Taux : l'heure du "bear market" a-t-elle sonné ?

Taux : l'heure du "bear market" a-t-elle sonné ?
William Gross Pimco

Boursier.com, publié le mercredi 10 janvier 2018 à 20h26

Redoutée depuis de nombreuses années, la remontée des taux d'intérêts, et donc la chute (voire le "krach") des prix des obligations, qui évoluent en sens inverse des taux, va-t-elle se produire cette année ?

Après environ 30 ans de baisse des taux, dont une décennie de taux proches de zéro, les banques centrales semblent en effet bien décidées, à la faveur de la reprise économique mondiale, à mettre fin à leurs politiques monétaires ultra-accommodantes. La Réserve fédérale américaine est déjà engagée dans un cycle haussier, tandis que la BCE réduit ses achats d'actifs, et que la Banque du Japon va faire de même.

Bill Gross annonce le "bear market"

Signe de tensions, les taux d'intérêts de la dette souveraine se sont nettement tendus depuis le début de la semaine, et certains "gourous" obligataires, à commencer par l'Américain Bill Gross, considèrent désormais que le marché obligataire est entré dans une phase baissière ("bear market").

Le rendement de l'emprunt d'Etat américain (T-Bond) à 10 ans a ainsi bondi de 2,46% vendredi soir à 2,56% mercredi soir. Le mouvement s'est aussi fait sentir en Europe, où le taux du Bund allemand à 10 ans est passé de 0,44% à 0,54% en trois séances. Au Japon, le rendement du JGB à 10 ans est passé de 0,06% vendredi à 0,09% mercredi. Cette tension sur les taux a aussi entraîné des dégagements sur les marchés d'actions, où des taux plus élevés riment avec une hausse des frais financiers et donc une baisse des profits des entreprises...

Pour Bill Gross, qui a fondé Pimco, le géant californien de la gestion obligataire, puis a créé Janus Capital, la fin de la hausse des prix des obligations est bel et bien arrivée, après 30 années de baisse des taux, dont certains sont tombés en terrain négatifs ces dernières années... Le gestionnaire de fonds a ainsi "tweeté" mardi soir : "Bond bear market confirmed today". Il a ajouté que "la tendance observée depuis 25 ans sur les emprunts d'Etat américains à 5 ans et 10 ans est rompue".

Le Japon réduit ses achats, la Chine pourrait faire de même

Mardi, la Banque du Japon a entraîné une réaction mondiale, en annonçant une réduction du montant de ses rachats d'obligations d'Etat japonaises de longue échéance. Cette modification assez modeste de la politique monétaire de la BoJ a alimenté les rumeurs sur une possible diminution de son soutien monétaire cette année. En Europe, le même débat entoure la politique monétaire de la BCE, qui va réduire à partir de ce janvier le montant de ses rachats d'obligations, de 60 milliards d'euros par mois à 30 MdsE. De plus en plus de voix s'élèvent pour que la BCE mette fin à ce programme en septembre prochain, ou au moins communique une date précise pour la fin du "QE".

Mercredi, les marchés obligataires, déjà ébranlés la veille, ont encaissé avec nervosité des rumeurs en provenance de Chine. Selon l'agence 'Bloomberg', Pékin envisagerait de réduire, voire d'arrêter, ses achats de bons du Trésor américains... Selon Bloomberg, des officiels à Beijing auraient évoqué récemment cette possibilité. Or, la Chine est, avec le Japon, l'un des plus gros détenteurs de dette américaine au monde.

La politique expansionniste de Trump favorise aussi une hausse des taux

Outre les politiques moins accommodantes des banques centrales, les marchés obligataires américains pourraient aussi souffrir à l'avenir des effets de la politique économique menée par le président américain Donald Trump.

Les baisses d'impôts massives adoptées en décembre, ainsi que les projets de grands travaux d'infrastructures sont de nature à creuser le déficit public des Etats-Unis, entraînant des émissions accrues d'obligations d'Etat. Un afflux de titres sur le marché serait susceptible de faire baisser les cours, d'autant que parallèlement, la Réserve fédérale américaine a prévu d'accroître le rythme de la réduction de son bilan, ce qui pèsera aussi sur la demande de T-Bonds.

Si la politique de la Maison Blanche parvient, comme l'espère l'administration Trump, à faire accélérer la croissance économique américaine au-dessus de 3% par an, l'inflation devrait accélérer, ce qui constitue également un facteur négatif pour les marchés obligataires.

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