Les appels privés d'importants membres de la BCE font polémique

Les appels privés d'importants membres de la BCE font polémique©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 01 décembre 2020 à 16h28

Le 'Wall Street Journal' se fait l'écho d'une information pour le moins surprenante. Le quotidien financier affirme en effet que l'économiste en chef de la Banque centrale européenne a passé des dizaines d'appels privés à certains des plus grands investisseurs et banques de la planète à l'issue de plusieurs réunions de l'Institution d'émission cette année.

Les appels ont commencé en mars, après que la présidente de la BCE, Christine Lagarde, eut fait 'peur' aux investisseurs en suggérant, lors d'une conférence de presse, que la Banque centrale ne soutiendrait pas le marché obligataire italien en déclarant que "la BCE n'avait pas pour mission de réduire les spreads". Des déclarations qui avaient provoqué un mouvement de panique sur le marché transalpin et entrainé une certaine confusion dans la communauté financière. Quelques heures après ce message pour le moins confus, Philip Lane, l'économiste en chef de la BCE, a appelé 11 banques et investisseurs (dont BlackRock, JPMorgan et UniCredit) afin de chercher à clarifier le message de la BCE.

Des investisseurs privilégiés ?

D'anciens responsables de la Banque centrale ont déclaré que ces appels risquaient de mettre à mal la parité de l'information, certains investisseurs se trouvant privilégiés en recevant des informations sensibles. L'ancien patron de la BCE, Mario Draghi, et son économiste en chef, Peter Praet, n'auraient pas recouru à ce type d'appels au cours de leurs deux dernières années de mandat, précise le WSJ en citant les agendas publics des deux anciens dirigeants. "Vous ne vous contentez pas de prendre le téléphone et de parler à quelques privilégiés", déclare au WSJ Panicos Demetriades, ancien membre du Conseil des gouverneurs de la BCE et directeur de la Banque centrale de Chypre. "Parler uniquement aux grands acteurs est ce que vous n'êtes pas censé faire en tant que banque centrale. Cela n'aide pas les relations avec le public".

"Il serait souhaitable que tous les acteurs aient accès aux informations pertinentes en même temps. Sinon, ce n'est pas une situation équitable", affirme pour sa part Stefan Gerlach, ancien vice-gouverneur de la banque centrale d'Irlande.

La BCE se défend

Un porte-parole de la BCE a confirmé ces appels au journal financier. Il a déclaré que la BCE avait décidé en septembre 2019 de commencer ces briefings suivant les réunions de politique monétaire lorsque M. Draghi s'apprêtait à passer les rênes à Mme Lagarde, mais que ces rendez-vous téléphoniques n'avaient débuté qu'en mars. "Conformément à nos politiques de transparence, nous publions les noms des institutions où elles travaillent (ndlr : les personnes appelées) et nous assurons une rotation entre les institutions", a déclaré le porte-parole. "L'objectif est d'entendre les points de vue des économistes qui surveillent la BCE et de répondre à toute question technique. Les appels ne concernent que l'information rendue publique et se concentrent sur la décision politique publiée au préalable".

Reste que dans un monde feutré comme celui des Banques centrales, où un simple changement de mots peut influencer l'évolution de toute une gamme d'actifs, ces 'entretiens' privés ont de quoi faire jaser. Notamment du côté des petits investisseurs qui pourraient, à juste titre, se trouver discriminés.

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