Patron de la BCE : "Super Mario" ou "Comte Draghila" ?

Patron de la BCE : "Super Mario" ou "Comte Draghila" ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 13 septembre 2019 à 22h10

Très attendue par les marchés financiers, la décision de la BCE de baisser ses taux et de reprendre ses rachats d'actifs a divisé jeudi le conseil de la Banque centrale européenne. Ainsi, selon des sources citées par la presse, plus d'un tiers des membres du Conseil ont fait part de leur désapprobation sur la reprise du programme de rachats d'obligations.

Le président de la BCE Mario Draghi, qui achèvera son mandat le 31 octobre, a même été ouvertement critiqué vendredi par trois membres du conseil des gouverneurs. Connus pour leurs positions de "faucon" en matière monétaire, ils ne s'étaient cependant jamais jusqu'ici exprimés aussi ouvertement contre les décisions de l'institution monétaire.

Dans une interview au quotidien allemand 'Bild', l'Allemand Jens Weidmann, président de la Bundesbank allemande - et candidat déçu à la succession de Mario Draghi, a critiqué la décision de relancer le programme d'achat massif d'obligations.

Pour l'occasion, le tabloïd a publié une caricature de Mario Draghi, rebaptisé pour l'occasion "Comte Draghila", et accusé de "sucer le sang" des épargnants allemands, en vidant leurs comptes bancaires via des taux d'intérêts négatifs.

De son côté, Klaas Knot, le président de la banque centrale néerlandaise a publié un communiqué jugeant que "ce vaste paquet de mesures, et en particulier la relance du programme d'achat d'actifs, est disproportionné par rapport à la situation économique actuelle et il y a de bonnes raisons de douter de son efficacité".

Le gouverneur de la banque centrale autrichienne, Robert Holzmann, a pour sa part déclaré craindre que la BCE n'ait commis une erreur. Elle aurait dû selon lui attendre les conclusions de l'examen en cours de sa politique, qui pourraient inclure une révision à la baisse de son objectif d'inflation, actuellement fixé à un peu moins de 2%.

"Super Mario" se lâche avant de passer le témoin à Christine Lagarde

Malgré les désaccords au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, l'institution monétaire a annoncé jeudi une série de mesures fortes, à commencer par une nouvelle baisse du taux de dépôt, de -0,4% à -0,5%, accompagnée d'un système de modulation pour épargner les banques distribuant le plus de crédit. Surtout, Mario Draghi a annoncé la reprise du programme de rachats d'actifs ("APP") de la BCE, au rythme de 20 milliards d'euros par mois, à compter du 1er novembre et sans limite de date.

Le président de la BCE, qui cédera son poste le 31 octobre prochain à Christine Lagarde, a aussi affirmé que la relance économique ne pouvait venir de la seule banque centrale, exhortant "les pays avec de la marge budgétaire" à investir, une petite phrase qui visait en premier lieu l'Allemagne.

A l'approche de la fin de son mandat, "Super Mario" a donc ressorti le "bazooka monétaire", 7 ans après son intervention la plus célèbre, qui lui a valu ce surnom. En 2012, en pleine crise de la zone euro, il avait affirmé que la BCE ferait "tout ce qui est nécessaire" ("all it takes") pour sauver la zone euro. La banque centrale européenne était alors parvenue à rétablir la confiance des marchés dans l'euro en déployant tout un arsenal de mesures non conventionnelles, dont un vaste programme de rachat d'actifs et des prêts à taux très bas aux banques.

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