Marchés : la Fed sous pression pour baisser ses taux

Marchés : la Fed sous pression pour baisser ses taux©Boursier.com

Boursier.com, publié le samedi 30 mars 2019 à 16h40

L'administration Trump a sorti la grosse artillerie à la veille du week-end pour tenter d'influencer la politique monétaire de la Fed, mettant à rude épreuve cette institution respectée par les marchés pour son indépendance, et fragilisant son président Jerome Powell, cible régulière des critiques de Donald Trump.

Le président américain n'a cessé de tempêter contre les hausses de taux de la Fed (trois en 2017 et quatre en 2018, avant une pause annoncée pour 2019), accusées d'avoir freiné la croissance économique des Etats-Unis. Donald Trump a renouvelé vendredi soir ces critiques via Twitter :"Si la Fed n'avait pas commis l'erreur de relever les taux d'intérêt, surtout quand il y a très peu d'inflation (...), la croissance du PIB à 3% et la Bourse seraient bien plus élevées et les marchés mondiaux en bien meilleure position", a lancé le président américain.

La Maison Blanche réclame une baisse des taux "immédiate"

Un peu plus tôt, le conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow, avait appelé la banque centrale à baisser ses taux "immédiatement" d'un demi-point, pour les ramener entre 1,75% et 2% contre une fourchette de 2,25% à 2,50% actuellement.

"Je me fais l'écho de la vision du président" Trump, a indiqué M. Kudlow sur le site web 'Axios', puis sur la chaîne sur 'CNBC', ajoutant que la Fed n'aurait pas dû relever son taux directeur au-delà de 2%. Mercredi, Stephen Moore, l'économiste que Donald Trump a nommé au Conseil de la Fed avait lui aussi jugé que la Fed devrait immédiatement réduire le taux des fonds fédéraux d'un demi-point.

Larry Kudlow a toutefois précisé à 'CNBC' que la Maison blanche n'avait pas l'intention de limoger le président de la Fed, Jerome Powell.

La Fed a nettement infléchi sa politique monétaire depuis le 20 mars

Stephen Moore (dont la nomination à la Fed doit encore être approuvée par le Sénat américain) avait justement appelé récemment dans une tribune au limogeage de Jerome Powell... Interviewé par 'Bloomberg Television', M. Moore a affirmé le 22 mars que cet appel avait "probablement été écrit dans un moment de colère" en raison de la hausse de taux de décembre. Un tour de vis qui a été une "très importante erreur", a-t-il jugé.

Face au ralentissement de la croissance économique, la Réserve fédérale a changé depuis décembre son approche, adoptant une pause prolongée dans son cycle de hausse des taux. Le 20 mars, elle a révisé en baisse ses prévisions de PIB et l'inflation, et a fait savoir qu'elle interrompait son cycle de hausse des taux jusqu'à la fin de cette année.

Les marchés tablent sur une baisse des taux cette année

De nombreux investisseurs tablent même désormais sur une baisse des taux directeurs cette année.

Ainsi, l'outil "Fed Watch" du marché de Chicago CME montrait vendredi soir une forte probabilité, de 65,6%, pour que le taux des "fed funds" soit en décembre prochain inférieur à son niveau actuel (2,25%-2,50%).

La probabilité est de 41,4% pour que le taux soit de 2%-2,25% fin 2019, et elle est de 19,3% pour que ce taux redescende à 1,75%-2%. L'outil FedWatch est calculé d'après les contrats à terme sur le taux des fed funds, le principal taux directeur de la Fed.

Le vice-président de la Fed n'exclut pas un nouveau "QE" si nécessaire

De leur coté, les responsables de la Fed ne se montrent pas pressés de baisser les taux, même s'ils surveillent de près la conjoncture économique. Cinq responsables de la Fed ont souligné ces derniers jours la bonne santé de l'économie, en estimant que la récente série d'indicateurs décevants ne devrait pas se prolonger. Un discours qui écarte donc une réduction des taux dans les conditions actuelles. Le président de la Fed de New York, John Williams, notamment, a déclaré jeudi que l'économie est en "très bonne situation" et que la probabilité d'une récession en 2019 ou 2020 n'était "pas élevée".

Le vice-président de la Fed, Richard Clarida, s'est montré plus souple, en indiquant que la Fed disposait de nombreux outils en cas de dégradation conjoncturelle. La banque centrale pourrait même sortir du cadre traditionnel de sa politique monétaire si l'économie subissait des difficultés inattendues, a indiqué jeudi M. Clarida. En d'autres termes, un nouveau programme de rachat d'actifs ("QE") n'est pas exclu.

"Si nous avons un choc défavorable pour l'économie (..) la première réponse serait d'employer les outils monétaires habituels (ndlr : baisser les taux) Si cela ne suffit pas, il y a d'autres instruments dans la boîte à outils qui ont déjà été employés et il est certain qu'on les emploierait à nouveau si nécessaire", a ajouté le numéro deux de la Fed.

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