Natixis : H2O continue à faire parler

Natixis : H2O continue à faire parler©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 26 juin 2019 à 15h44

Les sorties de fonds ont encore été conséquentes chez H2O Asset Management en début de semaine. Selon les dernières données récoltées par 'Bloomberg', la décollecte sur six fonds de la société de gestion britannique a dépassé la barre des 2 milliard d'euros lundi, portant les flux sortants à plus de 5,6 MdsE depuis mercredi dernier. Dans un bref communiqué, H2O AM a indiqué hier que "les sorties nettes ont considérablement ralenti depuis le lundi 24 juin. De plus, les fonds H2O ont reçu des rentrées de fonds importantes le mardi 25 juin".

Union Bancaire Privée, qui gère environ 130 milliards de dollars, a indiqué à 'Bloomberg' avoir placé les fonds de H2O 'sous revue' tout en refusant de donner la taille de l'investissement de la banque suisse ou de dire si des fonds avaient été retirés.

La suspension de la notation d'un fonds qui pose question

La filiale britannique de Natixis est dans la tourmente depuis mercredi dernier et l'annonce de la suspension de la notation d'un de ses fonds en raison d'inquiétudes sur la liquidité de certains actifs détenus en portefeuille et d'un potentiel conflit d'intérêt. Les multiples tentatives de H2O et de la banque du groupe BPCE pour rassurer le marché n'avaient jusqu'ici eu que peu d'effets.

Diverses mesures pour endiguer la crise

H2O a notamment annoncé la cession de certaines obligations privées, la dépréciation du solde de ses titres de dette privée et le renoncement, jusqu'à nouvel avis, à percevoir toute commission d'entrée sur ses fonds. La société de gestion a précisé lundi soir que la valeur cumulée des obligations de sociétés non notées en portefeuille à date représente désormais moins de 500 ME.

Natixis a dit soutenir les mesures annoncées par H2O et s'est voulue rassurante sur la liquidité des titres détenus par la société de gestion, précisant cependant avoir avancé au 21 juin l'audit périodique de sa filiale, "afin de rétablir la confiance sur la société de gestion". Pour la banque, la liquidité des fonds de H2O "est assurée et permettra de faire face à d'éventuels retraits supplémentaires si certains clients décidaient de vendre une partie de leurs fonds".

H2O, une boutique phare de Natixis

H20 était jusqu'ici une véritable success-story. Comme le rappelle 'Bloomberg', l'entreprise a introduit l'an dernier des frais d'entrée allant jusqu'à 5% pour ralentir l'afflux d'argent frais à mesure que plusieurs fonds approchaient de leur capacité maximale. Entre 2017 et la fin avril, les actifs de H2O ont doublé pour atteindre 37,6 milliards de dollars. Mais la suspension de la notation du fonds Allegro a semé le trouble, venant faire écho aux problèmes récents rencontrés par deux grands gestionnaires d'actifs européens en raison de leur exposition trop importante à des actifs jugées illiquides: le Suisse GAM et le Britannique Neil Woodford ont été contraints de geler les retraits sur certains de leurs fonds.

Un business-modèle remise en cause ?

Certains opérateurs estiment désormais que 'cette affaire' pourrait remettre en cause le modèle de boutiques développé par Natixis au cours des dernières années. Elle soulève en effet des interrogations sur l'organisation de la banque française dans le métier de gestion d'actifs et le contrôle des risques. Le titre Natixis n'a en tous cas pas été épargné par les ennuis rencontrés par sa filiale. Depuis mercredi dernier, la valeur a perdu près de 14% quand le CAC40 affiche une quasi stabilité sur la période.

Mark Carney parle de fonds qui "reposent sur un mensonge"

Mark Carney, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, y est allé de son petit mot. Si le dirigeant n'a pas expressément cité H2O, il a réprimandé les fonds d'investissement qui détiennent des actifs illiquides mais qui permettent des retraits illimités. "Ces fonds reposent sur un mensonge, c'est-à-dire que vous pouvez avoir des liquidités quotidiennes, et cela pour des actifs qui ne sont fondamentalement pas liquides". Devant un comité parlementaire, Mark Carney a ajouté : "D'un point de vue plus large autour de la structure de ces fonds, il s'agit d'une affaire importante... Vous pouvez voir quelque chose qui pourrait être systémique".

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