Devises : le retour du dollar fort bouscule les marchés mondiaux

Devises : le retour du dollar fort bouscule les marchés mondiaux
Liasse 100 dollars

Boursier.com, publié le lundi 07 mai 2018 à 21h31

Après plus d'un an d'affaiblissement, le dollar s'est retourné en nette hausse depuis la mi-février, soutenu par une solide croissance américaine, ainsi que par les perspectives d'inflation et de taux à la hausse outre-Atlantique.

Lundi soir, l'indice du dollar, qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises de référence (euro, yen, franc suisse, livre sterling, dollar canadien et couronne suédoise), s'appréciait de 0,20% à 92,75, son plus haut niveau depuis le 28 décembre 2017. Le billet vert a regagné plus de 4,5% depuis son plus bas de l'année inscrit à la mi-février.

De son côté, l'euro est tombé lundi sous le seuil de 1,19$ en début de journée, à 1,1898$, avant de se reprendre pour terminer la séance à 1,1923$ en recul de 0,31%. L'euro revient ainsi à son plus bas depuis le 9 janvier, et a cédé 4,7% depuis début février, où il avait culminé à 1,25$.

Alors que le dollar profite de facteurs de soutien (performances économiques, inflation en hausse, hausses des taux de la Fed), l'euro pâtit à l'inverse de signes de ralentissement de la croissance économique dans la zone euro, ainsi que des menaces de barrières douanières proférées par les Etats-Unis. En outre, la politique monétaire de la BCE, toujours très accommodante, ne donne pas non plus de soutien à l'euro.

Les Bourses européennes saluent la baisse de l'euro, Wall Street en panne

Pour autant, la plupart des économistes jugent que l'accès de faiblesse de l'économie européenne est sans doute passager, après la période de rattrapage rapide en 2017. Dans ces conditions, le recul de l'euro a profité aux Bourses de la zone euro, dont les entreprises exportatrices voient leurs perspectives de compétitivité s'améliorer grâce à un euro moins fringant.

La baisse de l'euro a ainsi largement contribué aux performances des indices boursiers du Vieux Continent ces dernières semaines. L'indice EuroStoxx 50 a ainsi regagné 8,5% depuis son plus bas niveau de la fin fin mars, et progresse de 1,7% depuis le début de l'année. A Paris, le CAC 40 a repris 9% depuis son plus bas annuel de fin février, et gagné environ 4% depuis le début 2018.

A l'inverse, le dollar fort a contribué à stopper la forte poussée des indices boursiers américains entamée avec l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche en novembre 2015. La remontée des taux d'intérêts sur les marchés obligataires (liée à des anticipations d'inflation plus élevée) a favorisé un mouvement de capitaux vers les Etats-Unis, et notamment vers les obligations d'Etat américaines, dont les rendements sont devenus très intéressants, surtout compte-tenu du risque quasi-inexistant de défaut sur ces titres. Le rendement du bon du Trésor américain (T-Bond) à 10 ans est ainsi passé de 2,4% début 2018, à près de 3% ces derniers jours.

Le dollar fort déclenche des turbulences sur les marché émergents

Si l'inversion de tendance du dollar été bien accueillie sur les marchés financiers européens, les marchés émergents ont été bien plus fortement ébranlés, tant pour les devises, que pour les actions et les obligations.

Les devises de ces marchés ont chuté en moyenne de 6% face au dollar depuis la fin mars, selon l'indice JP Morgan des devises des marchés émergents (JPM Emerging Markets currency index). Les investisseurs, désormais convaincus que les marchés obligataires ont bel et bien entamé leur descente après des décennies de hausse, ont vendu massivement des fonds obligataires des marchés émergents, jugés les plus risqués. Ces flux de capitaux sortants ont pesé sur les cours des devises et ont aussi mis les taux d'intérêts sous tension (les taux évoluant en sens inverse des cours des obligations).

Dans de nombreux pays, la chute de la devise s'est accompagnée de problématiques économiques internes (crise au Venezuela, élections en vue en Malaisie et en Turquie, forte inflation en Argentine, incertitudes en Afrique du Sud...) Parmi les monnaies les plus affaiblies, le peso argentin a plongé de plus de 6% la semaine dernière, entraînant une série de 3 hausses de taux de la banque centrale en 8 jours.

Les "stats" de l'inflation aux Etats-Unis très attendues mercredi et jeudi

En Turquie, la livre et les obligations d'Etat sont tombés à des plus bas historiques, entraînant des spéculations sur des hausses de taux à venir. Plusieurs banques centrales de pays émergents ont déjà resserré leur politique monétaire ces dernières semaines pour défendre leur monnaie, un mouvement qui, s'il se poursuivait, pourrait avoir des effets négatifs sur la croissance des pays émergents.

Dans ce contexte chahuté, les investisseurs attendent avec impatience la publication, mercredi, des prix à la production aux Etats-Unis en avril, puis des prix à la consommation, jeudi. En cas de hausse des prix plus forte que prévu, la tendance actuelle d'un dollar fort pourrait s'accentuer.

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