Fed : la fin de la politique monétaire 'accommodante' en question

Fed : la fin de la politique monétaire 'accommodante' en question
Fed siège de la Réserve fédérale américaine - Washington

Boursier.com, publié le jeudi 27 septembre 2018 à 10h25

Les spécialistes sont nombreux à réagir à la décision de la FED hier soir. Si tous ne sont pas surpris par la hausse de 25 points de base des taux des 'feds funds', dans une fourchette de 2-2.25%, la plupart retient davantage la suppression de la référence au fait que la politique monétaire reste accommodante. Petit tour d'horizon :

Charles St-Arnaud, Stratégiste en Investissement chez Lombard Odier IM, affirme que "le communiqué indique clairement qu'un resserrement supplémentaire sera nécessaire, mais le changement pourrait commencer à indiquer plus de flexibilité dans le timing des prochaines hausses, probablement en raison d'une certaine augmentation de l'incertitude (principalement l'impact d'une guerre commerciale), bien que les prévisions du FOMC aient peu changé. Nous continuons de penser que la Fed augmentera son taux directeur lors de la réunion de décembre. Cependant, à notre avis, l'attention des investisseurs en ce qui concerne la politique de la Fed se porte davantage sur la probabilité d'un resserrement de la politique monétaire, déclenchant la prochaine récession, plutôt que sur le timing de la prochaine hausse. C'est la raison pour laquelle les investisseurs portent autant leur attention sur la courbe de rendement au cours des dernières semaines et, avec la décision d'aujourd'hui, cela devrait demeurer le cas. Cependant, comme nous l'avons écrit il y a quelques semaines, nous sommes encore loin du moment où la courbe des rendements s'inversera, un indicateur fiable de la récession depuis les années 1960. Tout d'abord, la courbe des taux pourrait avoir été déformée par le politique d'assouplissement quantitatif QE de la Fed. De plus, si l'on considère le niveau actuel des taux réels et des indicateurs avancés, en plus de la courbe des rendements, notre probabilité estimée de récession est près de zéro actuellement".

Des taux au plus haut dans 3 ou 4 semestres?

Sophia Ferguson, Gestionnaire de portefeuille principale, gestion active sur les produits de taux et les devises chez State Street Global Advisors, note pour sa part que "les tendances dans les données fondamentales et les données de marché suggèrent que le cycle actuel arrivera à son point culminant dans trois à quatre semestres, justifiant la décision du comité de retirer de ses perspectives de taux les références à une 'politique monétaire accommodante' et laissant présager son intention de relever à nouveau ses taux en décembre. Le FOMC suivant la trajectoire qu'il a parfaitement communiquée, la courbe des bons du Trésor américain est susceptible de continuer à s'aplatir à court terme. Alors que le marché commence à intégrer les taux maximum au cours des prochains trimestres, et que rythme d'assouplissement fiscal se ralentit, il faut s'attendre à un redressement graduel de la courbe".

Les mots plus importants que l'action

Rick Rieder, 'Chief Investment Officer of Global Fixed Income' chez BlackRock, estime que les "mots" de la Fed sont plus importants que ses "actions". "La hausse des taux était en effet largement intégrée par les marchés, alors que le changement clé dans le langage de la Fed (suppression de la référence à une politique monétaire qui reste accommodante) semblait plus incertain. La décision relative au mot "accommodant" nous donne une idée révélatrice de la situation actuelle et future de la Fed en ce qui concerne les projections de croissance et d'inflation. Le fait qu'ils enlèvent la phrase clef contenant le mot accommodant de la déclaration suggère que la Fed pourrait réellement croire qu'elle approche maintenant d'un niveau de taux d'intérêt neutre. Alors que nous savons aujourd'hui que la Fed a (et aurait dû) relevé ses taux directeurs de 25 points de base, et qu'elle le fera probablement lors de sa réunion de décembre (comme en témoignent les dots à court terme et les commentaires du président lors de la conférence de presse), c'est désormais à quel moment et à partir de quel niveau le Comité va cesser de relever les taux qui, à notre avis, sont beaucoup plus intéressants pour les marchés et les taux d'intérêt à long terme.

Nous pensons que le rythme de hausse des taux de la Fed sera influencé par le ralentissement de l'économie américaine l'année prochaine, par les conditions économiques mondiales (y compris le dollar américain), l'impact des barrières douanières et le niveau d'accélération de l'inflation au cours de l'année à venir. Le fait est que la nouvelle économie qui évolue aujourd'hui se caractérise par une désinflation du secteur des biens axée sur la technologie, ce qui signifie que le taux d'intérêt neutre et le désir de le dépasser seront probablement modérés. Nous pensons donc que la Fed ne resserrera probablement que deux ou trois fois ses taux l'an prochain, contre trois ou quatre hausses attendus par le consensus en 2019, ce qui pourrait être excessif selon nous".

Plus proche de la fin du cycle de hausse des taux

"L'enjeu du débat n'est plus de savoir combien de temps encore la Fed va continuer de relever les taux mais de déterminer quel sera le niveau final des taux. On est désormais plus proche de la fin du cycle de hausse des taux, ce qui est fantastique", affirme enfin Jamie Cox, directeur associé d'Harris Financial Group. "La Fed, je crois, admet que les hausses de taux d'intérêt vont devenir de plus en plus punitives à partir de maintenant (...) donc elle se donne des marges de manoeuvre pour mettre fin un peu plus de tôt si nécessaire au cycle de resserrement."

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