Marchés : l'Asie campe dans le rouge, Shanghai et Seoul résistent

Marchés : l'Asie campe dans le rouge, Shanghai et Seoul résistent©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 02 avril 2020 à 07h28

Les places de la zone Asie-Pacifique reculent encore ce jeudi, à l'image de Bombay qui chute de 4%, suivi de Sydney (-2%) et de la Bourse de Tokyo en repli de 1,4%. Singapour abandonne 1%, Taiwan glisse de 0,5%, Hong Kong perd 0,2% mais Shanghai monte de 0,2% et Seoul reprend 0,7%. La Bourse de New York a entamé le 2e trimestre en nette baisse, hier soir, les investisseurs prenant un peu plus conscience que la crise du coronavirus menace d'affecter durablement l'économie américaine, alors que la pandémie continue d'accélérer aux Etats-Unis, le cap des 1.000 décès ayant été franchi sur la seule journée d'hier. Depuis mardi soir, Donald Trump a changé de ton, plus dramatique, prévoyant que les deux prochaines semaines seraient "très, très douloureuses". La Maison Blanche s'attend désormais à jusqu'à 240.000 décès outre-Atlantique, et a confirmé la prolongation des mesures de confinement jusqu'à la fin avril...

A la clôture, l'indice Dow Jones a perdu 4,44% à 20.943 points, tandis que l'indice large S&P 500 a reculé de 4,41% à 2.470 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a lâché 4,41% à 7.360 pts.
Au premier trimestre, le Dow Jones avait plongé de plus de 23% et le S&P 500 de 20%. Le DJ, qui existe depuis 124 ans, n'avait fait pire qu'au 4e trimestre 1987, avec une chute de 25%, et le S&P 500 n'avait connu une telle déroute qu'au 4e trimestre 2008 pendant la crise des "subprimes". Le Nasdaq a perdu 14,2% sur le 1er trimestre, sa pire performance trimestrielle depuis la crise de 2008 ici aussi...

Inquiétudes pour les résultats et les dividendes

Les analystes commencent à intégrer le scénario d'une crise durable, qui va non seulement laminer les bénéfices des entreprises mais aussi réduire, voire suspendre le versement de dividendes et les programmes de rachat d'actions. Autant de facteurs qui pourraient entraîner une rechute des marchés boursiers dans les prochaines semaines.
Les analystes tablent désormais sur une baisse de 9,6% des bénéfices du S&P-500 au deuxième trimestre et à un recul de 2% sur l'année, selon le consensus IBES Refinitiv. Des données sans aucun doute appelées à être révisées à la baisse...

Le plan américain de soutien budgétaire (baptisé CARES : Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security) prévoit que toute société ayant bénéficié d'emprunts garantis par l'Etat ne pourra plus verser de dividendes avant d'avoir remboursé en totalité ces prêts. Même les sociétés n'ayant pas besoin de recourir à ce soutien d'Etat seront tentées de réduire leurs dividendes et leurs rachats d'actions afin de conserver de la trésorerie pour faire face à la crise actuelle...
Dans une étude consacrée aux entreprises versant des dividendes, l'analyste de Goldman Sachs, Cole Hunter, a estimé que les dividendes du S&P 500 allaient reculer de 20% en 2020. En Europe, les grandes banques britanniques ont annoncé mercredi un gel de la distribution de dividendes : Barclays, HSBC, Lloyds, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered. Société générale et Natixis ont fait de même en France.

Les statistiques soulignent déjà les dégâts du Covid-19

Jour après jour, les statistiques économiques montrent les dégâts causés par la coronavirus aux Etats-Unis. Sur le front de l'emploi, la publication mercredi, de l'enquête ADP dans le secteur privé a montré que ce dernier a détruit 27.000 emplois en mars. Ce chiffre est inférieur aux attentes, mais l'enquête a été arrêtée au 12 du mois, alors que l'impact du Covid-19 a fortement augmenté dans la 2e partie du mois. Les chiffres complets de l'emploi US en mars sont attendus ce vendredi, précédés jeudi des demandes d'indemnisation de chômage pour la semaine achevée le 28 mars.

Lors de la semaine close au 21 mars, les inscriptions au chômage se sont envolées à un niveau record de 3,283 millions contre seulement 282.000 la semaine précédente. Les experts s'attendent désormais à ce que le taux de chômage grimpe entre 10% et 15% dans les prochains mois, compte-tenu du nombre d'entreprises ayant gelé leur activité face à l'épidémie.

Sur le plan sanitaire, Donald Trump a désormais pris la mesure de l'ampleur de la pandémie, après en avoir longtemps minimisé sa gravité. La Maison Blanche anticipe désormais entre 100.000 et 240.000 morts aux Etats-Unis, "si les mesures actuelles de distanciation sociale, qui ont été prolongées jusqu'au 30 avril, sont correctement appliquées"... Si ces mesures n'étaient pas prises, le nombre de morts pourrait atteindre 1,5 à 2,2 millions, a précisé l'administration Trump.

Du côté politique, le Congrès comme la Maison Blanche préparent déjà un nouveau plan d'investissement, après le plan de 2.200 milliards de dollars adopté en fin de semaine dernière et deux autres "packages" moins élevés adoptées la semaine précédente. Donald Trump a ainsi exhorté mardi le Congrès à approuver un nouveau plan d'investissement de 2.000 Mds$ dans les infrastructures du pays (routes, ponts, aéroports...)

Poutine et Trump à la manoeuvre sur le pétrole

Les cours du pétrole remontent ce jeudi, après avoir vécu le pire trimestre de leur histoire avec un effondrement des 2/3 en 3 mois. Le Brent de mer du Nord grimpe à 26,35$ ce matin, alors que Donald Trump a dit cette nuit s'attendre à ce que la Russie et l'Arabie saoudite concluent dans les prochains jours un accord sur la production de pétrole afin de mettre fin à la guerre des prix que se livrent Moscou et Riyad qui a selon lui "ravagé" l'industrie pétrolière mondiale.
"Je pense qu'ils vont régler cela dans les prochains jours (...) Elles savent toutes les deux ce qu'elles doivent faire", a déclaré Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison blanche, sans indiquer les raisons de son optimisme.
"Dans le monde entier, l'industrie pétrolière a été ravagée", a souligné le président américain, alors que les prix du brut ont atteint un plus haut de 18 ans. Il a ajouté vouloir que l'industrie pétrolière redevienne "comme elle était auparavant". La Russie et l'Arabie saoudite vont finir par conclure un accord "à un moment donné", a dit Donald Trump, "parce que c'est une très mauvaise situation pour la Russie, très mauvaise pour l'Arabie saoudite".

Plus tôt dans la journée, le président russe Vladimir Poutine avait appelé les pays producteurs et consommateurs de pétrole à trouver une solution, face à l'effondrement des cours.
La demande mondiale de pétrole a plongé de 20% à 25% ces dernières semaines en raison de la crise du Covid-19, selon les experts. Malgré cela, la guerre des prix entre l'Arabie saoudite et la Russie entraîne une hausse de l'offre de brut sur des marchés où les stocks débordent. Ainsi, les stocks américains publiés mercredi pour la semaine close au 27 mars, ont montré une envolée de 13,8 millions de barils à 469,2 mb, contre un consensus de +3,3 mb.

Sur le marché des changes, le dollar est reparti à la hausse. L'indice du dollar, qui reflète son évolution face à 6 devises de référence (euro, livre sterling, franc suisse, dollar canadien, yen et couronne suédoise) a gagné 0,36% à 99,40 points, tandis que l'euro a cédé 0,58% à 1,0956$. Sur les marchés obligataires, les taux ont reculé, le rendement du T-Bond à 10 ans lâchant 7 points de base à 0,60%.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.