Economie : la courbe des taux américaine agite le spectre de la récession

Economie : la courbe des taux américaine agite le spectre de la récession©Boursier.com

Boursier.com, publié le samedi 01 juin 2019 à 00h20

Les marchés obligataires ont une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme cette semaine! La crainte qu'une escalade de la guerre commerciale n'entraîne une récession aux Etats-Unis, voire dans le monde, a entraîné une ruée des investisseurs vers les obligations souveraines des pays jugés les moins risqués. A l'inverse, les marchés d'actions ont chuté, affichant des baisses de l'ordre de 7% à 8% sur l'ensemble du mois de mai aux Etats-Unis comme en Europe.

Ces flux de capitaux ont provoqué un plongeon des taux d'intérêts (qui évoluent mécaniquement en sens inverse des cours des obligations), avec une conséquence très inquiétante pour les économistes. Depuis mardi, la courbe des taux souverains américains connaît sa plus importante inversion depuis 2007, à la veille de la crise des crédits "subprimes"... La dernière inversion, de moins grande ampleur, remonte au mois de mars dernier, mais elle avait été jugée peu significative par les analystes. Une inversion de la courbe des taux est une situation anormale où les taux des emprunts à court terme sont plus élevés que ceux à long terme.

L'écart entre le taux à 3 mois et celui à 10 ans au plus haut depuis 2007

L'écart le plus suivi par les marchés, celui entre le rendement de l'emprunt d'Etat américain de référence, le T-Bond à 10 ans (-8 points de base vendredi à 2,13%) et celui à trois mois (-2 pdb à 2,34%) a atteint ce vendredi 21 pdb, au plus haut depuis juillet 2007.

Cette inversion s'est étendue à une grande partie de la courbe des taux : toutes les échéances situées entre 1 an (2,22%) et 10 ans (2,13%) sont devenus inférieures aux taux à court terme, allant d'un mois (2,36%) à 6 mois (2,36%). Seul le taux à 30 ans reste très légèrement supérieur aux échéances courtes, même s'il a fortement reculé pour tomber vendredi à 2,57%, contre 2,75% une semaine plus tôt (-18 pdb)...

Une récession à venir d'ici 11 à 15 mois ?

Or, dans une économie en croissance, les taux à long terme sont normalement supérieurs à ceux à court terme. La situation inverse montre que les marchés anticipent une dégradation de la conjoncture.

Aux Etats-Unis, au cours des sept dernières fois où la courbe de rendement s'est inversée (à l'exclusion de l'inversion de deux semaines de 1998), l'économie américaine est entrée en récession dans les 15 mois suivants (en moyenne après 11 mois), selon les données du Crédit Suisse.

Le Bund allemand, valeur-refuge par excellence

En Europe, le regain d'aversion au risque a entraîné une ruée vers les obligations d'Etat allemandes, entraînant un plongeon du taux du Bund allemand à 10 ans.

Le taux de référence de la zone euro a fini vendredi à un nouveau plus bas historique, à -0,213%. Il a enfoncé le précédent plus bas de -0,204%, inscrit en juillet 2016 après la décision de la Grande-Bretagne de quitter l'Union européenne.

Sur le front de la guerre commerciale, les relations se sont encore tendues cette semaine entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi avec le Mexique et l'Union européenne, avec laquelle les négociations commerciales n'ont pour l'instant pas progressé...

Les taxes de Donald Trump visent désormais le Mexique

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Donald Trump a asséné un coup supplémentaire aux marchés financiers en annonçant la mise en place de droits de douane de 5% sur l'ensemble des marchandises importées du Mexique, et ce dès le 10 juin prochain. Le président américain a lié cette décision au laxisme dont il accuse Mexico sur le dossier de l'immigration clandestine.

Donald Trump a précisé que ces droits de douane allaient "progressivement augmenter tant que le problème de l'immigration clandestine n'est pas résolu". Ils pourraient ainsi passer à 10% au 1er juillet et grimper de 5 points de pourcentage chaque mois jusqu'à la limite de 25% en octobre si le Mexique "n'arrête pas le flux d'étrangers illégaux passant par son territoire", a précisé le président américain dans un communiqué publié par la Maison Blanche.

De son côté, le gouvernement chinois a annoncé vendredi qu'il allait créer sa propre liste noire d'entreprises étrangères "non fiables", ripostant ainsi au placement mi-mai, par Washington, du géant chinois des télécoms Huawei sur une liste noire d'entreprises ne pouvant plus passer de contrats avec des entités américaines.

Vers de nouvelles baisses des taux directeurs de la Fed et de la BCE ?

Les marchés anticipent désormais de nouvelles actions d'assouplissement de la part des banques centrales. Aux Etats-Unis, le baromètre FedWatch du CME, montre que les traders tablent à plus de 90% sur une, voire plusieurs, baisses du taux des "fed funds" (actuellement à 2,25%-2,50%) d'ici à la fin décembre. Jeudi, le vice-président de la Fed, Richard Clarida, n'a pas exclu une baisse de taux si la conjoncture se dégradait plus que prévu ou si l'inflation ralentissait encore.

En Europe, les traders sur les marchés monétaires estiment de leur côté à 70% les chances d'une nouvelle baisse du taux de dépôt de la BCE d'ici au 1er trimestre 2020. Ce taux est actuellement négatif, à -0,4%, afin d'inciter les banques à faire crédit plutôt qu'à placer leurs liquidités après la banque centrale.

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