s'est dit convaincu que les marchés d'actions, qui ont plongé à cause de l'épidémie de Covid-19, "vont rebondir", et a appelé la Fed à abaisser ses taux pour stimuler l'économie. "La Fed devrait baisser (ses taux) et la Fed devrait stimuler" l'économie, a-t-il affirmé.

Jeudi, le patron de la Fed de Dallas, Rob Kaplan, avait estimé que la rapidité à laquelle le nouveau coronavirus se répandait appelait à "des actions plus audacieuses" en matière de politique monétaire, prises "tôt plutôt que trop tard". La Fed a abaissé mardi ses taux de 0,5 point de pourcentage, à 1%-1,25%, sans attendre la prochaine réunion monétaire, ce qui n'était pas arrivé depuis la crise financière de 2008.

La BCE devrait moduler son "QE" et ses prêts bancaires ciblés

Les marchés attendent aussi des actions de la Banque Centrale Européenne pour amortir le choc infligé aux entreprises désorganisées par le virus et confrontées à une baisse de la demande.

La BCE, qui se réunira jeudi prochain, le 12 mars, dispose d'une marge de manoeuvre bien plus limitée que la Fed pour baisser ses taux, qui sont déjà au plancher, mais elle possède des outils non conventionnels qu'elle pourrait mettre en oeuvre dès le 12 mars. Elle pourrait notamment augmenter ses achats d'obligations sur le marché ("QE"), qu'elle a repris depuis novembre 2019 au rythme de 20 milliards d'euros par mois.

Dans le cadre du "QE", la BCE pourrait en outre augmenter la part des obligations d'entreprises qu'elle achète, ce qui fournirait de la liquidité et stabiliserait le marché de la dette des entreprises, qui subit des tensions ces derniers temps. Une autre piste probable attendue dès la réunion du 12 mars est celle d'un assouplissement des conditions des prêts ciblés de la BCE aux banques de la zone euro (programme dit "TLTRO"). Les prêts pourraient ainsi être orientés vers les banques s'engageant à prêter aux PME.

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