Marchés : l'Asie boursière retombe malgré le rebond de Wall Street

Marchés : l'Asie boursière retombe malgré le rebond de Wall Street©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 11 mars 2020 à 07h29

L'heure est à la rechute dans la zone Asie-Pacifique ce mercredi matin, avec des replis qui s'étagent de -0,5% à Shanghai et Hong Kong jusqu'à -2% en moyenne à Tokyo, en passant par des reculs de 1% à Taiwan et Singapour... Autant dire que la tendance reste fragile malgré le gros rebond de Wall Street hier soir. Le marché US a repris en moyenne 5% après sa pire journée depuis la crise financière de 2008, les investisseurs espérant l'adoption aux Etats-Unis d'un plan de soutien et des mesures fiscales pour soutenir l'activité face aux risques posés par l'épidémie de coronavirus, même si pour le moment, rien n'est encore acté... Le pétrole a aussi vivement rebondi de 10% après s'être écroulé de près de 25% lundi et les taux souverains se sont réajustés à la hausse, après avoir atteint des plus bas historiques la veille.

A la clôture, l'indice Dow Jones a repris 4,89% à 25.018 points (après un plongeon de 7,8% lundi), tandis que l'indice large S&P 500 a regagné 4,94% à 2.882 pts (-7,60% lundi) et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a rebondi de 4,95% à 8.344 pts (-7,3% lundi). Lundi, les indices américains avaient vécu leur pire séance depuis la crise financière de 2008, frôlant un marché baissier ("bear market") caractérisé par une baisse de 20% par rapport aux derniers pics...

Un fonds européen de 25 milliards d'euros

En Europe, la fin de séance a été décevante hier soir, à l'image du rebond de la matinée à Paris qui n'a pas tenu la distance puisque le CAC40 a finalement perdu 1,5%. Dans la soirée, la Commission européenne a annoncé vouloir créer un fonds doté de 25 milliards d'euros, à partir de ressources existantes. Les règles budgétaires seront interprétées avec souplesse pour aider les pays de l'UE à surmonter les conséquences économiques de l'épidémie de coronavirus, ont par ailleurs annoncé les dirigeants européens. Les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 ont tenu une réunion extraordinaire en visioconférence. "Nous sommes prêts à utiliser tous les instruments qui sont nécessaires", a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, qui s'exprimait à l'issue de ce sommet européen en visioconférence. "Une application souple des règles de l'UE en particulier concernant les aides d'Etat et le Pacte de stabilité et de croissance sera nécessaire", a-t-il ajouté.

S'exprimant à ses côtés, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a précisé que des directives sur une utilisation plus souple des règles communautaires en matière de budget et de subventions seraient prêtes d'ici la fin de la semaine.
Elle a donc également annoncé la création d'un fonds d'investissement de 25 milliards d'euros avec déblocage rapide de 7,5 milliards pour aider les secteurs économiques les plus vulnérables à l'épidémie de coronavirus, qui perturbe les chaînes d'approvisionnement et frappe durement le tourisme et le secteur du transport aérien notamment.
"Cet instrument atteindra rapidement 25 milliards d'euros. Pour y parvenir, je proposerai cette semaine au Conseil et au Parlement de libérer 7,5 milliards d'euros de liquidités d'investissement", a poursuivi Ursula von der Leyen.

Dans les semaines à venir...

Ces 7,5 milliards sont des fonds européens que les gouvernements nationaux n'ont pas été en mesure de dépenser en raison de complexités administratives. Au lieu d'être renvoyés à Bruxelles, les Etats pourront les utiliser pour soutenir leur économie, a précisé un responsable européen à Reuters...
Le total de 25 milliards d'euros sera atteint en ajoutant des "fonds structurels" déjà promis aux pays de l'UE dans le cadre du budget actuel de l'Union européenne, a poursuivi ce responsable, ajoutant que, sans ce mécanisme, il aurait pu être difficile de les dépenser.
Ces fonds devraient commencer à être disponibles dans les semaines à venir, a précisé Ursula von der Leyen, selon laquelle ils seront orientés vers les systèmes de santé, les petites entreprises et le marché du travail.
Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se retrouveront pour un conseil européen "physique" les 26 et 27 mars à Bruxelles.

Washington prépare des mesures de soutien fiscales

Le projet de mesures de soutien évoqué par Donald Trump, qui avait donné jusqu'ici l'impression de minimiser les risques liés au Covid-19, laisse espérer des initiatives rapides en matière fiscale. Le président américain a ainsi promis des actions "très spectaculaires", citant un éventuel allègement de charges et de taxes sur les salaires, ainsi que des prêts qui pourraient être consentis aux entreprises des secteurs les plus affectés...
Les détails d'un éventuel plan de soutien restent cependant encore flous. Selon la presse américaine, Donald Trump, lors d'un déjeuner mardi avec des sénateurs républicains, a énuméré une série de mesures sans présenter de plan précis. Selon l'agence 'Bloomberg', le président aurait notamment dit qu'il souhaitait purement et simplement suspendre la taxe sur les salaires jusqu'à l'élection présidentielle de novembre. Il a aussi affirmé qu'il prévoyait une aide pour les entreprises du transport et de l'hôtellerie, qui ont été parmi les plus affectées par la crise du coronavirus, a indiqué le sénateur Lindsey Graham cité par 'Bloomberg'.

Dans une déclaration à la presse, Trump a voulu temporiser et calmer les attentes. Donald Trump a ainsi de nouveau appelé au calme face au Covid-19. "Cela va s'en aller... Restez calme. Cela va s'en aller", a-t-il dit, après sa rencontre au Capitole avec les parlementaires républicains. "Nous voulons protéger notre secteur maritime, notre secteur des croisières, les navires de croisière. Nous voulons protéger notre secteur aérien", a-t-il ajouté dans entrer dans les détails.
En fin de semaine dernière, le Congrès américain et Donald Trump avaient débloqué une aide d'urgence de 8,3 milliards de dollars pour le traitement et la prévention du coronavirus.

Rebond technique du pétrole

Les cours du pétrole se sont offert en parallèle un rebond technique, après s'être effondrés lundi de près de 25%, suite à l'échec de la réunion de l'Opep+ et la décision de l'Arabie saoudite d'augmenter à nouveau sa production à partir d'avril.

Le cours du baril de brut léger américain (WTI) a regagné 10% à 33,36$ (contrat à terme d'avril coté sur le Nymex) après une chute de 24,7% lundi, tandis que le Brent de mer du Nord a rebondi de plus de 10% à 37,90$, après avoir plongé de 24% (contrat à terme de mai sur le Nymex). Les deux principales variétés de pétrole abandonnent toujours plus de 40% depuis le début de l'année. La perte de lundi a été la pire pour l'or noir depuis la première guerre du Golfe en 1991...

Réserve fédérale et BCE attendues

Sur le marché des changes, l'euro consolide autour des 1,1350/$. La Réserve fédérale américaine, qui se réunira les 17 et 18 mars, dispose encore d'une marge de manoeuvre pour baisser ses taux d'intérêt directeurs après son geste d'assouplissement opéré en urgence de 0,5 pt la semaine passée.
Aux Etats-Unis, Donald Trump s'en est une nouvelle fois pris à la Réserve fédérale, hier mardi, réclamant de nouvelles baisses de taux, après celle d'un demi-point effectuée le 3 mars. "Notre pathétique et lente Réserve Fédérale, dirigée par Jay Powell, qui a relevé les taux trop vite et les a abaissés trop tard, devrait ramener nos Taux vers le bas au niveau de ceux des nations concurrentes. Ils disposent maintenant d'un avantage allant jusqu'à deux points, avec une aide encore plus importante sur les devises. Stimulez aussi!", a lancé le président américain sur Twitter.

Sur les marchés de la dette souveraine, les taux d'intérêts ont rebondi mardi, après s'être effondrés depuis une semaine à leurs plus bas historiques... Aux Etats-Unis, le taux du T-Bond à 10 ans est remonté à 0,80%, un bond de 26 points de base (sa plus forte hausse quotidienne depuis juin 2009) dans l'espoir d'un plan de soutien budgétaire aux Etats-Unis. En Europe, le rendement du Bund allemand à 10 ans a fini à -0,80% (+6 pdb) et celui de l'OAT française à 10 ans a fini à -0,31% (+8 pdb).

La banque centrale européenne se réunira de son côté jeudi pour décider des mesures de soutien à apporter à l'économie de la zone euro. Elle pourrait réduire encore son taux de dépôt (actuellement négatif à -0,4%) et réorienter ses programmes de rachat d'actifs ("QE3") et de prêts bancaires ciblés (TLTRO) pour soutenir les entreprises confrontées à des problèmes liés au Covid-19.

Les marchés craignent désormais que cette crise du Covid-19 n'entraîne une récession mondiale au premier semestre 2020. Shamik Dhar, chef économiste chez BNY Mellon Investment, estime ainsi qu'"un fort ralentissement de la croissance mondiale cette année semble probable, voire une récession mondiale au premier semestre".
De son côté, Joachim Fels, le conseiller économique en chef de Pimco, l'un des plus importants fonds d'investissements du monde, estime que le pire reste à venir pour l'économie mondiale. Interviewé dimanche par l'agence 'Bloomberg', il a notamment estimé que les Etats-Unis et l'Europe sont confrontés à la "possibilité réelle" d'une récession technique au cours du premier semestre. L'économiste a toutefois précisé que si l'épidémie de coronavirus atteint un pic dans les deux prochains mois, il est probable que la récession soit de courte durée...

La propagation du Covid-19 "pratiquement jugulée" en Chine ?

Alors que le bilan du Covid-19 continue de croître dans le monde a un rythme soutenu, en Chine, l'épidémie semble être sur le point d'être maîtrisée. Le président chinois Xi Jinping a effectué mardi matin une visite surprise à Wuhan, d'où est partie l'épidémie. Cité par l'agence officielle 'Chine nouvelle', le président chinois a jugé à cette occasion que "la propagation de l'épidémie est pratiquement jugulée".

Fin janvier, les autorités chinoises avaient placé en quarantaine la province du Hubei, soit environ 56 millions de personnes, confinées chez elles depuis bientôt deux mois. Les mesures de confinement vont désormais être progressivement levées au sein de la province du Hubei, dont les habitants sont invités à reprendre leurs activités professionnelles normales. Mardi, le nombre de nouvelles contaminations s'est établi à "seulement" 19 dans toute la Chine...

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