Marchés : pourquoi les taux US à 3% font peur à la Bourse

Marchés : pourquoi les taux US à 3% font peur à la Bourse©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 24 avril 2018 à 21h45

Une fois n'est pas coutume, ce sont les marchés obligataires qui ont volé la vedette aux actions, mardi, sur les marchés financiers. En effet, les taux d'intérêts sur la dette américaine ont continué de grimper, le rendement du Bon du Trésor (T-Bond) à 10 ans atteignant même l'important seuil psychologique des 3% en cours de séance, avant de se replier un peu en fin de journée pour s'installer à 2,99%.

Ce taux, qui évoluait autour de 2,4% à la fin 2017, a déjà connu une première poussée de fièvre jusqu'à 3%, le 21 février dernier, avant de se replier pour retomber à 2,73% le 2 avril. Auparavant, le rendement du T-Bond à 10 ans n'avait plus testé les 3% depuis plus de 4 ans, début 2014, mais il était alors rapidement retombé sous ce seuil.

Cette fois, les marchés craignent cependant que ce taux ne remonte durablement au-dessus des 3%, compte-tenu de plusieurs facteurs de soutien : une croissance économique solide et le retour du plein emploi aux Etats-Unis, la poursuite annoncée du cycle de hausse des taux directeurs de la Fed, et des signes de retour de l'inflation, d'autant que le cours du pétrole est remonté au plus haut depuis plus de 3 ans. En outre, la politique de Donald Trump (baisse des impôts et protectionnisme commercial), va accroître l'endettement des Etats-Unis et contribuer à une hausse de l'inflation et des taux d'intérêts.

Au-delà de 3%, les obligations deviennent plus attractives que les actions

Pourquoi ce seuil de 3% est-il si important ? En résumé, ce taux auquel emprunte l'Etat (le créancier le moins risqué) sert de référence pour les taux des autres emprunts publics (collectivités locales) et privés : emprunts immobiliers, étudiants, automobile, et bien sûr emprunts des entreprises, qu'ils soient via des prêts bancaires ou des émission obligataires. Une hausse généralisée des taux menacerait les investissements et les bénéfices des entreprises (via la hausse du coût de leur dette), et donc la croissance économique américaine, selon de nombreux analystes.

D'autres spécialistes soulignent cependant que le niveau des taux est un facteur moins déterminant que la vitesse à laquelle ceux-ci varient. Une économie en croissance, accompagnée d'une inflation raisonnable, devrait ainsi être en mesure de supporter des taux plus élevés, à condition que leur progression soit graduelle. A l'inverse, une hausse trop rapide entraînerait des perturbations difficiles à maîtriser sur l'ensemble des marchés financiers.

L'hypothèse d'un dérapage haussier des taux n'est pas majoritaire

Or, si l'effet de seuil des 3% est si redouté, c'est qu'il risque de déclencher une accélération de la hausse des coûts de la dette. Pour les investisseurs, il est un signal incitant à délaisser les marchés d'actions pour les obligations, devenues plus attractives à ce niveau de rémunération. En effet, le rendement (dividendes) des actions américaines est d'environ 1,7% pour le S&P 500, et comporte davantage de risques que la dette de l'Etat américain, qui rapporte donc désormais près de 3% par an.

La forte valorisation des marchés d'actions renforce le risque d'une accélération de la correction boursière. Malgré la récente correction des indices américains, Wall Street reste proche de ses records, après avoir aligné 9 années de hausse quasi-ininterrompue depuis la crise financière de 2008.

Pour l'instant, le risque d'un dérapage des taux à la hausse ne semble toutefois pas majoritaire. Selon une enquête menée par l'agence 'Bloomberg' auprès de 56 analystes, plus de la moitié d'entre eux s'attendent à ce que le rendement du T-Bond à 10 ans reste dans une fourchette assez étroite de 0,25 point autour de 3% (entre 2,75% et 3,25%) d'ici à la fin de l'année 2018.

L'évolution de l'inflation et l'attitude plus ou moins agressive de la Réserve fédérale en matière de politique monétaire seront les principales variables d'ajustement pour les taux.

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