Marchés : l'Asie boursière tente un rebond, mesures de soutien à l'appui

Marchés : l'Asie boursière tente un rebond, mesures de soutien à l'appui©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 10 mars 2020 à 07h26

L'heure est au rebond dans la zone Asie-Pacifique ce mardi matin, avec des gains qui s'étagent de 0,2% à Taiwan, jusqu'à 3% à Sydney, en passant par des sursauts de +1,6% à Shanghai, +2,2% à Hong Kong, +2% à Singapour ou +1,06% à Tokyo. Autant dire que la tendance reste fragile au lendemain du décrochage général des marchés dans le sillage du plongeon de 25% du pétrole. Les places européennes ont corrigé de manière spectaculaire avec des replis allant d'environ 6 à 11% pour la bourse de Milan, tandis que le gouvernement italien a décidé d'étendre les mesures de confinement à l'ensemble du pays hier soir.

Ce matin, le baril de brut rebondit au-dessus des 37$ le brent sur des achats spéculatifs, tandis que les mesures de soutiens économiques devraient se succéder au travers le monde...
Dans la soirée de lundi, le président américain a déclaré qu'il rencontrerait ce mardi les républicains de la Chambre des représentants et le leader de la majorité républicaine au Sénat pour discuter d'une possible réduction de l'impôt sur les salaires et d'une aide "substantielle" que pourraient recevoir "ceux qui sont payés à l'heure" pour qu'ils ne soient pas pénalisés par la situation sanitaire. Donald Trump a également évoqué des prêts aux petites entreprises et a expliqué travailler de près avec les industries dans les secteurs aérien et hôtelier, ainsi qu'avec les croisiéristes, frappés de plein fouet par le coronavirus.

En fin de semaine dernière, le président américain avait débloqué une aide d'urgence de 8,3 milliards de dollars pour le traitement et la prévention de la COVID-19...

Le clash spectaculaire entre la Russie et l'Arabie saoudite qui a déclenché le krach pétrolier hier a laissé les indices KO debout, même si le baril poursuit son rebond ce matin à 37,20$ le brent après avoir basculé initialement dans la zone des 30$ après l'annonce de l' échec de la réunion de l'Opep+. A l'issue de longues tractations, la Russie a finalement repoussé la proposition de l'Opep, emmenée par l'Arabie saoudite, qui avait recommandé aux pays de l'alliance dite Opep+ de prolonger leur accord jusqu'à la fin 2020, et d'abaisser leur production commune de 1,5 million de barils par jour supplémentaires.

Clash sur le baril

Ce week-end, l'Arabie saoudite a dans la foulée de ce clash réduit drastiquement le prix de vente officiel pour le mois d'avril de toutes ses qualités de brut vers toutes les destinations. Le groupe pétrolier saoudien Saudi Aramco a ainsi fixé son prix de vente officiel pour le baril de brut léger à destination de l'Asie pour le mois d'avril à 3,10 dollars de moins que la moyenne d'Oman/Dubaï, soit une baisse de 6 dollars le baril par rapport au mois de mars.
Le groupe a aussi ramené le prix de vente du baril de pétrole brut léger vers les Etats-Unis pour avril à 3,75 dollars de moins par rapport à l'ASCI, en baisse de 7 dollars le baril par rapport à mars. Le prix de vente du baril de brut léger à destination de l'Europe du Nord et de l'Ouest a été fixé à 10,25 dollars de moins que la référence de l'Ice Brent, en baisse de 8$ le baril sur un mois.

Wall Street pris dans la tourmente, Trump tente de répondre

La Bourse de New York de son côté n'a pas vraiment fait mieux que ses homologues européennes et a plongé de plus de 7% lundi soir en clôture, les investisseurs cédant à la peur d'une récession à venir sous l'effet de la propagation du coronavirus Covid-19, qui paralyse de nombreux secteurs économiques, et de l'effondrement des cours du pétrole, qui menace les économies des pays producteurs de pétrole. Les taux d'intérêts souverains US ont dans le même temps plongé à des niveaux jamais vus, tandis que la volatilité a flambé.
A la clôture, l'indice Dow Jones a abandonné 7,79% à 23.851 points (-2.013 pts), tandis que l'indice large S&P 500 a chuté de 7,60% à 2.746 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, plonge de 7,29% à 7.950 pts.

Les indices américains ont ainsi vécu leur pire séance depuis la crise financière de 2008, et ont désormais perdu près de 20% par rapport à leur dernier sommet, ce qui les ferait entrer dans un marché baissier ("bear market").
Lundi, l'indice VIX de la volatilité (aussi appelé "l'indice de la peur") a flambé de 30%, pour approcher les 55 points, au plus haut depuis la crise des "subprimes" de 2008-2009... Le Vix avait culminé à environ 70 en octobre 2008, juste après la faillite de la banque Lehman Brothers, qui avait déclenché la crise financière.

Les banques centrales à la manoeuvre

Sur le marché des changes, l'euro s'est encore apprécié nettement lundi face au dollar, bondissant à 1,1455$, avant de revenir à 1,1370/$ ce matin. Les investisseurs estiment que la Réserve fédérale américaine dispose en effet d'une marge de manoeuvre plus importante pour baisser ses taux d'intérêts directeurs que la BCE, qui se réunira jeudi pour décider des mesures de soutien à apporter à l'économie de la zone euro.
Rappelons que la Fed a déjà agi en urgence la semaine dernière en abaissant ses taux directeurs de 0,5 point et devrait encore en faire de même dans une semaine à l'occasion de la réunion de son conseil monétaire.

Les taux d'intérêt sur les emprunts d'Etat ont poursuivi leur chute lundi après leur glissade de ces deux dernières semaines : le rendement du Bund allemand à 10 ans est tombé à un plus bas historique à -0,86% (contre -0,71% vendredi) et celui de l'OAT française a fini à -0,39% contre -0,35% vendredi. Aux Etats-Unis, le taux du T-Bond à 10 ans a plongé à 0,54%, contre 0,76% vendredi soir et 1,90% début janvier.

Récession mondiale ?

Les marchés craignent désormais que cette crise du Covid-19 n'entraîne une récession mondiale au premier semestre 2020. Shamik Dhar, chef économiste chez BNY Mellon Investment, estime ainsi qu'"un fort ralentissement de la croissance mondiale cette année semble probable, voire une récession mondiale au premier semestre".
De son côté, Joachim Fels, le conseiller économique en chef de Pimco, l'un des plus importants fonds d'investissements du monde, estime que le pire reste à venir pour l'économie mondiale. Interviewé dimanche par l'agence 'Bloomberg', il a notamment estimé que les Etats-Unis et l'Europe sont confrontés à la "possibilité réelle" d'une récession technique au cours du premier semestre. L'économiste a toutefois précisé que si l'épidémie de coronavirus atteint un pic dans les deux prochains mois, il est probable que la récession soit de courte durée...

Donald Trump a tenté de conserver son calme sur Twitter en rappelant : "La MEILLEURE décision prise était la plus dure d'entre elles - qui a sauvé de nombreuses vies. Notre décision TRÈS rapide de stopper les voyages vers et en provenance de certaines parties du monde !" Trump félicitant par ailleurs le vice-président Mike Pence et sa 'CoronaVirus Task Force' pour leur "excellent travail".

Le leader américain a relativisé l'épidémie en comparant les chiffres du coronavirus à ceux de la grippe saisonnière, dont 37.000 Américains ont péri l'an dernier. "Elle fait en moyenne 27.000 à 70.000 (morts) par an. Rien n'est fermé, la vie & l'économie continuent. A cet instant, il y a 546 cas confirmés de CoronaVirus et 22 morts. Pensez-y !"

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