, les Etats-Unis font la course en tête, mais ils ne sont pas seuls

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Un porte-container sur le port d'Abidjan

Boursier.com, publié le vendredi 02 mars 2018 à 13h35

Les mesures choc annoncées hier par Donald Trump pour protéger la sidérurgie américaine en surtaxant les importations font couler beaucoup d'encre. Les modalités retenues, des pénalités générales et non ciblées sur les producteurs qui pratiquent le dumping, interrogent les partenaires commerciaux traditionnels des Etats-Unis. La réaction des marchés financiers, qui chutent lourdement après ces annonces, montrent à quel point le sujet est préoccupant. Depuis l'élection de Donald Trump, les professionnels de la finance ont toujours cité la montée des protectionnismes comme une menace majeure pour l'équilibre économique mondial. Mais jusqu'à présent, cette thématique n'avait pas encore vraiment effrayé les investisseurs, à l'inverse d'éléments plus faciles à cerner comme les difficultés financières d'un pays, une politique monétaire plus restrictive ou un gros scandale financier.

Une nouvelle donne ?

Il ne faut pas aller trop vite en besogne, mais il y a fort à parier que les bourses mondiales afficheront dans les prochaines semaines une sensibilité accrue aux soubresauts protectionnistes. Du moins, cela sera le cas si Donald Trump ne met pas d'eau dans son vin et impose sa vision du marché de l'acier, qui va, il faut le souligner, à l'encontre de la volonté de plusieurs pans de l'économie américaine, qui craignent de subir un violent contrecoup sur leurs coûts de production. Pour autant, les mesures annoncées hier ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Car indéniablement, le protectionnisme avance. L'année 2017 n'a pas été particulièrement impressionnante, avec 467 mesures recensées dans le monde par Euler Hermès, contre 827 l'année précédente. Mais ces dispositions ont tendance à s'accumuler, si bien que la somme des protectionnismes ne fait que croître. Surtout, 90 des nouvelles mesures, 20% du total, émanent des Etats-Unis, si bien qu'elles ont nécessairement plus de poids que beaucoup d'autres compte tenu de la place de l'économie américaine sur l'échiquier mondial. Le relatif ralentissement, en nombre des mesures, s'explique aussi par l'accélération de la croissance mondiale, souligne l'assureur-crédit dans sa nouvelle étude consacrée au retour de la guerre commerciale. Mais la croissance n'inverse pas le mouvement de fond.

Les Etats-Unis en tête, l'Allemagne et la Suisse dans le Top6

Washington durcit indubitablement ses positions. 30 surtaxes à l'importation fin 2017 contre 5 fin 2015. 20 mesures antidumping fin 2017 contre 13 fin 2015. La Chine est la plus souvent ciblée, mais le Canada paie aussi un très lourd tribut (18 nouvelles mesures en 2017, notamment à cause de la concurrence entre les deux pays dans les gaz et pétrole de schiste) alors que le Mexique, présenté par Donald Bush comme un ennemi à abattre depuis le début de sa campagne, n'est au final visé que par 2 mesures ! Mais il serait trop facile de ne blâmer que les Etats-Unis. Ils dominent certes le palmarès depuis 2014 avec 401 règles, devant l'Inde (293) et la Russie (247). Mais l'Allemagne n'est pas en reste à la quatrième place (185), tandis que la Suisse (154) émarge au sixième rang, suivie en huitième et neuvième position par le Japon (137) et le Royaume-Uni (96), selon les données compilées par Euler Hermes. L'Union européenne revendiquait récemment 53 mesures protectionnistes, mais exclusivement antidumping et largement centrées sur l'acier. Les pays utilisent parfois le protectionnisme pour reproduire les mêmes secteurs traditionnels qui ont historiquement soutenu leurs économies, alors que cela ouvre la voie aux surcapacités, expliquent les auteurs du rapport, Stephane Colliac et Julien Ayme-Dolla. Les secteurs les plus concernés sont sans surprise les produits agricoles, les métaux, les biens d'équipement, la chimie et l'énergie. Objectivement, il est normal de retrouver un protectionnisme accru dans les secteurs qui n'ont pas fait partie des précédents cycles de libéralisation et qui sont parfois encore contrôlés par les Etats, poursuit Euler Hermès, mais ces surcapacités expliquent aussi pourquoi les prix des métaux ou des produits agricoles sont inférieurs de plus de 60% à leurs niveaux de 2008. Une chose est sûre, une guerre des mesures protectionnistes ne va pas dans le sens d'un développement des échanges internationaux. Et ça, même s'il a fallu un peu de temps pour que le scénario fasse son chemin, les marchés financiers l'ont bien intégré.

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