Marchés : l'Asie rechute lourdement, Trump accuse l'Europe

Marchés : l'Asie rechute lourdement, Trump accuse l'Europe©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 12 mars 2020 à 07h14

Les marchés de la zone Asie-Pacifique rechutent sur un large front ce jeudi matin, alors que Donald Trump a annoncé cette nuit qu'il interdisait désormais aux ressortissants de 26 pays européens de se rendre aux Etats-Unis, pour une durée de 30 jours à compter de vendredi minuit, afin de lutter contre la propagation de l'épidémie de coronavirus. Le Royaume-Uni n'est pas concerné par cette décision brutale...

Sydney plonge de plus de 7%, Bombay lâche 6,7%, alors que la Bourse de Tokyo abandonne 4,5%, suivi de Seoul et de Taiwan en repli de 4%. Hong Kong et Singapour perdent 3,5%, Shanghai limite la casse à -1,6%.
Le président américain, visiblement pris de vitesse par la pandémie, a donc tenté de reprendre la main dans le cadre d'un discours adressé à la nation cette nuit, en fermant les frontières du pays aux Européens. Donald Trump a aussi annoncé plusieurs mesures économiques destinées à compenser l'impact du coronavirus sur les entreprises américaines. Il s'agit des mesures les "plus agressives et complètes jamais prises dans l'histoire moderne pour lutter contre un virus étranger", a-t-il expliqué depuis le Bureau ovale de la Maison blanche. "Je suis convaincu qu'en continuant de prendre ces mesures strictes, nous allons atténuer de manière significative la menace pour nous citoyens, et nous finirons par vaincre rapidement ce virus", a ajouté le président américain.

Trump corrige le tir

Après avoir laissé entendre dans son allocution que le "commerce et le fret" venant d'Europe seraient aussi interdits, Donald Trump est revenu sur ses remarques en déclarant quelques instants plus tard que le "commerce ne sera en aucun cas affecté". "La restriction bloque les personnes, pas les marchandises", a-t-il précisé sur Twitter.

Donald Trump joue désormais clairement son prochain mandat à la tête des Etats-Unis sur la gestion de cette crise sanitaire de grande ampleur. Dans son discours, le président américain a d'ailleurs reproché à l'Europe d'être en partie responsable de la propagation du coronavirus aux Etats-Unis.
"L'Union européenne a échoué à prendre les mêmes précautions et restrictions de voyage pour la Chine et d'autres zones sensibles. Par conséquent, un nombre important de nouveaux foyers de contamination aux Etats-Unis ont été semés par des voyageurs venus d'Europe", a déclaré Trump.
Le département a précisé que les restrictions ne concernaient pas les personnes disposant d'un titre de résidence permanente aux Etats-Unis, ni les parents de citoyens américains.

Pas plus tard que mardi, Donald Trump avait appelé au calme face au Covid-19 : "Cela va s'en aller... Restez calme. Cela va s'en aller", avait-il expliqué, après sa rencontre au Capitole avec des parlementaires républicains. "Nous voulons protéger notre secteur maritime, notre secteur des croisières, les navires de croisière. Nous voulons protéger notre secteur aérien".
En fin de semaine dernière, le Congrès américain et Donald Trump avaient débloqué une aide d'urgence de 8,3 milliards de dollars pour le traitement et la prévention du coronavirus.

Wall Street rechute

Hier soir, la Bourse de New York a terminé en net recul après avoir tenté un rebond mardi soir, accroissant ses pertes après la décision de l'OMS de qualifier officiellement le coronavirus de pandémie, car il affecte désormais l'ensemble de la planète. Le Covid-19 a désormais touché près de 125.000 personnes dans le monde et a tué au moins 4.589 patients, dont plus de 1.400 hors de Chine (et 31 aux Etats-Unis). Les marchés s'inquiètent désormais des risques de récession mondiale, tandis que les gouvernements et les banques centrales adoptent des mesures de soutien, sans donner pour autant un sentiment de coordination qui rassurerait davantage les investisseurs...

A la clôture, l'indice Dow Jones a dévissé de 5,86% à 23.553 points (après +4,8% mardi et -7,8% lundi), tandis que l'indice large S&P 500 a lâché 4,89% à 2.741 pts (+4,94% mardi et -7,60% lundi) et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a perdu 4,7% à 7.952 pts (+4,95% mardi et -7,3% lundi). Le Dow Jones est tombé dans un marché baissier ("bear market") caractérisé par une baisse de plus de 20% par rapport à ses derniers pics, et les deux autres indices frôlent ce seuil...

L'OMS s'inquiète de l'inaction de la communauté internationale

L'Organisation mondiale de la santé a requalifié mercredi soir le Covid-19, passant d'une épidémie à une "pandémie", dans la mesure où elle se propage désormais dans le monde entier. L'OMS a en outre tiré la sonnette d'alarme, s'inquiétant des "niveaux alarmants de propagation" de la maladie mais aussi de l'"inaction" de la communauté internationale.
"Dans les jours et les semaines à venir, nous nous attendons à voir le nombre de cas, le nombre de décès et le nombre de pays touchés augmenter", a averti le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse à Genève.

Face la menace sanitaire, les autorités politiques et monétaires s'activent pour soutenir leurs économies face à la désorganisation de l'activité et la chute de la demande... La crise se double d'un krach pétrolier qui risque d'affecter les pays producteurs, les cours du pétrole ayant plongé de plus de 35% en une semaine, après l'éclatement de l'accord entre l'Opep et la Russie. Les cours du baril Brent sont repartis en baisse ces dernières heures à 34$, alors que l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont annoncé mercredi de nouvelles hausses de production pour avril, ce qui équivaut à inonder un marché déjà gorgé d'or noir...

La BoE baisse ses taux, la BCE très attendue jeudi

En Europe, les annonces se multiplient depuis 24h pour tenter de faire front... Alors que la BCE reste attendue pour la réunion de ce jeudi, sa présidente Christine Lagarde a assuré que l'institution étudiait tous les outils à sa disposition, particulièrement ceux permettant de fournir des financements très bon marché. Mme Lagarde a aussi prévenu les dirigeants de l'UE durant une téléconférence que sans réponse concertée, l'Europe pourrait faire face à un scénario comparable à celui de la crise de 2008...

Sans attendre sa prochaine réunion, la Banque d'Angleterre a réduit mercredi matin ses taux directeurs d'un demi-point pour les ramener à 0,25%, et a mis en place des programmes de soutien aux PME et aux banques commerciales. Le gouvernement britannique a annoncé un plan de soutien de 30 milliards de livres (34,3 MdsE), tandis que le gouvernement italien a annoncé un plan d'aide de 25 MdsE pour lutter contre l'épidémie. L'Italie est le pays européen le plus touché, le nombre de malades ayant dépassé mercredi 10.000 personnes et le nombre de morts dépassant les 630.

L'Union européenne va de son côté mettre en place un fonds d'investissement doté au total de 25 milliards d'euros, et s'apprête à assouplir les règles financières imposées à ses membres afin d'affronter cette période de crise...

L'Allemagne prête à renoncer à la règle du zéro déficit

A l'issue d'un sommet européen extraordinaire, tenu mardi soir par vidéoconférence en raison de l'épidémie, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré qu'elle allait utiliser "tous les instruments à disposition" pour soutenir les économies affectées par l'épidémie de nouveau coronavirus.
Hier, la chancelière allemande Angela Merkel s'est dit prête, pour la première fois, à abandonner la sacro-sainte règle du zéro déficit budgétaire en Allemagne, tant critiquée à l'étranger, pour faire face aux conséquences économiques de l'épidémie. La dirigeante allemande a en outre émis un pronostic alarmiste, estimant que "60 à 70%" de la population allemande pourrait à terme être infectée par le coronavirus, si aucun traitement ni vaccin ne sont découverts dans les prochains mois.

En France, le président Emmanuel Macron doit faire une allocution télévisée ce jeudi soir à 20h. Il s'agira de sa première allocution depuis le début de la crise sanitaire. Le président de la République pourrait à cette occasion annoncer le passage en phase 3 de l'épidémie.

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