Econduit par Gemalto, Atos pourrait lancer son OPA quand même

Econduit par Gemalto, Atos pourrait lancer son OPA quand même
Le logo Atos lors d'une présentation.

Boursier.com, publié le jeudi 14 décembre 2017 à 06h31

Il n'aura fallu que deux jours pour que l'offre de rachat de Gemalto par Atos passe du statut d'amicale à hostile. Le spécialiste des cartes à puce et de la sécurité numérique a éconduit hier la SSII et son offre à 46 euros par action. Trop chiche, trop risquée, trop imprécise, a estimé hier soir le conseil d'administration, qui taxe Atos d'opportunisme, alors que Gemalto traverse une passe délicate qui a fait chuter son cours de bourse. Par-dessus tout, le conseil regrette de ne pas avoir été sollicité en amont pour évoquer l'opération, jugeant que l'offre n'est ni amicale, ni coopérative.

Atos a présenté son projet comme amical, dans le sens où il a été soumis fin novembre à Gemalto avant d'être rendu public. Le montant proposé et les modalités du rapprochement n'ont par contre fait l'objet d'aucune concertation. La frontière est parfois ténue entre l'offre amicale et l'offre hostile. Mais cette séparation n'a quasiment plus lieu d'être depuis cette nuit, car Atos a annoncé maintenir son offre à 46 euros, et poursuivre les préparatifs en vue du dépôt d'une OPA formelle. En d'autres termes, le prédateur signale à sa proie qu'il ira au bout de la chasse, avec son consentement ou pas. Pour autant, il propose toujours d'ouvrir des discussions et va répondre point par point à l'argumentaire de Gemalto pour s'opposer à la transaction.

Le marché vise un meilleur prix, mais avec prudence

Désormais, plusieurs scénarios sont possibles. Les parties ne parviennent pas à s'entendre et Atos lance son OPA hostile. Le groupe de Thierry Breton a pu constater que sa proposition était cohérente avec ce que les investisseurs attendaient, puisque l'action Gemalto est montée de 35% à 47,605 euros le jour de l'annonce. Hier, elle a repris 3% pour monter à 47 euros, sur un petit parfum spéculatif. Seconde hypothèse, Atos convainc Gemalto de s'assoir à la table des négociations. Le prix de l'OPA pourrait ainsi légèrement évoluer vers le haut, car l'initiateur est prêt à payer une prime pour obtenir le soutien du conseil d'administration de sa cible. Troisième scénario, Gemalto se trouve un "chevalier blanc" pour échapper aux griffes d'Atos. Une issue moins évidente car les candidats ne se bousculent pas forcément compte tenu des contraintes de sécurité nationale qui donnent à l'Etat français un droit de regard sur un éventuel acquéreur. Enfin, l'opération pourrait être abandonnée, ce qui paraît toutefois très peu crédible puisqu'Atos est prêt à amener l'offre directement devant les actionnaires de Gemalto sans passer par la case consentement.

Si plusieurs analystes ont évoqué l'éventualité d'un relèvement de prix, peu l'ont modélisé précisément : les objectifs révisés prennent globalement appui sur les 46 euros de l'offre. On note cependant quelques voix dissonantes. François-Xavier Bouvignies, chez UBS, souligne que la proposition est inférieure à la valeur fondamentale de 49 euros l'action qu'il a calculée. Je vois un potentiel de relèvement compte tenu de l'ampleur des synergies, explique l'analyste, qui ajoute même si je m'attends à des moments difficiles pour les cartes SIM, je pense que la gestion des coûts et la croissance dans les autres divisions vont compenser ce trou d'air. La moyenne des cours (non pondérée) de l'action Gemalto sur 5 ans atteint 64,73 euros, selon nos constatations. Sur 10 ans, elle ressort en revanche à 47,55 euros, assez proche du prix d'offre. Il faut dire que durant cette période, le titre a évolué entre... 15,69 et 91,06 euros !

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU