Taux : l'inversion de la courbe des taux US, pas si grave ?

Taux : l'inversion de la courbe des taux US, pas si grave ?
Siège de la Goldman Sachsà New York

Boursier.com, publié le mardi 26 mars 2019 à 22h31

Le spectre de l'inversion de la courbe des taux est revenu hanter les marchés financiers américains depuis vendredi dernier. Ce phénomène est généralement un signe avant-coureur d'une récession dans les trimestres à venir, mais les économistes ne s'accordent pas sur la précision et le calendrier de cet indicateur.

Depuis des mois, les investisseurs surveillent avec inquiétude la courbe des taux américaine, qui reflète le niveau des taux d'intérêts en fonction de la durée des emprunts d'Etat. Dans un contexte de croissance économique, cette courbe évolue de manière croissante (plus la durée d'emprunt est longue, plus les taux sont élevés).

Les rendements des bons du trésor à 10 ans sont passé sous ceux à 3 mois

Or, depuis des mois, la courbe s'est aplatie, les taux longs restant assez bas, tandis que les taux courts sont remontés sous l'effet des hausses des taux de la Réserve fédérale (4 tour de vis en 2018, avant une pause en 2019). Depuis vendredi dernier, après l'annonce de statistiques d'activité décevantes en Europe et dans une moindre mesure aux Etats-Unis, il s'est produit une inversion de cette courbe sur un segment très surveillé par les économistes, celui des taux à 10 ans et des taux à 3 mois.

Ainsi, mardi soir, le rendement de l'emprunt d'Etat américain (T-Bond) à 10 ans a terminé à 2,42% (+2 points de base) après être tombé lundi sous 2,4% pour la première fois depuis 2017. Depuis vendredi, il est inférieur au rendement de la note à 3 mois, qui est resté campé à 2,44%... Une situation anormale donc, puisque dans un contexte de croissance, plus la durée d'emprunt est longue, plus les taux d'intérêts devraient être élevés.

Vendredi, les marchés boursiers ont réagi par une nette baisse à ces anomalies des marchés de taux, mais ils se sont stabilisés lundi et ont repris de la hauteur mardi après des commentaires d'économistes soulignant que le risque de récession paraît assez faible aux Etats-Unis, malgré le ralentissement mondial constaté dans les statistiques.

La baisse des taux longs liée à des facteurs extérieurs aux Etats-Unis

La banque d'affaires Goldman Sachs notamment, a mis en garde mardi contre des conclusions trop hâtives concernant l'inversion de la courbe des taux. GS a jugé que les risques de récession était "assez bas", dans la mesure ou seule une petite partie de la courbe des taux s'est inversée. La baisse des taux longs est due à des facteurs extérieurs aux Etats-Unis, a aussi souligné la banque d'affaires, dans une note publiée mardi.

Dans un contexte mondial incertain, les investisseurs mondiaux achètent des T-Bond à 10 ans en tant que valeur-refuge, mais cet engouement entraîne une hausse des cours, et donc un recul mécanique des taux (qui évoluent en sens inverse des prix des obligations).

De son côté, Mary Daly, la patronne de la Fed de San Francisco, a affirmé mardi qu'elle n'était "pas affolée" par la récente inversion de la courbe des taux souverains américains, estimant que cela n'était pas forcément un signe de récession.

Lors d'une conférence, Mme Daly a souligné que la baisse des taux souverains américains à long terme n'a que peu de choses à voir avec la santé de l'économie américaine. Par ailleurs, la banquière centrale a estimé que la nouvelle politique de la Fed, qui ne compte plus relever ses taux cette année, devrait "rendre moins susceptible qu'une récession survienne suivant cette inversion de la courbe des taux".

Pour autant, Mary Daly a souhaité que les entreprises et les consommateurs ne soient pas "affolés" par ce phénomène, sinon, cela pourrait produire une "prophétie auto-réalisatrice", a-t-elle reconnu.

Historiquement, l'inversion de la courbe est suivie d'une récession dans les 15 mois...

Dans une note publiée mardi, les économistes du Crédit Suisse ont posé la question de savoir si la courbe des rendements US est toujours pertinente en raison des politiques monétaires peu orthodoxes menées dans le monde entier et qui pourraient fausser les rendements américains (assouplissement quantitatif au Japon, taux négatifs dans la zone euro...)

La banque a cependant rappelé qu'au cours des sept dernières fois où la courbe de rendement s'est inversée (à l'exclusion de l'inversion de deux semaines de 1998), l'économie américaine est entrée en récession dans les 15 mois suivants (en moyenne après 11 mois).

Le modèle de récession de la Fed de New York évalue actuellement la probabilité d'une récession au cours des 12 prochains mois à 29%. Il s'agit d'une probabilité plus élevée que celle observée 12 mois avant 5 des 7 dernières récessions...

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