L'UFC Que Choisir tacle EDF sur son utilisation des centrales nucléaires

L'UFC Que Choisir tacle EDF sur son utilisation des centrales nucléaires©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 05 avril 2018 à 13h48

L'UFC Que Choisir attaque EDF sur les arbitrages réalisés sur la production de ses centrales nucléaires, estimant que leur sous-utilisation chronique entraîne des surcoûts pour les consommateurs. Une facture évaluée à 2,4 milliards d'euros sur la période 2012 à 2016, soit 71 euros par abonné au tarif réglementé. Dans une étude parue jeudi, l'organisation rend l'énergéticien coupable d'arbitrages lorsque les prix du marché baissent, par un recours accru au parc alternatif (centrales au gaz, au fioul et au charbon) qui contribue à accroître les prix de gros. En outre, alors que les prix sont régulièrement plus compétitifs en Allemagne, les importations d'énergie restent faibles, ce qui empêche les prix français de baisser. L'UFC Que Choisir demande aux autorités d'adopter un dispositif réglementaire plus contraignant pour lutter contre cette pratique, dans le cadre la programmation pluriannuelle de l'énergie en cours d'élaboration.

Chez EDF, on conteste formellement les accusations et l'on estime que l'organisation n'apporte aucun élément tangible à l'appui de son analyse, hormis un raisonnement économique erroné qui ne tient pas compte de la réalité du marché de gros. L'énergéticien optimise à tout moment l'utilisation de son parc de production en interaction étroite avec les marchés européens de l'électricité et sous la supervision de la Commission de régulation de l'énergie. Il se réserve le droit de porter l'affaire devant les tribunaux, indique-t-il dans un communiqué.

Des prix bas mais un système peu vertueux

La question du prix de l'énergie en France revient régulièrement sur le devant de la scène. Dans le cadre de l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence, le législateur a tenu à favoriser l'accès des fournisseurs alternatifs à une énergie nucléaire bon marché. C'est le dispositif Arenh, lancé en 2011. Mais depuis son déploiement, les prix de l'énergie ont chuté, si bien que les alternatifs vont généralement piocher dans le marché de gros car ils n'ont pas d'obligations d'achat dans le cadre de l'Arenh. EDF vend donc à perte sur ce même marché de gros les quotas produits pour les alternatifs. La CRE et la Cour des Comptes ont estimé que le dispositif avait bien contribué à maintenir des prix de l'énergie bas pour les consommateurs, mais qu'il avait échoué sur d'autres plans, notamment celui de forcer les alternatifs à développer leurs propres outils de production. La donne aurait sans doute été différente si les tarifs de l'énergie n'avaient pas coulé. Du reste, EDF se plaint aussi du tarif Arenh, qu'il juge depuis longtemps trop faible et qui introduit des rigidités dans sa production. En attendant, les Français profitent de prix de l'énergie parmi les plus bas en Europe. Interrogé par 'Le Monde', le patron de l'UFC Que Choisir, Alian Bazot, balaie cependant l'argument en estimant qu'il ne faut pas se satisfaire de la situation et que rien je justifie que l'ancien monopole vienne priver le consommateur d'un juste prix uniquement parce qu'il veut faire ses affaires et jouer au yo-yo.

Le débat va de toute façon au-delà de cette querelle puisqu'il s'agit désormais de savoir quel est le juste prix pour qu'EDF gère la transition énergétique et la fin de vie de ses centrales actuelles. Les analystes financiers s'interrogent toujours sur la capacité du groupe à autofinancer cette mue, si bien qu'ils plaident généralement pour une évolution favorable du cadre réglementaire et un calendrier précis qui redonnera de la visibilité à la société. Ces craintes, ajoutées au plongeon des prix de l'énergie depuis la crise de 2008, ont fait sombrer le dossier en bourse. En novembre 2007, la capitalisation d'EDF dépassait 157 milliards d'euros à la Bourse de Paris, assurant au groupe la première place du CAC40, devant Total et ses 131 MdsE. Désormais, le poids boursier du champion mondial du nucléaire n'est plus que de 33,5 MdsE. Il a d'ailleurs été retiré de l'indice phare de la place en 2015, dix ans après l'avoir intégré.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.