EDF : Bruxelles réclame un "éclatement" du groupe, Paris s'y oppose (J.-B. Lévy)

EDF : Bruxelles réclame un "éclatement" du groupe, Paris s'y oppose (J.-B. Lévy)©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 09 mars 2021 à 22h05

La Commission européenne veut un "éclatement d'EDF" dans le cadre des négociations en cours entre Paris et Bruxelles sur la nouvelle régulation et la réorganisation du groupe français, a déclaré le PDG de l'énergéticien, Jean-Bernard Lévy.

La Commission européenne veut un "éclatement d'EDF" dans le cadre des négociations en cours entre Paris et Bruxelles sur la nouvelle régulation et la réorganisation du groupe français, a déclaré le PDG de l'énergéticien, Jean-Bernard Lévy.

Dans un entretien à 'L'Express' publié mardi sur le site de l'hebdomadaire, M. Lévy a ajouté que les "choses n'avancent plus beaucoup depuis la fin de l'automne" entre Paris et Bruxelles, précisant que les négociations se "poursuivent" et que leur issue dépendra de l'"attitude" de la Commission européenne.

EDF et son actionnaire à 83%, l'Etat français, entendent mettre en oeuvre un plan de réorganisation baptisé Hercule, qui suscite une vive opposition des syndicats, et prévoit de séparer les activités du groupe en trois entités distinctes: un EDF "Bleu" pour le parc nucléaire et une branche "Azur" pour l'hydroélectricité - qui pourraient être intégralement renationalisées -, ainsi qu'un "EDF Vert" pour les énergies renouvelables, la distribution et la commercialisation, dont le capital serait ouvert.

Paris exige qu'EDF conserve une stratégie et une direction uniques

Cependant, cette nouvelle organisation en trois entités se ferait "sans pour autant remettre en cause le caractère intégré d'EDF, qui doit rester piloté par une stratégie et une direction uniques", a réaffirmé M. Lévy. Le président français Emmanuel Macron et EDF ont fait du maintien de l'intégrité du groupe - avec en particulier une stratégie et une direction uniques - une condition sine qua non à sa réorganisation.

Or, la Commission exige un véritable éclatement en trois entités concurrentes, a donc indiqué le PDG d'EDF à 'L'Express'. "La réponse de la Commission ne nous satisfait pas : à ses yeux, seul un éclatement d'EDF en plusieurs entités se faisant concurrence est envisageable. Bruxelles ne raisonne ici qu'à travers ce prisme et celui de la part de marché. Or démanteler EDF ne serait efficace ni pour les consommateurs, ni pour notre pays, son emploi et sa souveraineté, ni pour les émissions de CO2".

"Si ce dossier (Hercule) devait ne pas se concrétiser, je présenterais de nouvelles perspectives stratégiques et financières, qui hélas ne seraient pas à la hauteur des enjeux", a ajouté le dirigeant.

Le nucléaire, autre épée de Damocles

Par ailleurs, le patron d'EDF demande que l'exécutif européen reconnaisse le nucléaire comme contribuant à la lutte contre le changement climatique, décrivant le sujet comme "une autre épée de Damocles" pour l'avenir de l'énergéticien public français. L'enjeu pour EDF est que l'atome soit reconnu par la Commission comme une filière contribuant à la lutte contre le réchauffement climatique, ce qui sécuriserait le financement des projets de centrale.

Mais pour l'instant, regrette Jean-Bernard Lévy, "dans ses travaux de définition des investissements durables, la Commission estime aujourd'hui que le nucléaire ne répond pas aux besoins de la planète, alors qu'il n'émet pratiquement pas de CO2, et que cette technologie est souhaitée dans de nombreux pays en Europe". Bruxelles doit rendre au printemps son rapport sur les secteurs pouvant bénéficier d'investissements européens.

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