Devises : le sterling secoué, Theresa May fragilisée sur le Brexit

Devises : le sterling secoué, Theresa May fragilisée sur le Brexit©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 15 novembre 2018 à 19h50

La livre sterling fait des montagnes russes depuis deux semaines, au rythme des informations contradictoires concernant un accord sur les conditions du Brexit. Après une progression de plus de 1% mardi et mercredi, la monnaie britannique s'est effondrée de près de 2% jeudi soir après la démission de 4 ministres britanniques, au lendemain de la conclusion d'un accord de compromis sur le divorce entre Londres et l'Union européenne, dont la date est fixée au 29 mars 2019.

La livre cédait ainsi 1,80% à 1,2759$ jeudi soir, après être tombée au plus bas à 1,2724$ (-2,1%). Du 1er au 11 novembre, elle avait pourtant progressé de plus de 4%, dépassant la barre de 1,31$, dans l'espoir de la conclusion d'un accord, mais a ensuite connu une forte volatilité, sur fond de tensions croissantes au sein de la classe politique britannique. L'euro s'est en revanche mieux comporté que la livre jeudi, terminant la journée en progression de 0,16% à 1,1328$. L'indice du dollar (qui mesure son évolution face à un panier de 6 devises, dont la livre et l'euro) progressait de 0,25% à 97,05 points.

Démission de quatre ministres et deux assistants ministériels

Mercredi soir, la Première ministre britannique Theresa May a annoncé le soutien de son cabinet à un accord sur le Brexit, issu de longues semaines de négociations avec l'Union européenne. Cette annonce a cependant été suivie d'un douloureux retour de bâton douloureux dès jeudi matin : quatre ministres et deux assistants ministériels de Theresa May ont annoncé leur démission, dont le ministre du Brexit Dominic Raab, et le secrétaire d'Etat pour l'Irlande du Nord, le conservateur Shailesh Vara. Ce dernier entend ainsi marquer son opposition au projet d'accord, qui comprend une clause de garantie ("backstop") sur la question de la frontière entre les deux Irlande.

Le projet d'accord doit encore être voté avant la fin de l'année le Parlement, où il semble de plus en plus difficile de trouver une majorité pour le voter : le Parti conservateur de Theresa May est divisé, et aura besoin de l'appui du petit parti unioniste nord-irlandais DUP, pour avoir une majorité absolue, ce qui semble désormais exclu... Quant au parti travailliste, il a fait savoir qu'il voterait contre l'accord.

Motion de défiance et débat sur un nouveau référendum

En outre, plusieurs députés pro-Brexit ont réclamé un vote de défiance contre la Première ministre britannique Theresa May, tandis que d'autres réclament un nouveau référendum sur le Brexit, bien que son issue serait à nouveau très incertaine, selon les sondages et le experts.

Le risque d'un départ du Royaume-Uni de l'UE sans aucun accord ("hard Brexit") a donc une nouvelle fois nettement augmenté, ce qui inquiète les marchés financiers, sans pour autant créer de vent de panique, tant les rebondissements ont été nombreux dans cet épineux dossier depuis la victoire du oui au Brexit en juin 2016. L'indice boursier Euro Stoxx 50 a reculé jeudi de 0,47%, tandis qu'à Londres, le Footsie 100 est parvenu à terminer dans le vert (+0,13%).

Theresa May maintient le cap contre vents et marées

Jeudi, Theresa May a pris la parole devant la Chambre des communes, répétant son opposition à l'organisation d'un nouveau référendum sur le Brexit. Elle a prévenu les élus qu'ils avaient désormais le choix entre soutenir son projet d'accord ou risquer une sortie sans accord, voire pas de Brexit du tout.

"Le choix est clair: nous pouvons choisir de partir sans accord, risquer qu'il n'y ait pas de Brexit du tout ou choisir de nous unir et soutenir le meilleur accord que nous pouvions négocier, cet accord", a déclaré la Première ministre.

La France se prépare à un divorce sans accord

A Paris, c'est l'inquiétude qui domine, concernant ces négociations : "la France sera prête en cas de sortie désordonnée le 29 mars, a assuré Edouard Philippe, en soulignant que dans cette hypothèse, "c'est un travail d'orfèvre avec une véritable course contre la montre que nous devons réaliser".

"Il n'a échappé à personne que l'actualité politique britannique pouvait nourrir un certain nombre de questionnements et d'inquiétudes sur la possibilité effective d'une ratification de cet accord", a jugé le Premier ministre lors d'un discours à Dunkerque (Nord).

"Rien ne nous permet à ce stade de savoir si l'accord qui a été trouvé entre les négociateurs sera au final adopté", a-t-il ajouté. "Nous devons donc nous préparer à l'hypothèse qui est toujours sur la table - que nous ne souhaitons pas, je le dis très clairement - d'une sortie sans accord."

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