Marchés / bilan hebdomadaire : le CAC 40 miné par la crise turque

Marchés / bilan hebdomadaire : le CAC 40 miné par la crise turque©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 17 août 2018 à 17h45

La semaine s'est révélée éprouvante sur les places financières mondiales. La crise turque a incontestablement ramené les opérateurs aux tristes réalités. De plus, les craintes liées au durcissement monétaire de la Fed ont fait leur grand retour outre-Atlantique, après d'excellents chiffres de la consommation ou de la productivité américaine... Le CAC 40, indice phare parisien, a régressé de 1,3% sur l'ensemble de la semaine. Il clôture ce soir en légère baisse de 0,08% à 5.345 pts.

Sur le marché des changes, l'euro tente de se stabiliser vers 1.14$, au plus bas depuis un an contre le dollar, malmené du fait du risque de contagion de la crise turque à la zone euro. Les opérateurs s'inquiètent notamment de l'exposition des banques européennes à la Turquie, alors que la livre a touché en début de semaine un nouveau plus bas historique face au billet vert à 7,24 par dollar !

Après un bref sursaut 'technique', la livre turque repart à la baisse ce vendredi, puisque le dollar évolue maintenant en progression de plus de 4% à 6,1 livres. L'engagement de l'émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, qui entend soutenir Erdogan en investissant 15 milliards de dollars en Turquie, n'aura donc pas soutenu bien longtemps la monnaie locale. Il faut dire que les Etats-Unis maintiennent la pression pour obtenir la libération du pasteur américain Andrew Brunson, soupçonné de terrorisme par la Turquie. "La Turquie a tiré profit des Etats-Unis pendant de nombreuses années. Ils détiennent maintenant notre merveilleux Pasteur Chrétien, à qui je dois désormais demander de représenter notre Pays en tant que grand otage patriote. Nous ne paierons rien pour la libération d'un homme innocent, mais nous sanctionnerons la Turquie!", a asséné Trump en fin de semaine sur Twitter.

Turkey has taken advantage of the United States for many years. They are now holding our wonderful Christian Pastor, who I must now ask to represent our Country as a great patriot hostage. We will pay nothing for the release of an innocent man, but we are cutting back on Turkey! >- Donald J. Trump (@realDonaldTrump)

Le Secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a également prévenu que Washington allait décider de sanctions supplémentaires si Ankara ne libérait pas le pasteur Brunson. La Turquie a assuré ce jour qu'elle répliquerait en pareil cas.

Sur le marché des matières premières et métaux, la tendance reste volatile, après la chute générale observée avant-hier. Le pétrole prend 0,7% à 65,9$ le baril WTI sur le Nymex, alors que le Brent s'adjuge 0,6% à 71,8$. D'après le dernier rapport du Département américain à l'énergie publié hier jeudi, pour la semaine close au 10 août 2018, les stocks domestiques de brut hors réserve stratégique ont grimpé de manière très inattendue en comparaison de la semaine antérieure, en hausse de 6,8 millions de barils, alors que les économistes anticipaient en moyenne... une baisse de 2,6 millions de barils. Les stocks d'essence se sont tassés quant à eux de 0,7 millions de barils sur cette semaine close au 10 août, alors que les stocks de produits distillés ont augmenté de 3,6 millions de barils.

Avant-hier, les principales matières premières et les métaux avaient décroché de manière notable, victimes de la force du billet vert et des craintes économiques...

Washington et Pékin vont discuter

Les opérateurs placent quelques espoirs dans de nouveaux échanges entre les USA et la Chine. Des discussions officielles avaient déjà eu lieu en juin à Pékin, entre le Secrétaire américain au commerce Wilbur Ross et le vice-premier ministre chinois Liu He. Cette fois, une délégation chinoise menée par le vice-ministre au Commerce, Wang Shouwen, va rencontrer des représentants américains menés par le Secrétaire du Trésor pour les affaires internationales, David Malpass. Wang Shouwen et ses camarades se rendront donc aux Etats-Unis pour mener des négociations commerciales à la fin du mois. Les Etats-Unis sont à l'origine de ces négociations. Pékin s'est pour sa part félicité de ces discussions, en précisant bien toutefois qu'il n'accepterait aucune mesure unilatérale.

Tentative d'apaisement après l'affrontement

Rappelons que la Chine va imposer le 23 août des droits de douane de 25% sur 16 milliards de dollars de produits importés des États-Unis. Il s'agit d'une réplique à la décision de Washington d'imposer des taxes comparables, à cette même date, à un montant équivalent de produits provenant de Chine. Pékin et Washington s'étaient déjà infligés des taxes réciproques sur des produits représentant environ 34 milliards de dollars. Le Président américain Donald Trump s'est même dit prêt à taxer la totalité des importations chinoises, puisqu'il envisageait le mois dernier d'imposer des droits de douane supplémentaires sur... 500 milliards de dollars d'importations en provenance de Chine.

Le nouveau volet de négociation n'implique pas de très haut responsable, et les précédents volets n'avaient pas accouché de grands progrès. Les marchés financiers pourraient donc attendre d'en savoir plus avant de trop s'enthousiasmer.

Quelles statistiques en Europe ?

L'économie allemande a légèrement accéléré au deuxième trimestre. Selon les données préliminaires de l'Office fédérale de la statistique, le PIB, ajusté des effets calendaires et des variations saisonnières, a augmenté de 0,5% sur la période après +0,4% au trimestre précédent. La demande intérieure a soutenu la croissance avec une augmentation des dépenses privées et publiques. Sur un an, le PIB affiche une hausse de 2,3% après +1,4% au cours des trois premiers mois de l'année. Le consensus tablait sur une croissance de 0,4% en séquentiel et de 2,5% en glissement annuel.

L'indice ZEW allemand est resté négatif en août. Il remonte toutefois la pente puisqu'il ressort à -13,7 points après -24,7 en juillet, et contre -20,1 de consensus. L'indice relatif à la situation actuelle s'établit pour sa part à 72,6, contre 72,4 le mois précédent et 72,3 de consensus.

Le PIB, corrigé des variations saisonnières, a progressé davantage qu'attendu au deuxième trimestre dans la zone euro. Selon la première estimation d'Eurostat, la croissance atteint 0,4% sur la période, comme au cours des trois premiers mois de l'année. Sur un an, le PIB affiche une hausse de 2,2% après +2,5% au premier trimestre. Le consensus tablait respectivement sur des progressions de 0,3% et 2,1%.

La production industrielle, corrigée des variations saisonnières, a cependant diminué de 0,7% dans la zone euro en juin, d'après Eurostat. En mai 2018, la production industrielle avait augmenté de 1,4%. En glissement annuel, elle progresse de 2,5% contre 2,6% en mai. Le marché tablait sur un repli limité à 0,4% en séquentiel et sur une progression de 2,4% sur un an.

L'inflation annuelle a légèrement accéléré dans la zone euro en juillet. Selon les données finales d'Eurostat, les prix à la consommation ont progressé de 2,1% le mois passé après une hausse de 2% en juin. L'inflation annuelle ajustée ('core') ressort à 1,1% contre 0,9% un mois auparavant. Des chiffres en ligne avec les attentes du marché. En séquentiel, les prix 'core' reculent en revanche de 0,5%.

On notait également cette semaine la baisse surprise du taux de chômage britannique sur le trimestre clos fin juin. Selon l'Office national de la statistique, le taux de chômage a reculé de 0,2 point sur la période, à 4%, un niveau plus observé depuis 43 ans ! Le marché tablait sur une stabilité, à 4,2%. Malgré ce marché du travail de plus en plus tendu, les salaires peinent toujours à accélérer. Le salaire hebdomadaire moyen, hors bonus, a progressé de 2,7% en juin, contre 2,8% le mois précédent. Il reste toutefois supérieur à l'inflation (2,4%). Alors que la Banque d'Angleterre a rehaussé ses taux début août, les responsables monétaires britanniques estiment que les pressions inflationnistes vont se renforcer, les pénuries de main-d'oeuvre obligeant certains employeurs à augmenter les salaires.

Les valeurs

Scor (+7% sur la semaine) a surperformé sans actualité précise cette semaine. Aegon avait annoncé la semaine dernière la cession à Scor Global Life de la quasi-totalité de sa part résiduelle dans la réassurance vie aux Etats-Unis. Transamerica, la filiale américaine du groupe néerlandais, avait déjà vendu l'essentiel de ses activités de réassurance vie à Scor Global Life en 2011 et 2017. La transaction, qui porte sur 700 M$ d'engagements, devrait se solder par une perte avant impôt d'environ 90 millions d'euros pour Aegon.

Altran (+7% sur cinq jours) a repris des couleurs cette semaine, alors que certains investisseurs jugent la chute récente excessive. Portzamparc est même allé plus loin il y a quelques jours en intégrant le dossier dans sa 'short-list' du mois d'août ! L'analyste cible désormais un cours de 11,7 euros sur le dossier.

Eramet (-13% sur la semaine) revient au plus bas de près d'un an et cède maintenant plus de la moitié de sa valeur depuis les pics du printemps dernier. La mauvaise pente des matières premières explique cette chute, dans un contexte d'incertitude à l'international et de vigueur du dollar. Sur le front des tensions internationales, les Etats-Unis ont donc averti la Turquie que de nouvelles sanctions économiques seraient instaurées par Washington contre Ankara si le pasteur américain Andrew Brunson n'était pas libéré...

Côté fondamentaux, les semestriels d'Eramet publiés fin juillet ont déçu le marché. La croissance s'est limitée à 1%, pour des revenus de 1.813 ME (+11% à périmètre et change constants), avec des ventes de 978 sur le seul deuxième trimestre. Le ROC progresse de "seulement" 15% à 432 ME, en-dessous des attentes, dans les mêmes proportions que le RNPG qui s'inscrit en hausse de 16% à 94 ME.

CGG (-8% sur cinq jours) a piqué du nez pour les mêmes motifs cette semaine, dans un contexte sectoriel difficile.

TechnipFMC (-8% sur la semaine) a trébuche avec le secteur, malgré un conseil de broker. Jefferies est passé de 'conserver' à 'acheter' cette semaine, en relevant son cours cible de 26 à 33 euros...

Dans le secteur parapétrolier, Vallourec a pour sa part corrigé de 5% sur la semaine.

SoLocal (-8% sur cinq jours) n'a pas échappé à la purge cette semaine, sans actualité spécifique toutefois.

Valeo (-5% sur la semaine). La valeur était victime cette semaine d'une note de HSBC, qui a dégradé sa recommandation d''acheter' à 'conserver' tout en coupant sa cible de 65 à 45 euros.

Soitec (-6% sur cinq jours) a fortement corrigé cette semaine avec le compartiment des semi-conducteurs. En fin de semaine, l'équipementier américain Applied Materials a confirmé les craintes des opérateurs par de bien faibles prévisions. Les estimations de Nvidia n'ont pas non plus convaincu. STMicroelectronics a suivi la même tendance en bourse cette semaine (-6% sur cinq séances).

Ubisoft (-6% sur cinq jours) trébuche cette semaine, avec les craintes sectorielles liées à la Chine et les prises de bénéfices.

Maisons du Monde a corrigé de 6% sur la semaine, Fnac Darty d'environ 5%.

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