Wall Street attendu en timide progression

Wall Street attendu en timide progression
Deux traders inquiets sur le floor du NYSE à New York.

Boursier.com, publié le lundi 11 mai 2020 à 10h26

Wall Street est attendu en modeste hausse avant bourse ce mardi, le S&P500 s'accordant 0,3% et le Nasdaq 0,4%, contre un gain de 0,4% sur l'indice historique Dow Jones. Le baril de brut WTI perd 3% environ à 24$ sur le Nymex, alors que le Brent de la mer du Nord cède 3,2%. L'once d'or se tasse de 0,3% à 1.709$.

Les stratégies de déconfinement des grands pays développés laissent espérer une reprise économique assez importante à moyen terme. C'est du moins le scénario que jouent les marchés depuis plusieurs jours, soutien des banques centrales à l'appui. Europe et Etats-Unis assouplissent ainsi les contraintes. Boris Johnson, Premier ministre britannique, a présenté hier des mesures d'assouplissement progressif du confinement. Les Français sortent également progressivement du confinement.

La crise sanitaire ne semble pour autant pas terminée. Les Centres américains pour la prévention et le contrôle des maladies (CDC) ont fait état hier dimanche de 26.660 nouveaux cas de Covid-19 aux USA pour 1.737 décès, ce qui porte le total à 1.300.696 cas et 78.771 morts. La Corée du Sud a prévenu dimanche d'une potentielle deuxième vague, les nouveaux cas ayant rebondi à un plus haut d'un mois. La Chine a pour sa part annoncé ce lundi 17 nouveaux cas dont cinq à Wuhan. En Allemagne, plus de 350 nouveaux cas ont été signalés ce lundi.

A ce stade, le bilan mondial fourni par l'Université Johns Hopkins, qui fait référence en la matière, fait ressortir plus de 4,1 millions de cas depuis le début de l'épidémie, dont 1,3 million aux USA, 224 milliers en Espagne, 220 milliers au Royaume-Uni ou 219 milliers en Italie. La Russie compterait près de 210 milliers de cas depuis le début de l'épidémie.

Il n'y aura pas de statistique de conjoncture outre-Atlantique ce lundi. Charles Evans, qui dirige la Fed de Chicago, s'exprimera dans la journée. L'actualité des entreprises sera également réduite, après la saison des trimestriels.

La Bourse de New York a bondi vendredi, malgré l'annonce d'un taux de chômage de près de 15% en avril aux Etats-Unis, et des mises en garde de plusieurs membres de la Fed sur une reprise économique qui s'annonce lente. Malgré cela, les marchés se projettent déjà vers un avenir économique plus souriant, et apprécient la confirmation de la reprise des négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Le pétrole a grimpé de 5%, sur fond de réduction de la production et de stabilisation de la demande.

A la clôture, l'indice Dow Jones a gagné 1,91% à 24.331 points, tandis que l'indice large S&P 500 a grimpé de 1,69% à 2.929 pts et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a progressé de 1,58% à 9.121 pts, repassant au-dessus du seuil psychologique des 9.000 points.

Sur l'ensemble de la semaine dernière, les trois indices (qui avaient reculé depuis deux semaines) ont regagné 2,5% pour le DJIA, 3,5% pour le S&P 500, et 6% pour le Nasdaq, qui est désormais repassé dans le vert depuis le début 2020 (+1,66%). Le Nasdaq surperforme ainsi largement le DJIA, qui perd encore 14,7% et le S&P 500, qui lâche encore 9,3% depuis le début de l'année.

Le Nasdaq a été propulsé par de nombreuses entreprises technologiques ou liées à Internet, qui ont publié ces dernières semaines des résultats financiers meilleurs que prévu, profitant du changement de comportement des consommateurs face à la pandémie de coronavirus (télétravail, achats en ligne, fitness à domicile...) C'est notamment le cas des "Gafa" (Google-Alphabet, Apple, Facebook, Amazon), de Netflix, Microsoft et Intel, de PayPal et Square ou encore de Peloton, qui vend des vélos d'appartement et des cours de fitness en streaming.

Les statistiques de l'emploi en avril, malgré leur aspect calamiteux, avaient été anticipés par les investisseurs. D'après le Département américain au Travail, les suppressions de postes non-agricoles ont atteint 20,5 millions le mois dernier, du jamais vu depuis la création de la statistique en 1939. Le précédent "record" datait de la dernière crise financière avec 800.000 emplois éliminés en mars 2009. Maigre consolation, le consensus de place tablait sur un nombre encore plus important de destructions de postes, à près de 22 millions.

Le taux de chômage a bondi sur un mois à 14,7%, un niveau sans précédent, contre 4,4% en mars et 3,5% en février... Le marché tablait néanmoins sur un taux encore plus important à 16%. Toutefois, si l'on se réfère à une mesure plus large du chômage, incluant les personnes qui ne cherchent pas de travail et le temps partiel forcé, le taux de chômage atteint un niveau record de 22,8%...

Tous les secteurs ont perdu des emploi le mois dernier, à commencer par les loisirs et l'hôtellerie (-7,6 millions), le commerce de détail (-2,1 millions) et l'éducation et les services de santé (-2,5 millions). Enfin, le salaire horaire moyen a augmenté de 7,9% en glissement annuel et de 4,7% par rapport au mois antérieur. Un signe supplémentaire sur le fait que ce sont principalement les emplois les plus précaires qui sont touchés par ce début de crise.

Sur le front commercial, les investisseurs ont été soulagés d'apprendre que les principaux négociateurs chinois et américains sur le commerce ont eu vendredi un entretien téléphonique au cours duquel ils sont convenus de collaborer pour faciliter la mise en application de l'accord commercial de "phase 1" signé en janvier entre Washington et Pékin.

Les marchés restent cependant sur leurs gardes face au risque de regain de tensions commerciales, après les nouvelles menaces de droits de douane proférées la semaine dernière par Donald Trump. Le président américain a accusé Pékin d'avoir caché la vérité sur l'ampleur de l'épidémie de coronavirus, lorsqu'elle est apparue à Wuhan. Donald Trump a aussi affirmé détenir des preuves que le virus serait issu d'un laboratoire de virologie situé dans cette ville de Wuhan, ce que Pékin a formellement démenti.

Malgré le vif rebond de la Bourse de New York, plusieurs membres de la Fed ont prévenu qu'il fallait s'attendre une reprise lente aux Etats-Unis, après la crise du coronavirus, et ont mis en garde contre le risque d'une seconde vague de Covid-19, après la levée des mesures de confinement prises aux Etats-Unis et dans de nombreux pays européens.

Les banquiers centraux américains estiment que la Fed, mais aussi le gouvernement américain, devront prendre de nouvelles mesures d'exception afin d'accompagner le retour de la croissance de la première économie mondiale. Vendredi, Loretta Mester, la présidente de la Fed de Cleveland, s'est inquiétée d'un risque de deuxième vague de Covid-19, estimant qu'un retour en arrière (vers le confinement) après la réouverture de l'économie aurait "des effets dévastateurs" sur l'économie.

La veille, le patron de la Fed de Philadelphie, Patrick Harker, avait mis en garde contre le risque de rouvrir trop rapidement l'économie, qui pourrait entraîner une "catastrophe sanitaire" et provoquer une nouvelle "douloureuse contraction du PIB en 2021". Pour autant, la Fed affirme qu'elle n'est pas prête à ramener ses taux directeurs en terrain négatif, comme l'ont fait avant elle la BCE et la Banque du Japon (respectivement -0,5% et -0,1% sur les dépôts des banques).

Le conseiller économique de la Maison Blanche, Larry Kudlow, a indiqué vendredi dans un entretien avec 'Bloomberg' que les experts gouvernementaux de la santé planchaient sur un plan d'urgence en cas de seconde vague de coronavirus, sans autre précision. Il a en revanche affirmé à la presse que l'administration Trump ne prévoit pas de négocier en mai un nouveau plan de soutien avec le Congrès américain.

Les démocrates du Congrès faisaient pression ces derniers jours pour l'adoption sans tarder de nouvelles mesures de grande ampleur, mais l'administration entend visiblement oberver l'évolution de la pandémie avant d'agir.

Les valeurs

Tesla, dernier grand constructeur automobile présent dans l'État, n'exclut pas de quitter la Californie, le groupe soulignant être le plus important employeur manufacturier californien avec plus de 10.000 salariés sur son site de Fremont et 20.000 à l'échelle de l'État tout entier. "Nous comprenons les impacts que le COVID-19 a causés et avons la responsabilité de veiller aux moyens de subsistance et à la sécurité de nos employés, dont beaucoup comptent sur nous et sont au chômage depuis des semaines (...). Compte tenu des récentes orientations du gouverneur, étayées par des données scientifiques et des données crédibles sur la santé, la classification par l'État et le gouvernement fédéral de la fabrication de véhicules en tant qu'infrastructure critique nationale, et de notre solide plan de sécurité, Tesla a entamé le processus de reprise des opérations. Nos employés sont ravis de retourner au travail, et nous le faisons en pensant à leur santé et leur sécurité", assure le groupe sur son blog.

Néanmoins, le constructeur de véhicules électriques a poursuivi en justice les autorités californiennes samedi, après que son directeur général eut menacé de quitter l'Etat pour le Texas ou le Nevada, si le comté où se trouve son unique usine américaine ne l'autorisait pas à reprendre partiellement les opérations. Le comté d'Alameda, où se situe donc le site de Fremont en Californie, a indiqué en effet au groupe qu'il ne pouvait pas rouvrir son usine du fait des mesures de confinement encore en place. Le groupe a estimé que ces restrictions constituaient une 'prise de pouvoir' par le comté, alors que le gouverneur californien a lui déclaré que les fabricants allaient être autorisés à rouvrir.

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