Et si, finalement, un accord historique était possible entre Washington et Pékin ?

Et si, finalement, un accord historique était possible entre Washington et Pékin ?
Le vice-Premier ministre chinois Liu He, accompagné du secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin et du représentant au Commerce Robert Lighthizer, accueillis à Pékin.

Boursier.com, publié le jeudi 21 février 2019 à 11h41

Wall Street pointe encore timidement dans le vert avant bourse ce jeudi, les espoirs commerciaux entretenant la hausse des marchés. Les États-Unis et la Chine auraient commencé à définir des engagements de principe sur les questions les plus délicates de leur différend commercial, croit savoir Reuters, citant des sources proches des négociations. Il s'agirait ainsi des progrès les plus importants réalisés à ce stade, après une guerre commerciale de sept mois. Les deux plus grandes économies du monde se sont pour mémoire infligées des droits de douane réciproques, affectant des centaines de milliards de dollars de marchandises.

Les grandes lignes d'un possible accord

Alors que des discussions commerciales de haut niveau se tiennent ce jeudi et demain vendredi à Washington, les deux superpuissances restent loin du compte en ce qui concerne les demandes formulées par Trump en vue de réformes structurelles de l'économie chinoise, ajoute Reuters. Néanmoins, les grandes lignes de ce qui pourrait constituer un accord commenceraient à émerger des pourparlers, ont indiqué des sources de l'agence, alors que les deux parties cherchent un accord avant la date-butoir 1er mars - correspondant à la fin de la trêve de 90 jours que le président Trump et son homologue chinois Xi Jinping avaient conclue en Argentine l'année dernière.

Six MoU dans le dur

Les négociateurs seraient en train de rédiger six protocoles d'accord sur des questions structurelles (transfert forcé de technologie et cybercriminalité, droits de propriété intellectuelle, services, monnaie, agriculture, et barrières commerciales non-tarifaires), selon deux sources de Reuters ayant connaissance des progrès des négociations.

Avancées notables

Lors de réunions entre des responsables américains et chinois la semaine dernière à Pékin, les deux parties avaient d'ailleurs échangé des textes et travaillé sur la définition d'obligations sur papier, selon l'une des sources. Le processus serait devenu une véritable négociation commerciale, à tel point qu'à la fin de la semaine, les participants avaient envisagé de rester à Pékin pour continuer à travailler. Au lieu de cela, ils ont accepté de prendre quelques jours de congé et de se réunir à Washington.

Les sources de Reuters ont bien entendu requis l'anonymat. Le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Gao Feng, a refusé jeudi de commenter cette question des MoU (memorandums of understanding).

Vers un vaste accord ?

Les MoU couvriraient les problèmes les plus complexes qui affectent les relations commerciales entre les deux pays et viseraient, du point de vue américain, à mettre fin aux pratiques qui ont conduit Trump à utiliser les droits sur les importations en provenance de Chine comme moyen de pression. Une source de Reuters a averti que les discussions pourraient toujours se solder par un échec. Néanmoins, ce travail sur les MoU constitue une étape importante, destinée à amener la Chine à adhérer à la fois à des principes généraux et à des engagements spécifiques sur des questions clés. Plusieurs sources au sein du gouvernement chinois ont déclaré à Reuters que les deux pays étaient parvenus à un consensus sur l'atténuation des déséquilibres commerciaux, mais que des divergences subsistaient quant aux exigences fondamentales.

"On peut dire que nous sommes maintenant dans la phase de sprint et que les deux équipes de négociation travaillent dans le but de parvenir à un accord dans les délais, mais certains problèmes restent assez compliqués à résoudre", a résumé un responsable chinois familier de la situation.

Pain sur la planche

Les États-Unis ont accusé Pékin d'avoir contraint les entreprises américaines opérant en Chine à partager leur technologie et à divulguer des secrets de propriété intellectuelle. La Chine nie bien évidemment s'être engagée dans de telles pratiques. Les responsables de l'administration Trump s'opposent par ailleurs aux barrières non-tarifaires chinoises, et notamment aux subventions industrielles, à certaines réglementations, aux procédures de licences commerciales, aux révisions des normes de produits et autres pratiques du même type, qui maintiendraient les produits américains hors de Chine ou accorderaient des avantages indus aux firmes locales.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a fait pression pour que la Chine ouvre ses marchés de services financiers à un plus grand nombre d'entreprises étrangères, notamment les géants des cartes de crédit Visa et MasterCard... S'agissant de la monnaie, des responsables américains ont mis la Chine en garde de ne pas dévaluer son yuan pour acquérir un avantage concurrentiel... Les deux pays ont également examiné une liste de 10 éléments permettant à la Chine de réduire son excédent commercial avec les États-Unis (achat de produits agricoles, d'énergie, de semi-conducteurs...).

Trump confiant

Donald Trump a affirmé une fois de plus avant-hier que les négociations commerciales avec la Chine se déroulaient bien. Le président américain a également fait comprendre qu'il était encore possible de prolonger les discussions au-delà de la date butoir du 1er mars. Cette date ne serait en effet pas 'magique', a indiqué Trump. Les échanges entre Etats-Unis et Chine ont repris mardi à Washington. Les USA envisagent pour l'heure, en l'absence de 'deal' d'ici au 1er mars, de porter de 10% à 25% les 'tarifs' douaniers sur 200 milliards de dollars d'importations provenant de Chine. Trump a néanmoins précisé déjà qu'il était possible de repousser cette échéance, si les discussions évoluaient dans le bon sens.

"Ce sont des discussions très compliquées. Elles se passent très bien", a affirmé Trump aux journalistes depuis le Bureau ovale de la Maison blanche. "Je ne peux rien vous dire de précis sur le calendrier mais la date n'est pas une date magique. Il peut se passer beaucoup de choses", a encore lancé le président américain. "Je peux seulement dire que les discussions avec la Chine se passent très, très bien", a voulu rassurer le leader de la Maison Blanche, selon lequel le possible relèvement des droits de douane est l'enjeu majeur des négociations. "Je sais que la Chine aimerait que cela ne se fasse pas, donc je pense qu'ils essaient d'avancer vite", a glissé Trump...

Ces pourparlers visent à obtenir des changements structurels nécessaires de la part de la Chine, avait affirmé lundi la Maison Blanche. Les deux pays doivent discuter notamment des promesses de la Chine d'acheter une quantité importante de produits et de services aux Etats-Unis. L'agence Bloomberg précise pour sa part que les Etats-Unis voudraient obtenir de la Chine l'engagement qu'elle ne dévaluera pas le yuan.

Les négociations à plus haut niveau impliquent le vice-Premier ministre chinois Liu He, ainsi que le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin et le représentant au Commerce Robert Lighthizer.

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