La BCE attendue de pied ferme par les marchés ce jeudi

La BCE attendue de pied ferme par les marchés ce jeudi©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 09 décembre 2020 à 18h50

Les attentes autour de la BCE, qui se réunira ce jeudi, ont rarement été aussi élevées. La détérioration des perspectives économiques en lien avec les incertitudes liées à la deuxième vague de COVID-19 et les récentes déclarations de plusieurs membres de l'Institution d'émission, y compris celles de Christine Lagarde lors de la dernière réunion de la BCE, suscitent d'importantes espérances du côté des marchés, devenus "accros" aux milliards injectés par les Banques centrales dans le système financier.

Les attentes autour de la BCE, qui se réunira ce jeudi, ont rarement été aussi élevées. La détérioration des perspectives économiques en lien avec les incertitudes liées à la deuxième vague de COVID-19 et les récentes déclarations de plusieurs membres de l'Institution d'émission, y compris celles de Christine Lagarde lors de la dernière réunion de la BCE, suscitent d'importantes espérances du côté des marchés, devenus "accros" aux milliards injectés par les Banques centrales dans le système financier.

S'il ne fait guère de doute quant au fait que la BCE va accroître son soutien à l'économie du Vieux continent, reste désormais à savoir quels moyens seront mis en place. Les spécialistes sont globalement sur la même longueur d'onde, mais quelques divergences persistent à l'approche de l'échéance la plus importante de ce mois de décembre pour les investisseurs.

Le programme d'achat d'urgence face à la pandémie augmenté de 500 à 600 MdsE ?

Franck Dixmier, directeur mondial des gestions obligataires chez Allianz Global Investors, anticipe une réunion sans surprise tant les principaux dirigeants 'ont déjà balisé le terrain'. Il table ainsi sur une extension du programme PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) en termes de volume et de maturité (probablement de 500 milliards d'euros, pour atteindre 1.850 MdsE et jusqu'à fin 2021). Selon lui, cela permettra à la BCE d'absorber les montants importants d'émissions de dettes publiques prévues en 2021 pour faire face au choc économique et de maintenir des conditions de refinancement très favorables en zone euro, avec des taux qui devraient rester durablement bas. Cette extension permettra aussi d'accompagner l'Union européenne dans ses nouvelles émissions.

L'annonce de conditions encore plus favorables d'octroi de liquidité aux banques, au travers des TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing Operations) pour financer l'économie est également anticipée. "Même si le chef économiste (de la BCE) Philip Lane a fait allusion dans un entretien avec la presse au possible recours à d'autres instruments de politique monétaire, nous ne tablons pas sur une baisse du taux de dépôt à ce stade. En présentant une feuille de route très claire, la BCE offre une grande visibilité aux investisseurs, en ancrant toujours davantage les taux courts sur des niveaux bas et en influant sur l'ensemble de la courbe", précise Franck Dixmier.

Konstantin Veit, 'senior portfolio Manager Euro rates' chez PIMCO, s'attend de son côté à ce que la BCE augmente la taille du programme d'achat d'urgence face à la pandémie (PEPP) de 600 MdsE, "ce qui porterait le PEPP à près de 2.000 milliards d'euros et 17% du PIB de la zone euro. Il mise aussi sur la prolongation des achats de six mois, jusqu'à la fin de 2021. "Nous prévoyons des opérations TLTRO supplémentaires au-delà de mars 2021, ainsi qu'une extension de la période de taux d'intérêt préférentiel à -1% dans le cadre du TLTRO-III de juin à décembre 2021, en cohérence avec l'attente d'un allongement du PEPP sur le même horizon.

Le programme d'achat serait prolongé jusqu'à la fin 2021 au moins

"Afin de faciliter l'octroi de crédits via le secteur financier, nous prévoyons également que la BCE prolonge les mesures temporaires d'assouplissement des garanties et la procédure d'appels d'offres à taux fixe avec allocation intégrale (FRFA), ainsi qu'une augmentation des opérations de refinancement à long terme d'urgence pandémique non ciblées (PELTRO) et du multiplicateur du taux modulable (tiering). Nous ne prévoyons pas de réduction du taux de la facilité de dépôt", ajoute Konstantin Veit.

Chez Barclays, on anticipe une prolongation des opérations TLTRO-III jusqu'à la fin de l'année 2021, une augmentation du multiplicateur du taux modulable (tiering) à 10 fois, et un allongement du PEPP jusqu'à la fin de l'année 2021 au moins (avec réinvestissement jusqu'à la fin de l'année 2023 au moins) combinée à une hausse de l'enveloppe globale de 500 milliards d'euros. Un scénario alternatif serait une augmentation plus faible de l'enveloppe du PEPP combinée à une augmentation des achats mensuels du PPA (à partir des 20 milliards d'euros actuels), en vue de faire face aux implications à plus long terme de la crise du COVID, mais la banque britannique pense qu'il y aurait une certaine opposition au sein du CA à une telle mesure ouverte.

Espoirs liés aux vaccins anti-Covid-19 à partir du printemps

Côté macro, le scénario révisé du staff de la BCE devrait faire apparaître une récession moins importante en 2020 (-7% contre - 8% estimé jusqu'ici) en raison d'un rebond du PIB plus élevé que prévu au troisième trimestre, et malgré une baisse probable au quatrième trimestre qui n'était pas anticipée en septembre. En revanche, les économistes de Barclays pensent que la prévision de croissance pour 2021 sera revue à la baisse par rapport à la projection de septembre (de +5,0% à 3,5/4%) pour tenir compte des mesures de restriction renouvelées, mais cette nouvelle estimation restera toujours bien au-dessus du scénario sévère de septembre (+0,5%) car la perspective d'un déploiement de vaccins entraînera un rebond plus rapide à partir du printemps. L'inflation sera probablement révisée légèrement à la baisse en 2021, principalement en raison d'une inflation de base plus faible, et inchangée en 2022.

Pour UBS, la BCE prendra de "grandes" décisions lors de sa réunion du 10 décembre. Dans la lignée du consensus, UBS pense que l'Institution va étendre de six mois son programme PEPP, de fin juin à fin décembre 2021. L'enveloppe du PEPP sera augmentée de 500 MdsE, pour atteindre 1.850 MdsE. La BCE prolongera également d'un an, c'est-à-dire de fin 2022 à fin 2023, son engagement de réinvestir le principal des titres arrivant à échéance achetés dans le cadre du PEPP. La banque suisse estime également que la BCE continuera de gérer l'"ancien" programme d'assouplissement quantitatif (APP) en arrière-plan, avec des achats mensuels de 20 milliards d'euros, mais sans prolongation de l'enveloppe spéciale de 120 milliards d'euros jusqu'en 2021.

"La BCE va étendre sa série d'opérations ciblées de refinancement de long terme (TLTRO, qui ne compte plus que deux adjudications, en décembre 2020 et mars 2021) jusqu'à la mi-2022, en ajoutant une nouvelle série d'adjudications trimestrielles". Les spécialistes de la banque helvète attendent de la BCE qu'elle souligne qu'elle est prête, si et quand cela sera nécessaire, à fournir davantage de liquidités aux banques via ses opérations LTRO / PELTRO, et à assouplir davantage les exigences de garantie. Enfin, la BCE devrait maintenir le taux de dépôt inchangé à -0,5% et n'entreprendre probablement aucune modification des détails techniques de son système de dépôt à deux niveaux.

Le BCE pourrait s'exprimer sur la récente hausse de l'euro

Enfin, François Rimeu, stratégiste Senior de La Française AM prévoit lui aussi une hausse de l'enveloppe du PEPP d'environ 500 MdsE, et une prolongation du délai de la mi-2021 à la fin de l'année 2021. L'horizon de réinvestissement pourrait également être prolongé au-delà de la date de fin actuelle, à savoir décembre 2022.

Il s'attend aussi à l'annonce de TLTRO à des conditions attrayantes : "des échéances long terme (au moins 3 ans), des taux bas (-1%), un multiplicateur à 8-9x (vs 6x) et peut-être quelques changements sur les allocations d'emprunt et le benchmark des prêts. Tant pour le PEPP que pour le TLTRO, nous pensons que l'accent sera mis sur la durée plutôt que sur l'intensité des achats d'actif".

François Rimeu ajoute s'attendre à ce que la BCE fasse des commentaires sur la force de l'euro, mais ajoute que la BCE "ne peut rien y faire. Nous nous attendons à ce que le ton général soit clairement dovish pour maintenir des conditions financières favorables. Les annonces du PEPP et du TLTRO sont largement attendues par le marché, il sera donc difficile de surprendre sur l'aspect dovish. Nous pourrions voir des taux légèrement plus élevés", conclut-il.

On le voit, face à ces attentes pour le moins importantes, Christine Lagarde n'aura pas le droit à l'erreur jeudi pour ce qui sera, ceci est certain, la dernière réunion de l'année de la BCE.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.