La BCE déçoit sur ses taux, les experts réagissent

La BCE déçoit sur ses taux, les experts réagissent
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Boursier.com, publié le jeudi 12 mars 2020 à 19h59

Le marché parisien se dirige vers une semaine historique avec un CAC 40 qui a enregistré jeudi son deuxième krach en l'espace de quatre jours. Avec une chute de 12,28% en clôture pour l'indice phare parisien, la séance du jour est entrée dans les annales en tant que plus forte baisse quotidienne de l'histoire du CAC 40.

Les marchés ont été plombés par les dernières annonces de Donald Trump pour tenter d'enrayer la propagation de l'épidémie de coronavirus, mais également par la déception provenant de Francfort après le statu quo de la BCE sur ses taux. Si l'institut monétaire a dévoilé de nouvelles mesures de soutien au marché du crédit, les investisseurs semblent davantage retenir le maintien des taux à leur niveau actuel.

Voici une première salve de réactions de spécialistes :

* "L'absence de baisse de taux a certainement déplu aux investisseurs mais les décisions prises aujourd'hui (mesures de financement ciblées et apports de liquidité) sont probablement ce qu'il y avait de mieux à faire pour l'économie réelle. L'enveloppe de 120 milliards d'euros d'achats d'actifs offre également une flexibilité accrue à la BCE dans la mise en oeuvre de sa politique", affirme Valentin Bissat, économiste & stratégiste chez Mirabaud.

* Paul Diggle, économiste principal chez Aberdeen Standard Investments, retient deux points positifs et une déception. "Les points forts sont l'augmentation du QE et le nouveau programme TLTRO-III, qui sont clairement les bienvenus et devraient contribuer à maintenir le flux de liquidités dans l'économie. Le taux d'intérêt de -0,75% sur les prêts TLTRO aux banques est une innovation importante, car c'est la première fois que la banque centrale prête aux banques à un taux inférieur à son principal taux directeur - dans un sens, il s'agit d'une réduction ciblée du taux. Mais ce qui manque, c'est l'absence d'une réduction du taux principal des dépôts, ce qui est une déception par rapport aux attentes du marché, et envoie le signal que même la BCE elle-même pense qu'elle est au bout du chemin lorsqu'il s'agit de réduire les taux d'intérêt".

* Andrew Bosomworth, responsable de la gestion de portefeuilles allemands chez PIMCO, note pour sa part que les principaux éléments de l'ensemble des mesures d'assouplissement dévoilées par la BCE se concentrent sur la fourniture de liquidités à l'économie réelle par le biais d'opérations supplémentaires de financement à terme à des taux d'intérêt subventionnés ainsi que sur le soutien de la demande globale par le biais d'achats nets d'actifs supplémentaires. Laisser le taux de la facilité de dépôt inchangé à -0,5% reflète en revanche implicitement le fait que le Conseil des gouverneurs reconnaît l'efficacité limitée des réductions de taux en dessous des niveaux actuels. La BCE cherchera à obtenir une forte contribution du programme d'achat par le secteur privé lorsqu'elle mettra en oeuvre les achats d'actifs supplémentaires, ce qui suggère un penchant pour les achats d'obligations de sociétés privées. La réaction initiale sur les marchés du crédit a toutefois été négative, les spreads se creusant encore, ce qui souligne à la fois les attentes élevées placées dans la BCE et la fragilité de l'environnement actuel du marché".

* "Aucune des mesures de la BCE ni aucune autre initiative de politique monétaire, fiscale ou réglementaire ne peut être le coupe-circuit dans la récession dans laquelle la zone euro semble être tombée ce mois-ci", affirme de son côté à 'Bloomberg', Holger Schmieding, chef économiste chez Berenberg. "Mais le paquet de la BCE, et les mesures supplémentaires prises par les autorités de surveillance des banques ainsi que par la politique fiscale, peuvent limiter les effets de second tour".

* "Le fait que la BCE n'ait pas opté pour des taux d'intérêt plus négatifs vous renseigne sur le manque total de coordination entre les Etats-Unis et l'UE. Des taux d'intérêt plus négatifs sont probablement considérés comme une dévaluation par les Etats-Unis au moment d'importantes négociations commerciales et d'une interdiction de voyager", souligne Sebastien Galy, macrostratégiste senior chez Nordea asset management.

* Véronique Riches-Flores, présidente de RF Research, estime pour sa part que la BCE a fait "preuve d'incapacité". "Ne pas baisser ses taux directeurs malgré les anticipations en place était une décision de très haut risque que seul le déploiement d'un plan d'attaque exceptionnel aurait pu faire accepter", estime l'économiste. "Rien de cela dans les annonces de la BCE. La réaction des marchés est donc cinglante et les risques financiers d'autant accrus. Les mesures mises en place par la BCE pour prévenir les dégâts d'une crise sanitaire, devenue économique et financière, sans précédent, ne sont assurément pas à la hauteur des enjeux".

* Plus indulgent pour la BCE, Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d'Allianz Global Investors, souligne que "malgré quelques maladresses de Christine Lagarde dans sa communication, notamment évoquer explicitement que la BCE n'est pas là pour s'occuper des spreads, retenons que les mesures annoncées sont, sur le fond, convaincantes". Le spécialiste estime que "les mesures annoncées nous semblent très crédibles, car orientées sur le soutien aux entreprises au travers de différentes mécanismes : octroi de liquidité via les TLTRO, augmentation temporaire de 120 milliards d'euros des achats d'actifs orientés vers le secteur privé".

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