Etats-Unis et Chine entre dialogue et menaces

Etats-Unis et Chine entre dialogue et menaces
Donald Trump après sa rencontre avec Xi Jinping, le président chinois, à Pékin en novembre 2017.

Boursier.com, publié le vendredi 14 septembre 2018 à 12h36

L'espoir relatif à de nouvelles négociations commerciales entre les Etats-Unis de Donald Trump et la Chine de Xi Jinping a porté hier les marchés à Wall Street, le DJIA se redressant de 0,57% et le Nasdaq de 0,75%.

La Chine a salué une invitation adressée par les USA, qui proposent d'ouvrir un nouveau volet de négociations commerciales. Geng Shuang, porte-parole du Ministère chinois aux affaires étrangères, s'est félicité de cette proposition. Les deux pays discutent des détails de la réouverture des échanges.

Les Etats-Unis invitent la Chine à négocier

Larry Kudlow, qui dirige le conseil économique de la Maison Blanche, a affirme sur 'Fox Business Network' que le Secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, avait adressé cette invitation à de hauts responsables chinois. Kudlow précise avoir reçu des informations selon lesquelles le gouvernement chinois souhaiterait poursuivre les négociations. "Ainsi, le Secrétaire Mnuchin, qui est le chef d'équipe pour la Chine, a apparemment lancé une invitation".

Éviter l'escalade

"La Chine a toujours considéré qu'une escalade du conflit commercial ne servait les intérêts de personne. En fait, depuis les entretiens préliminaires du mois dernier à Washington, les équipes de négociation commerciale des deux parties ont maintenu diverses formes de contact et ont tenu des discussions sur les préoccupations de chaque partie", a affirmé pour sa part Geng Shuang.

Selon les sources de l'agence Reuters, l'invitation de Mnuchin aurait été adressée à ses homologues chinois, dont le vice-premier ministre Liu He, principal conseiller économique du Président chinois Xi Jinping. Les discussions pourraient débuter dans les prochaines semaines, le timing exact et le lieu de la rencontre restant à préciser.

"Je pense que le gouvernement chinois désire discuter", a estimé Kudlow devant des reporters, sans toutefois s'engager concernant l'issue des débats. "Je ne peux rien garantir", a lancé le responsable américain.

'Pas de pression', selon Trump

Le Président américain Donald Trump a maintenu néanmoins le cap sur le réseau social Twitter, affirmant : "Le Wall Street Journal a tort, nous ne sommes pas sous pression pour conclure un accord avec la Chine, ils sont sous pression pour conclure un accord avec nous. Nos marchés s'envolent, les leurs s'effondrent. Nous allons bientôt prendre des Milliards en Tarifs (taxes) & fabriquer nos produits à la maison."

The Wall Street Journal has it wrong, we are under no pressure to make a deal with China, they are under pressure to make a deal with us. Our markets are surging, theirs are collapsing. We will soon be taking in Billions in Tariffs & making products at home. If we meet, we meet?
- Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

A ce message de Trump, le 'China Daily' national chinois répond ce vendredi : "L'administration Trump ne devrait pas se méprendre et croire que la Chine va céder aux demandes américaines". Le quotidien étatique juge que la Chine a d'ailleurs "assez de carburant pour faire tourner son économie même si la guerre commerciale se prolonge". Les dernières statistiques chinoises dévoilées ce jour, celles des ventes de détail et de la production industrielles pour le mois d'août, ont affiché des progressions supérieures aux attentes. L'investissement fixe a par contre déçu, avec un ralentissement de croissance à 5,3% sur la période de huit mois allant de janvier à août.

Conflit ouvert

Rappelons que le conflit commercial s'est récemment envenimé entre les deux pays. La Chine entend demander la semaine prochaine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), l'autorisation de sanctionner les États-Unis, pour le non-respect par Washington d'une décision dans un différend concernant les droits de dumping américains. Cette requête de la Chine est susceptible d'entraîner des années de querelles juridiques à propos des sanctions éventuelles et de leur montant, estime l'agence Reuters. Le conflit en question remonte à 2013, portant sur des industries telles que la machinerie, l'électronique, les métaux et minerais, ou encore l'industrie légère. Ces produits représentent ensemble une valeur annuelle à l'export de 8,4 Mds$.

La Chine l'avait emporté en 2016 devant l'OMC, la décision ayant été confirmée en appel l'an dernier. Le cas concernait la méthode utilisée par le Département américain au commerce pour calculer le niveau du 'dumping' (exportations chinoises à des prix très inférieurs à ceux des produits concurrents fabriqués sur le marché américain). Pékin estime que le mode de calcul avait tendance à gonfler le niveau des prélèvements anti-dumping.

Le Président américain Donald Trump fait justement campagne pour réformer l'OMC, et a même promis le mois dernier de quitter l'Organisation si elle ne s'améliorait pas...

En fin de semaine dernière, Trump s'était dit prêt à appliquer des prélèvements douaniers additionnels sur la quasi-totalité des importations chinoises. Autrement dit, l'administration américaine en place menace de taxer 267 milliards de dollars de biens additionnels importés de Chine, alors que des prélèvements supplémentaires étaient déjà programmés sur 200 milliards de dollars de produits. Au total, ce sont donc plus de 500 Mds$ de produits importés de Chine qui seraient menacés... La Chine a promis des représailles "inévitables", afin de "protéger résolument ses droits légitimes".

Impact sur les entreprises américaines actives en Chine

Apple a indiqué qu'une partie importante de ses produits, dont notamment l'Apple Watch, allait probablement être affectée par ces droits de douane infligés à la Chine. Les écouteurs AirPods, les casques Beats et l'enceinte HomePod, compteraient également parmi les produits touchés par les taxes additionnelles, s'est ému le groupe de Cupertino dans une lettre adressée au gouvernement américain. "Notre crainte avec ces tarifs c'est que les Etats-Unis soient les plus durement touchés, ce qui entraînera une baisse de la croissance américaine, de la compétitivité et des prix plus élevés pour les consommateurs", a averti Apple.

Donald Trump s'est montré néanmoins inflexible samedi, proposant plutôt au géant technologique californien... de fabriquer ses produits aux États-Unis pour éviter les surtaxes. "Fabriquez vos produits aux États-Unis au lieu de la Chine. Commencez dès maintenant à construire de nouvelles usines", a lancé Trump sur Twitter.

Une étude démontre que les firmes américaines actives en Chine commencent à ressentir clairement l'impact de la guerre commerciale sino-américaine. L'étude conduite par AmCham China et AmCham Shanghai, publiée jeudi, montre que plus de 60% des compagnies américaines interrogées estiment que les taxes douanières US affectent déjà leurs opérations. Un pourcentage comparable juge que les tarifs douaniers chinois sur les biens américains importés pèsent sur l'activité. La guerre commerciale fait pression sur les marges et la demande, et gonfle les coûts de production, à en croire cette étude...

Trois quarts des firmes questionnées pensent que des taxes supplémentaires sur 200 Mds$ de produits importés de Chine affecteraient plus encore les opérations. Les entreprises jugent, dans la même proportion, que les représailles chinoises ne seront (évidemment) pas bonnes pour l'activité.

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