L'Allemagne priée de prendre des mesures de relance !

L'Allemagne priée de prendre des mesures de relance !©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 13 septembre 2019 à 21h20

La BCE ne peut à elle seule soutenir la croissance européenne chancelante. Tel est le message qu'a fait clairement passer le président de la BCE, Mario Draghi, jeudi, alors qu'il venait d'annoncer une nouvelle série de mesures énergiques de relance monétaire.

Mario Draghi (qui cédera son poste le 31 octobre à Christine Lagarde), a ainsi affirmé que la relance ne pouvait venir de la seule banque centrale, exhortant "les pays avec de la marge budgétaire" à investir, une petite phrase qui visait en premier lieu l'Allemagne.

Vendredi, Mario Centeno, le président de l'Eurogroupe (qui réunit les ministres de Finances de 19 pays de la zone euro) a enfoncé le clou sur le même sujet. "Les pays qui disposent d'une marge budgétaire devraient l'utiliser pour contrer le ralentissement de l'économie", a ainsi déclaré le ministre portugais des Finances à l'issue d'une réunion des 19 à Helsinki.

A la même occasion, le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovkis a lui aussi affirmé que "la politique monétaire ne peut pas tout faire. Nous invitons les pays avec une marge budgétaire à l'utiliser pour soutenir l'économie".

Des rumeurs de plan de relance en Allemagne

Cette question divise outre-Rhin, où des rumeurs persistantes d'un plan de relance ont circulé ces derniers jours. Lundi, l'agence 'Reuters' a ainsi affirmé que Berlin réfléchissait à créer un budget parallèle visant à augmenter l'investissement public tout en respectant ses règles budgétaires.

Face au risque d'une récession outre-Rhin au 3è trimestre (après un recul de 0,1% du PIB au 2è trimestre), Berlin envisagerait ainsi de créer de nouveaux organismes publics qui pourraient emprunter pour investir et soutiendraient ainsi l'économie sans remettre en cause les règles strictes encadrant la dette publique, selon trois sources au fait du dossier citées par 'Reuters'.

Cependant, ces informations n'ont pas été confirmées, et le ministre allemand des Finances Olaf Scholz a présenté mardi, devant la chambre basse du Parlement, un budget 2020 à l'équilibre, conformément au dogme budgétaire respecté depuis 2014. Le ministre allemand a bien évoqué la possibilité de parer à une éventuelle crise économique en injectant "des milliards d'euros", mais il a ajouté dans la foulée que selon lui, pour l'heure, il n'y a pas de crise.

"Super Mario" quitte la BCE en ressortant le bazooka

Malgré des désaccords au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, l'institution monétaire a annoncé une série de mesures fortes, à commencer par une nouvelle baisse du taux de dépôt, de -0,4% à -0,5%, accompagné d'un système de modulation pour épargner les banques distribuant le plus de crédit.

Surtout, Mario Draghi a annoncé la reprise du programme de rachats d'actifs ("APP") de la BCE, au rythme de 20 milliards d'euros par mois, à compter du 1er novembre et sans limite de date.

Avant la fin de son mandat, le 31 octobre, "Super Mario" a donc ressorti le "bazooka monétaire", 7 ans après son intervention la plus célèbre, qui lui a valu le surnom de "Super Mario". En 2012, en pleine crise de la zone euro, il avait affirmé que la BCE ferait "tout ce qui est nécessaire" ("all it takes") pour sauver la zone euro. La banque centrale européenne était alors parvenue à rétablir la confiance des marchés dans l'euro en déployant tout un arsenal de mesures non conventionnelles, dont un vaste programme de rachat d'actifs et des prêts à taux très bas aux banques.

Des critiques ouvertes au sein du conseil de la BCE

Vendredi, deux membres du conseil des gouverneurs ont pour la première fois critiqué ouvertement les dernières décisions prises par la BCE. Connus pour leurs positions plus "faucon" en matière monétaire, ils ne s'étaient cependant pas jusqu'ici exprimés ouvertement contre les décisions de l'institution monétaire.

Klaas Knot, le président de la banque centrale néerlandaise a ainsi jugé que "ce vaste paquet de mesures, et en particulier la relance du programme d'achat d'actifs, est disproportionné par rapport à la situation économique actuelle et il y a de bonnes raisons de douter de son efficacité".

De son côté, Robert Holzmann, le gouverneur de la banque centrale autrichienne, a déclaré craindre que la BCE n'ait commis une erreur. Elle aurait dû selon lui attendre les conclusions de l'examen en cours de sa politique, qui pourraient inclure une révision à la baisse de son objectif d'inflation, actuellement fixé à un peu moins de 2%.

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