Les Cryptomonnaies réservées aux "investisseurs capables d'endurer une perte totale de leur mise"

Les Cryptomonnaies réservées aux "investisseurs capables d'endurer une perte totale de leur mise"
BlackRock

Boursier.com, publié le mardi 27 février 2018 à 10h53

En tant que plus gros gestionnaire d'actifs du monde, l'américain BlackRock garde un oeil intéressé sur les cryptomonnaies. Inévitable, puisque cette nouvelle "classe d'actifs" pèse 500 milliards de dollars. Mais à ce stade, elles sont encore loin de s'imposer dans les portefeuilles d'investissement traditionnel, souligne la française Isabelle Mateos y Lago, spécialiste de la gestion diversifiée et directrice générale au sein du BlackRock Investment Institute. Le cocktail forte volatilité, fragmentation, risques opérationnels, risques de liquidité, risques de sécurité et régulation minimaliste a en effet de quoi rebuter les gestions qui ont pignon sur rue.

La seule volatilité des "cryptos" suffirait à effrayer un investisseur traditionnel. BlackRock a compilé les données de volatilité quotidienne annualisée des classes d'actifs traditionnelles sur la période allant du 1er janvier 2016 au 21 février 2018. Les actions américaines (S&P500) et l'or (prix spots) ne dépassent pas 15%. Le bitcoin approche les 80%, l'ethereum dépasse 145% et le ripple accroche la zone des 170 à 180%. Et cela ne concerne que les trois cryptomonnaies les plus répandues, alors qu'il en existe plus de 1.500 négociées sur quelques 400 plateformes en ligne dans le monde. De surcroît, explique Isabelle Mateos y Lago, elles n'apparaissent dans aucun registre d'ordres centralisé et leur valorisation est complexe, en l'absence de flux de trésorerie, de bénéfices ou de taux d'intérêts. Mais le marché évolue, poursuit l'ancienne membre du FMI. La preuve, des plateformes réputées ont commencé à lancer des contrats à terme sur le bitcoin. Leur succès est mitigé, en particulier à cause de règles de marges contraignantes (et sans doute aussi de la purge des cryptos peu après leur lancement), mais ils suscitent l'intérêt. La stratège pense qu'un cadre réglementaire pourrait se mettre en place, puisque le G20 a inscrit les cryptomonnaies à l'ordre du jour de sa prochaine réunion en mars.

La blockchain séduit

Si la prudence domine sur bitcoin et consorts, la technologie sous-jacente, la blockchain, commence à faire consensus aussi bien chez les dirigeants d'entreprises que les responsables politiques. La blockchain, ou technologie des registres distribués, permet de sécuriser les transactions entre particuliers. En d'autres termes pas d'intermédiaire, mais pas non plus d'autorité centralisée fiable, ajoute Isabelle Mateos y Lago. De nombreux secteurs s'y intéressent, mais d'importantes limites demeurent. Dans le secteur financier, une base unique de données financières partagées permettrait de supprimer les pratiques inefficaces et les risques liés à l'intervention humaine. Mais son adoption à grande échelle exigerait des changements énormes dans le développement des logiciels et un modèle d'entretien très bien conçu, selon la stratège de BlackRock, et sans doute aussi l'intervention des autorités de régulation et des banques centrales. Au final, si l'utilisation des cryptomonnaies est appelée à se développer, il est encore trop tôt pour les intégrer dans la gestion traditionnelle. Seuls les investisseurs capables d'endurer une perte totale de leur mise doivent envisager un tel placement, juge Isabelle Mateos y Lago.

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