Etats-Unis, une élection à haut risque pour Wall Street

Etats-Unis, une élection à haut risque pour Wall Street
Election présidentielle, américaine, Joe Biden, Donald Trump

Boursier.com, publié le lundi 02 novembre 2020 à 22h04

Après avoir atteint de nouveaux records historiques début septembre, la Bourse de New York a perdu du terrain depuis deux mois, à l'approche de l'élection présidentielle américaine de ce mardi 3 novembre. La semaine dernière, les marchés ont même vécu leur pire semaine depuis mars, au début de la crise du coronavirus, avec une chute de 6,5% pour le Dow Jones, de 5,6% pour le S&P 500 et de 5,5% pour le Nasdaq.

Dans une Amérique de plus en plus polarisée politiquement, le ton a été particulièrement acrimonieux pendant la campagne électorale entre le président républicain Donald Trump et son rival démocrate Joe Biden, sur fond de crise sanitaire du coronavirus. Joe Biden reste en tête des sondages, mais les investisseurs se souviennent qu'en 2016, les mêmes sondages donnaient la Démocrate Hillary Clinton gagnante face à Donald Trump, qui l'a finalement emporté...

Les marchés financiers s'interrogent aussi sur la configuration politique générale à venir, car les Américains sont aussi appelés ce mardi à renouveler la totalité de la Chambre des représentants (actuellement dominée par les Démocrates) et plus d'un tiers, soit 35 sièges, du Sénat (contrôlé actuellement par le Républicains).

Une élection contestée, cauchemar pour les marchés

Mais ce que les marchés craignent par dessus tout est un résultat trop serré pour être annoncé dès le soir des élections, le mardi 3 novembre, ce qui ouvrirait la voie à des contestations. Une telle situation entraînerait une période d'incertitude de plusieurs jours voire plusieurs semaines, et serait préjudiciable pour les marchés financiers. Ce scénario s'était déjà produit en 2000, et il a fallu plus d'un mois, jusqu'au 12 décembre, pour que la Cour Suprême juge que le républicain George W. Bush l'avait emporté contre le Démocrate Al Gore.

L'épisode avait entraîné quelques turbulences à la Bourse (-7% pour le S&P 500), mais le climat politique général était à l'époque plus apaisé qu'en 2020 : cette fois, Donald Trump a déjà laissé entendre clairement qu'il contesterait le résultat de l'élection en cas de défaite. Il a mis en cause la probité du système de vote par correspondance, qui a été largement utilisé par les électeurs sur fond de pandémie de Covid-19. Des observateurs craignent des tensions sociales voire des violences dans le pays entre les partisans des deux camps en cas de contestation.

Pour l'économiste Nouriel Roubini, ce "scénario cauchemardesque" doit ainsi être pris au sérieux, et pourrait entraîner une correction d'au moins 10% des marchés boursiers, ainsi qu'une baisse des taux des emprunts d'Etat et une hausse des cours de l'or, en tant que valeur-refuge.

Dans une tribune publiée lundi par les médias participant au "Project Syndicate", Roubini estime que si la victoire de Joe Biden n'est pas clairement établie dès la soirée électorale de mardi, en particulier dans les Etats-pivot (Floride, Arizona, Caroline du Nord, Texas...), Trump pourrait engager des recours avant même la fin du comptage des votes par correspondance, ouvrant la voie à des tensions politiques et sociales.

"Vague bleue" démocrate ou statu quo au Congrès?

En dehors de ce scénario du pire, les autres scénarios sont nettement moins perturbants pour la Bourse américaine, qui se focalisera à nouveau sur les fondamentaux de l'économie et la reprise de l'activité face à la pandémie de Covid-19.

Alors que la crise du coronavirus a plombé la croissance tant vantée par Donald Trump, Joe Biden n'est pas le candidat préféré de Wall Street, dans la mesure où il compte relever les impôts des ménages aisés et des entreprises, et durcir les réglementations.

Cependant, les marchés s'en accommoderaient, surtout si en cas de "vague bleue", qui verrait les deux chambres du Congrès être contrôlées par les Démocrates. Dans ce cas, les chances augmenteraient pour l'adoption d'un nouveau plan massif de soutien à l'économie américaine pour faire face à la 2e vague de coronavirus. A moyen terme, Biden aurait toutefois les mains libres pour des réformes fiscales et réglementaires peu favorables à Wall Street.

Par ailleurs, le scénario d'une victoire de Joe Biden, assortie d'un Sénat restant contrôlé par les Républicains, est considéré comme neutre à négatif pour les marchés financiers, en raison du risque de paralysie politique. Enfin, le scénario d'un statu quo, à savoir une victoire de Donald Trump et un Sénat toujours à dominante républicaine, est jugé positif pour Wall Street.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.