Economie : la Bourse semble se préparer à une récession en 2019

Economie : la Bourse semble se préparer à une récession en 2019©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 28 décembre 2018 à 23h15

Les turbulences boursières de la fin 2018 traduisent la crainte des investisseurs pour la croissance mondiale, qui devrait souffrir d'un cocktail nocif composé de protectionnisme initié par Donald Trump, et de taux d'intérêts plus élevés dans le monde. Le ralentissement observé en Chine et en Europe commence désormais à atteindre les Etats-Unis, où certains envisagent même la possibilité d'une récession l'an prochain.

Après 9 ans de hausse ininterrompue, Wall Street devrait afficher un recul en 2018. Vendredi, à une seule séance de la fin de l'année, l'indice Dow Jones reculait de 6,7% depuis le début de l'année, l'indice large S&P 500 fléchissait de 7% et le Nasdaq composite cédait 4,6%. En 2017, ces indices avaient progressé d'environ 20%, soutenus par la politique expansionniste de Donald Trump (baisses d'impôts, dérégulation...) et par les valeurs technologiques, dont l'envolée était qualifiée de bulle spéculative par de nombreux analystes. Les trois indices ont encore atteint des records historiques en 2018, avant d'abandonner environ 20% ces dernières semaines, faisant craindre un marché baissier de long terme...

Les marchés boursiers étant considérés comme des indicateurs avancés de la conjoncture (en anticipant le niveau des profits et des taux d'intérêts), il semble donc qu'ils se préparent à un net ralentissement de la première économie mondiale l'an prochain...

Pour Nouriel Roubini, le risque numéro un est Donald Trump !

Ainsi, Nouriel Roubini, l'un des seuls économistes à avoir mis en garde avant la grande crise financière des "subprimes" de 2008, se montre une nouvelle fois très inquiet. Il n'hésite pas à blâmer le président américain Donald Trump pour l'accumulation des risques pesant sur l'économie et les Bourses mondiales.

Dans une tribune publiée vendredi sur le site boursier 'marketwatch' (groupe Dow Jones'), Nouriel Roubini explique qu'en 2017, après l'élection de Donald Trump, les marchés lui ont d'abord donné le bénéfice du doute, du moment qu'il mettait en place des baisses de taxes, la dérégulation et d'autres politiques propices aux entreprises et aux actionnaires.

Le "Dr Folamour des marchés financiers"

Mais en 2018, le président a multiplié les outrances et les entorses à l'orthodoxie dans tous les domaines, réduisant de beaucoup son crédit auprès des marchés. Au point que l'économiste affirme que désormais, "Donald Trump est devenu le Dr Folamour des marchés financiers. Comme le fou paranoïaque du film de Stanley Kubrick, il flirte avec la destruction économique réciproque. Maintenant que les marchés ont compris ce danger, le risque d'une récession globale à augmenté", conclut l'économiste...

La chute des marchés au 4ème trimestre "est une réponse aux outrances et aux actions de Trump", ajoute Roubini, qui juge les attaques du président contre la Réserve fédérale encore plus graves que le risque d'une guerre commerciale totale avec la Chine. Il note que les critiques de Trump contre Jerome Powell, le patron de la Fed, ont commencé en avril dernier, lorsque la croissance caracolait encore à un rythme de 4% par an.

La Fed anticipe un atterrissage en douceur

A première vue, les indicateurs macro-économiques restent au vert aux Etats-Unis, où le PIB devrait croître en 2018 à son rythme le plus élevé depuis 5 ans (environ +3% attendu), et les profits des entreprises américaines ont bondi de plus de 20% par rapport à 2017. Le taux de chômage est au plus bas depuis près d'un demi-siècle et la saison des fêtes de fin d'année s'est traduite par une hausse des ventes outre-Atlantique.

Au cours de 2018, les économistes ont pourtant revu à la baisse leurs prévisions macro-économiques, notamment ceux du FMI, de la Banque mondiale et de l'OCDE, qui ont cité les mesures protectionnistes de Donald Trump comme l'un des principaux facteurs de risque. La Réserve fédérale américaine a de son côté relevé ses projections de hausse du PIB des Etats-Unis en 2018, passées de +2,5% en décembre 2017 à +3% en décembre, sous l'effet des mesures expansionnistes de Donald Trump (baisse des taxes, dérégulation). Pour 2019 en revanche, la Fed attend un net ralentissement, à 2,3% selon les dernières projections de décembre, suivi de 2% en 2020 et de seulement 1,8% en 2021, mais n'envisage pas pour autant une récession.

Le FMI ne voit pas d'éléments de récession à court terme

Des économistes soulignent que le ralentissement pourrait cependant être bien plus brutal en cas d'absence d'accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine d'ici à la fin mars 2019, la date-butoir pour les négociations en cours. Ils s'inquiètent aussi d'un ralentissement plus important que prévu de la croissance en Chine, où l'activité et la consommation ont freiné fin 2018, mais aussi en Europe, en cas de Brexit "dur", sans accord commercial, qui plomberait l'économie britannique mais aussi celle de ses partenaires commerciaux.

Le 6 décembre dernier, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde s'est néanmoins voulue rassurante, en estimant que les Etats-Unis ne devraient pas, à court terme, être frappés par une récession. "Je ne vois pas les éléments d'une récession à court terme", a-t-elle déclaré sur la chaîne 'CNBC'.

Elle a salué la trêve commerciale conclue en décembre entre le président américain et son homologue chinois Xi Jinping, jugeant qu'il y a "clairement un désir de travailler ensemble, d'avancer et de résoudre une partie des problèmes".

Mme Lagarde a aussi estimé que la Fed afficherait sans doute une position plus accommodante, avec peut-être moins de hausses des taux prévues pour 2019. Le président de la Fed Jerome Powell a confirmé le 19 décembre, à l'issue de la dernière réunion de l'année, que l'institution envisageait désormais 2 hausses de taux (et non 3) en 2019 et qu'au niveau actuel (2,25%-2,50%) le taux des "fed funds" était désormais remonté "dans la fourchette basse du niveau neutre", où il ne constitue ni un stimulant, ni un frein à l'économie.

Des signes de faiblesse, la confiance des consommateurs s'effrite

La position pragmatique de Jerome Powell est cependant vivement critiquée par Donald Trump, qui juge les taux déjà trop élevés et pèsent sur la croissance. Les marchés financiers (qui n'apprécient guère les pression politiques sur la Fed) semblent toutefois partager au moins partiellement ce diagnostic si l'on en croit le plongeon des cours de Bourse depuis début octobre... Les investisseurs craignent que la Fed ne fasse une erreur de jugement en continuant de relever ses taux, alors que l'économie montre des premiers signes d'essoufflement aux Etats-Unis.

Ainsi, le secteur du bâtiment ralentit depuis plusieurs mois, et le marché automobile s'est enrayé (après plusieurs années d'immatriculations record). L'emploi et la consommation restent solides mais la confiance des consommateurs mesurée par le Conference Board vient de reculer deux mois de suite, tombant en décembre au plus bas depuis 5 mois, ce qui pourrait constituer un avertissement inquiétant pour 2019...

Pour ne rien arranger, le "shutdown" partiel des administrations américaines, entamé le 22 décembre, menace de se poursuivre, ce qui pourrait à terme peser sur le moral des ménages et la croissance... Ce vendredi, Donald Trump a menacé de fermer purement et simplement la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique s'il n'obtient pas des Démocrates du Congrès le feu vert au financement du mur transfrontalier qu'il a promis à ses électeurs de construire.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.